1939
Cette
année-là, les principes religieux d’Ana
Lower vis-à-vis des remèdes, furent mis à l’épreuve.
Norma
Jeane eut ses premières règles et dû endurer, chaque mois, de violentes
douleurs.
Il
n’existait alors guère de médicaments susceptibles de diminuer ce qui, pour
Norma Jeane, était une véritable torture, se tordant de douleur, pleurant et
gémissant.
Ainsi
commença une longue histoire de problèmes gynécologiques qui firent souffrir
Marilyn tout au long de sa vie.
Elle
devait faire face à un nouveau conflit pour lequel elle n’avait ni la capacité
spirituelle, ni l’évolution intellectuelle : si notre corps n’était pas
réel et si Dieu n’était qu’esprit et bonté, pourquoi cette torture ?
Pourquoi son propre corps la trahissait-elle ?
Tanta
Ana tentait de la réconforter, de prier avec elle, de la prendre dans ses bras,
mais « cela ne servait à rien. Je devais attendre que cela passe, c’était
tout ».
La
vie avec Ana n’était guère palpitante et si Norma Jeane n’avait pas d’amis, du
moins se sentait-elle en sécurité avec la
tante de Grace:
.
Une
fois de plus, elle se trouvait dans un foyer d’où l’esprit de famille était
absent.
JUIN :
Grace prit le train avec Norma
Jeane jusqu’à San Francisco, là où Gladys était hospitalisée.
La
mère de Norma Jeane ne montra aucune violence, aucune agressivité. Elle n’avait
pas l’air droguée et ne délirait pas. Elle était soignée et visiblement bien
entourée. Pourtant, elle ne dit pas un mot. Ni pendant la première entrevue
avec sa fille, ni au cours du déjeuner. Rien jusqu’au moment où Norma Jeane et
Grace s’en allèrent. Gladys regarda alors avec tristesse et tranquillement sa
fille et dit : « Tu avais de si jolis petits pieds ».
Elles
ne se reverront pas avant 1945.
SEPTEMBRE :
Norma Jeane entra à l’Emerson High School (8th et 9th grade) (jusqu’en juin 1941).
Ses
relations avec les autres commencèrent à changer, de même que son corps qui lui
aussi se transformait.
Son
intérêt pour les cours (cuisine, espagnol, mathématiques) sembla fondre comme
neige au soleil.
Il
n’y avait pas d’argent pour de nouveaux vêtements et, malgré les retouches
faites par Ana, sa jupe bleue la serrait aux hanches.
A
la fin de l’année, elle avait déjà atteint sa taille adulte. Sa silhouette
s’était modelée, ses seins s’arrondissaient avec effronterie sous un sweater
moulant.
Le
ticket de bus de Nebraska Avenue jusqu’à Emerson High School ne coûtait que cinq
cents, mais elle préférait aller à pied, assiégée de plusieurs garçons qui se
disputaient le privilège de lui porter son sac. Ce petit manège se reproduisait
l’après-midi.
C’était
comme si son rêve d’enfant de fendre une foule d’admirateurs s’était en quelque
sorte réalisé. Après des années passées
sous la tutelle de Grace, Norma Jeane savait comment attirer l’attention
avec un maquillage approprié, mais, désormais consciente de son attrait, elle
se levait tôt pour se pomponner avant d’aller en classe.
Tout
était à portée de main à Los Angeles : les cosmétiques y étaient répandus,
plus audacieux et colorés et moins chers que partout en Amérique.
A
treize ans, Norma Jeane était tout à fait consciente de son pouvoir de
séduction, mais elle comptait l’exercer en toute innocence, car elle gardait le
souvenir des scènes terribles avec Doc
Goddard et Jack Monroe.
En
fait, elle n’était pas d’une beauté extraordinaire : ni ses traits, ni sa
chevelure n’étaient particulièrement remarquables, mais elle rayonnait.
Pendant
cet hiver 1939-1940, elle
devint en quelque sorte la vedette de Emerson Junior High School.
L’école
était un énorme établissement, et elle faisait de son mieux pour sortir de
l’anonymat. Négligée depuis longtemps par ceux dont elle était en droit
d’attendre de la tendresse, elle jouait déjà un rôle, se prenant pour une
sirène, alors qu’elle n’était qu’une adolescente naïve en quête de quelques
applaudissements.
Elle
avait éperdument besoin d’être aimée, admirée voire respectée par les siens,
mais n’avait guère d’espoir d’y parvenir chez elle.
Le
tranquille et minuscule appartement d’Ana Lower, sur Nebraska Avenue, dépourvu
de téléphone, ne lui permettait pas d’inviter ses camarades à boire une
limonade après l’école, ou à écouter ses disques de Glenn Miller sur le
phonographe que lui avait offert Grace à Noël.
C’est
durant sa scolarité à l’Emerson High School, qu’elle décrochera des petits
rôles dans plusieurs pièces de théâtre, « Petronella » et dans un
spectacle musical donné à l’école pour la St Valentin.
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