1930
Les
années passées chez les Bolender
furent des années de grande sécurité pour Norma Jeane.
Elle
fut bien traitée et ne manqua jamais de rien, malgré les maigres ressources de cette
famille adoptive. Il y avait même un vieux piano droit (Norma Jeane prendra des
cours de piano quelques années plus tard sur ce piano), qui servait à
accompagner les psaumes qu'Ida et ses amies de la communauté religieuse,
venaient chanter à la maison. Il y avait également des jouets, des livres et
une petite chambre où Gladys
dormait lorsqu'elle venait passer le week-end avec elle.
Quand
elle venait voir sa fille, Gladys l'emmenait se promener ou pique-niquer. Elles
prenaient le trolley de la Pacific Electric jusqu'à Sunset Beach
Elles
faisaient de longues promenades, allant à Torrance visiter les verreries, à Redondo, Manhattan ou Hermosa et
s'arrêtaient prendre une glace.
Un
des plus anciens souvenirs de Norma Jeane fut la St Mark's Plaza à Venice, un
endroit où les touristes et les habitants de la ville faisaient leurs courses,
créant ainsi une foule multicolore. Elle adorait aussi regarder les mimes, les
jongleurs et les cracheurs de feu.
Quelquefois,
elles prenaient le train miniature et s'arrêtaient à Windward; là, Gladys
montrait à sa fille les endroits où les stars de cinéma comme Douglas
Fairbanks, Mary Pickford ou Harold
Lloyd passaient leurs week-ends.
Mais
ces heureux moments se firent de plus en plus rares, Gladys venant à Hawthorn
de moins en moins souvent.
Néanmoins,
la fillette ne manquait de rien et était toujours bien habillée, car Gladys
continuait de payer la pension.
Visiteuse
occasionnelle, elle devint une ombre fugace dans la vie de Norma Jeane. Alors
que les autres enfants savaient précisément qui était leur père ou leur mère,
Norma Jeane était en pleine confusion. Ida Bolender lui avait expliqué qu'elle
n'était pas sa mère qu'elle devait l'appeler tante Ida. Voulant certainement
bien faire, Ida Bolender n'avait peut-être pas l'art et la manière pour donner
des explications rassurantes à une petite fille désorientée par les allées et
venues de la femme dont on lui avait dit qu'elle était sa mère.
Les
quelques visites de Gladys étaient pour Norma Jeane des moments de récréation,
mais les véritables acteurs de sa vie étaient les Bolender.
Ils
n'avaient aucun penchant pour la distraction et le plaisir, mais plutôt pour la
morale, la religion et le devoir de piété.
Leur
église était le pilier de leur vie et bien sûr, devenait celui des enfants
qu'ils avaient en garde. Ceux-ci allaient le dimanche au service et apprenaient
à prier lors d'instruction qui leur était donnée un après-midi et un soir par
semaine.
Comme
beaucoup de gens débordant de bonnes intentions mais limités par une étroitesse
d'esprit, les fidèles de l'Eglise unifiée de la Pentecôte, associaient la
religion à une adhésion sans faille à un code strict de bonne conduite.
Malgré
leur affection pour les enfants dont ils avaient la responsabilité, les choses
devaient êtres claires et cadrées.
Dans
ces années là (1920-1930) de nombreuses
sectes évangéliques se mirent à proliférer.
Les
Bolender étaient fascinés par une évangéliste charismatique nommée Aimee Semple McPherson
(qui avait baptisée Norma Jeane en 1926) et
ne manquaient aucun de ses sermons.
Danser,
fumer, jouer aux cartes était considéré comme appartenant au mal, alors que la
propreté, l'ordre et la discipline étaient considérés comme des preuves de
vertu. L'imagination, l'impertinence et les mauvaises manières étaient des
péchés. Les règles de la maisonnée (les heures des repas à heures fixes et les
corvées ménagères) devaient être suivies à la lettre, afin de recevoir
l'approbation d'Ida.
Cette
vie contrastait avec la vie de Gladys et la philosophie des Bolender avait tout
pour égarer Norma Jeane dans la construction de ses repères.
Les
photos de cette époque montrent une petite fille très souriante (
,
). Mais, pensant que les
compliments tenaient du péché et que la beauté pouvait s'avérer dangereuse, les
Bolender ne lui disait pas qu'elle était une jolie petite fille.
Cette
année là, Norma Jeane était toujours scolarisée à la Hawthorn Community Sunday School.
Son
meilleur ami était un chien bâtard, nommé Tippy, qu'elle avait trouvé et ramené
à la maison. Dans la mesure où elle s'en occupait, les Bolender acceptèrent
qu'elle garde le petit chien (
,
).
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