1937
En
ce début d’année, n'ayant pas eu de visites de Grace McKee à l'orphelinat durant le mois de décembre,
l’humeur de Norma Jeane s’assombrit.
Dans
son dossier était noté (daté du 20 février 1937) :
« Elle semble parfois anxieuse et éteinte…et qu’alors, elle se met à
bégayer. Norma Jean (sic) est aussi sujette aux quintes de toux et de fréquents
rhumes…si elle n’est pas traitée avec beaucoup de patience et rassurée en
permanence, elle se laisse gagner par la panique. Je conseillerais pour elle
une famille solide et bonne ».
L’état
dépressif de la fillette et ses rêveries éveillées sont faciles à comprendre.
L’orphelinat prenait bien soin de ses jeunes hôtes mais à la manière un peu
étouffante qui est celle des institutions légales. Il y régnait une atmosphère
d’affection dépersonnalisée qui interdisait l’éclosion de sentiments
particuliers entre les enfants et les surveillants.
Ces
règles avaient pour résultat de produire, chez ces enfants, par ailleurs
habitués à vivre à plusieurs, une paradoxale indifférence au bien-être
d’autrui. Chaque enfant n’était qu’un parmi des douzaines d’autres et, parce
que le personnel s’efforçait d’éviter le favoritisme, ils subissaient une sorte
de néant émotionnel.
Malgré
toute la bonne volonté des surveillants, les orphelinats ne sont pas des
endroits de bonheur. Tous acceptent implicitement le caractère artificiel de la
« famille » qu’ils forment et les enfants se rendent vite compte que
quelque chose manque à leur vie.
JUIN :
Grace,
fidèle à sa promesse, revint chercher Norma Jeane.
Les
derniers papiers nécessaires à la
tutelle de la petite avaient été remplis le 26
février 1936 et l’accord définitif avait été délivré au printemps 1937.
Le lundi 7 juin : Norma Jeane quitta enfin l’orphelinat et habita chez les Goddard, 6707 Odessa Avenue, à Van Nuys:
Ce
jour là, elle apprit à la radio la mort de Jean Harlow.
Le
séjour de Norma Jeane chez les Goddard sera court, car elle vécut un événement
déplaisant et traumatisant.
Un
soir, Doc Goddard était ivre,
et il brutalisa la fillette ; elle réussit à se dégager et à s’enfuir,
tremblante et en larmes.
Norma
Jeane se plaignit à « tante » Grace qui se rendit compte que les
avances de son ivrogne de mari
annonçaient des troubles plus graves.
NOVEMBRE :
Grace
plaça alors Norma Jeane chez Ida
Martin, à Lankerschim, San Fernando Valley (actuellement zone située entre
l'aéroport de Burbank et les Studios Universal).
Ida
Martin, divorcée, était la mère d’Olyve Brunnings, qui avait épousé Marion Monroe, le frère de Gladys.
A
cette époque, Ida Martin s’occupait aussi de ses petits-enfants, pendant que sa
fille, Olyve, travaillait comme ouvrière auprès de fermiers itinérants. Marion
avait disparu un beau jour de novembre 1929,
et n’avait jamais réapparu.
Il
sera officiellement déclaré mort en 1939.
Durant cette période, ne pouvant recevoir aucune aide de la part de l’Etat, Olyve
travaillait dur pour nourrir ses trois enfants.
Quand
elle arriva, Norma Jeane, âgée de onze ans, vit pour la première fois ses
cousins : Olive avait huit ans, Ida Mae avait dix ans et Jack avait douze
ans.
Une
nouvelle fois, elle se retrouvait dans une famille sans parents, avec des
enfants qui tentaient de restructurer une vie bouleversée par la disparition de
leur père.
Exactement
comme dans la vie de Della,
de Gladys et de Grace, planait l’image d’hommes à la fois capricieux et
nécessaires, volages, peu dignes de confiance, insaisissables, imprévisibles et
pourtant indispensables.
Une
nouvelle mère avait aussi fait son apparition ; une mère de substitution à
laquelle Norma Jeane devait plaire.
Ida Martin était une mère nourricière
attentive mais elle ne pouvait apporter aucune réponse aux questions de Norma
Jeane : où était l’oncle Marion ? Pourquoi Olyve était-elle si loin
de sa famille ?
Norma
Jeane y resta jusqu’en août 1938.
Elle
fut scolarisée à la Lankerschim School (
) (6th grade), où
elle remporta cette année là, deux médailles d’or au saut et à la course.
Gladys
était toujours hospitalisée au Norwalk State Hospital.
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