Ici s'achève mon chemin...


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1942

 

Au début de l’année, Doc Goddard apprit son transfert prochain à l’usine d’Adel Precision,  en West Virginia, au département des ventes de la côte est.

Il fut décidé que Grace et Bebe partiraient avec lui, mais ils ne pouvaient prendre Norma Jeane avec eux.

Grace lui annonça la nouvelle un beau matin comme un fait accompli, en ajoutant qu’elle avait des projets magnifiques pour elle.

Quelles qu’aient été les intentions de Grace, ce fut une catastrophe pour Norma Jeane qui se perçut une fois de plus, comme quantité négligeable.

Dès ce moment-là, Grace baissa dans son estime. Elle eut l’impression d’être encore une fois rejetée de son nouveau foyer d’accueil. Grace lui avait juré qu’elle ne se sentirait plus jamais en danger et maintenant Norma Jeane réalisait que Grace manquait à sa parole.

 

FEVRIER :

Les Goddard préparant leur déménagement, Norma Jeane retourna habiter sur Nebraska Avenue, à Sawtelle, chez Ana Lower, dont la santé s’était un peu améliorée.

Elle quitta le collège Van Nuys  et entra à la University High School () (jusqu’en juin 1942), un élégant bâtiment de style espagnol à l’angle de Westgate et de Texas Avenue.

Jim Dougherty, avec la bénédiction d’Ethel et de Grace, continua de donner des rendez-vous à Norma Jeane.

Ils faisaient de nombreuses ballades ensemble et les autoroutes de Los Angeles n’avaient plus de secrets pour eux.

Pour la jeune fille déracinée dont l’existence n’avait été jusqu’à présent qu’une suite d’errances, les attentions de Jim Dougherty ont dû être réconfortantes.

A University High School, son comportement changea ; elle était plus bruyante, elle parlait fort et certains de ses camarades la trouvaient dissipée.

L’intérêt que lui portait un beau garçon plus âgé qu’elle, ne pouvait que flatter son ego. Son enfance privée d’amour et son présent instable ne pouvaient que renforcer sa dépendance affective vis-à-vis de Jim, alors que le départ des Goddard allait également lui soustraire sa nouvelle amie, Bebe. Pour aggraver encore les choses, elle savait qu’elle ne pourrait rester que provisoirement chez Ana Lower, celle-ci ayant une santé précaire.

 

Ethel Dougherty demanda à Jim s'il voulait épouser Norma Jeane, lui signifiant, aussi qu'avec le départ des Goddard, Norma Jeane risquait de retourner à l’orphelinat. L’âge légal du mariage en Californie étant de seize ans, Jim accepta de l'épouser.

L’idée ne déplut pas à Norma Jeane, mais elle ne réalisera que plus tard, la manipulation exercée à son égard par Ethel et Grace.

Les deux femmes lui avaient inculqué l’idée que sa liberté et sa subsistance étaient subordonnées à un homme. Son mariage prochain contribuait également dans l’esprit de Grace, à l’identifier à Jean Harlow ; celle-ci avait en effet abandonné ses études pour se marier à l’âge de vingt et un ans. Grace réalisait son fantasme en forgeant un destin idéal pour Norma Jeane.

 

Mais ils étaient trop jeunes, Jim et elle, pour se marier, malgré les efforts de Grace qui oubliait tout simplement l’âge de l’adolescente pour lui faire jouer un rôle.

L’innocence de Norma Jeane ne fut en effet guère prise en compte ; en effet, un après-midi où Jim, sa mère, Norma Jeane et Grace sirotaient des sodas, Norma Jeane demanda d’un ton hésitant si elle pouvait se marier avec Jim « sans avoir de relations sexuelles ». Grace éluda rapidement la question : « Ne t’inquiètes pas, tu apprendras ».

Mais ses appréhensions ne concernaient pas seulement la sexualité ; elle n’avait en effet autour d’elle aucun exemple de mariage réussi : qu’il s’agisse de Della, Gladys, Ana, Grace, Ida ou Olyve, elle ne voyait que déboires conjugaux et infidélités.

Jim, quant à lui, faisait  son possible pour qu’elle se sente désirable et digne de respect et d’admiration. Il l‘emmena choisir une alliance avant même de lui avoir demandé officiellement sa main, ce qui en l’occurrence n’était qu’une simple formalité, puisque la décision avait déjà été prise à sa place. Comme dans un rêve elle accepta, et la distribution et le scénario étant joués d’avance, on prit date pour la cérémonie.

 

Au printemps, Norma Jeane annonça à ses professeurs et de ses camarades qu’elle allait abandonner ses études pour se marier en juin. A partir de ce jour, on ne la vit guère en classe.

Cette éducation incomplète lui pèsera par la suite, motivant un complexe d’infériorité que d’aucuns ne se gêneront pas d’exploiter.

 

Les Goddard partirent pour Huntington, en Virginie en mars.

JUIN :

Elle quitta la University High School avant d’avoir achevé son 10th grade.

 

Le lundi 1er juin : Norma Jeane fêta ses seize ans.

 

Le dimanche 7 juin :

Elle alla avec Jim visiter un bungalow d’une pièce à Sherman Oaks, au 4524 Vista Del Monte (San Fernando Valley):

Malgré l’exiguïté de l’appartement, ils signèrent un bail de six mois. Ils y installèrent les quelques affaires qu’ils possédaient.

 

Les derniers préparatifs furent assez significatifs du climat d’insécurité et d’improvisation dans lequel ce mariage eut lieu. 
Les invitations () avaient été envoyées par « Miss Ana Lower » pour le mariage de « sa nièce Norma Jeane Baker », mais sur le certificat de mariage(), la jeune fiancée  signa « Norma Jeane Mortensen », fille de « E .Mortensen, lieu de naissance inconnu » et d’une femme appelée « Monroe, née dans l'Oregon ». Elle ne mentionna pas le prénom de sa mère.

 

Le vendredi 19 juin : Norma Jeane se maria avec Jim Dougherty.

Le mariage eut lieu au domicile de Mr et Mme Chester Howell, un avoué, ami de Grace McKee-Goddard, au 432 South Bentley Avenue, West Los Angeles (,,).

Grace avait choisi cette maison car elle pensait que l’escalier en colimaçon permettrait à Norma Jeane de faire une entrée théâtrale.

Ce fut Ana Lower qui confectionna la robe de mariée de Norma Jeane:.

La cérémonie commença à vingt heures trente et fut célébrée par le révérend Benjamin Lingenfelder, de l'Eglise de la Science Chrétienne:.

Aucun membre de sa famille, ni sa mère Gladys Baker (toujours hospitalisée), ni les Goddard (partis en Virginie), ni sa demi-sœur Berniece qui n'avait pu se déplacer, n’assistèrent à la cérémonie.

Marion Dougherty, le frère de Jim, était son garçon d’honneur ; la demoiselle d’honneur de Norma Jeane était une camarade de University High, Lorraine Allen.

Ce fut le petit Wesley Kanteman, neveu de Jim (fils de sa sœur Bille), qui amena les alliances ().

Ana Lower remplaça Gladys et emmena Norma Jeane à l’autel.

 

Les Bolender, venus de Hawthorn, assistèrent au mariage. Ce fut la dernière fois que Norma Jeane les vit.

 

Il y eut une modeste réception dans un restaurant italien d'Hollywood, le Florentine Gardens (,).

Les jeunes mariés rentrèrent à Sherman Oaks vers quatre heures du matin.

De toutes les péripéties et les émotions de la journée, Jim gardera ce souvenir précis : « Ma jeune épouse n’a pas lâché mon bras de tout l’après-midi, comme si elle avait peur que je disparaisse ».

 

Ils ne firent pas de voyage de noces mais s’accordèrent un week-end de pêche sur les rives de Sherwood Lake 

(,).

 

Jim l’emmènera skier, monter à cheval, faire des randonnées, nager et faire du canoë kayak.

 

Norma Jeane Dougherty, ayant quitte l’école, était désormais considérée comme une adulte par la société et devait se débrouiller.

Elle  s’efforça de jouer convenablement son rôle d’épouse avec ce partenaire de vingt et un ans, au caractère indépendant.

Elle posait peu de questions, endossant sans broncher le rôle de partenaire sexuel et de maîtresse de maison auquel Grace l’avait préparée et qui répondait désormais aux attentes de Jim. Tout cela la projetait bien loin de son rêve initial : celui d’être une nouvelle Jean Harlow. Norma Jeane était profondément perturbée par ce changement de perspectives ; elle ne savait plus où elle était et ce qu’elle était censée faire.

Jim Dougherty reconnaîtra plus tard qu’elle était trop sensible et vulnérable. Il était lui aussi trop peu préparé à s’occuper d’elle.  Il savait qu’elle était très jeune et que sa sensibilité était facilement blessée.

Rapidement, Jim réalisa qu’il était pour elle plus un père qu’un époux.

C'était un type sociable qui avait beaucoup d’amis, jouait à toutes sortes de jeux et aimait sortir, se disant que danser et flirter avec des jolies filles ne portait pas à conséquence.

Norma Jeane quant à elle n’avait pas d’amis, peu de talents en société et se sentait très mal à l’aise en public avec son mari, terrorisée à l’idée qu’il l’abandonne si jamais il prêtait attention à une autre femme.

Il aurait préféré économiser une partie de son salaire, mais elle lui demandait de l’argent qu’elle dépensait inconsidérément en cadeaux onéreux : des cigares Van Dycke, ou de nouvelles chemises, comme si elle pouvait acheter son amour avec son propre argent.

 

Dès ce premier été se manifestèrent des différences fondamentales  sur leurs sensibilités respectives.

Depuis qu’on avait abattu son chien Tippy, dix ans auparavant, Norma Jeane était très sensible au sort des animaux maltraités.

C’était un autre point commun avec Jean Harlow (comme l'avait fait remarqué Grace) qui avait recueilli tout au long de sa vie, toute une ménagerie de chiens, de chats et de canards.

Un soir où Jim avait ramené un lapin prêt à être dépecé, Norma Jeane avait fait une vraie crise d’hystérie. L’idée de manger le malheureux animal la répugnait.

Jim se plaignait qu’elle était incapable de cuisiner. Ne sachant pas cuisiner et peu préparée aux taches domestiques, Norma Jeane était angoissée en permanence, terrifiée à l’idée de déplaire à son mari, d’encourir sa colère et peut-être encore une fois d'être abandonnée. Mais elle était aussi sujette aux maladresses culinaires comme saler le café, servir du whisky pur dans des grands verres, présenter les éternelles assiettes de petits pois carottes, parce que une fois on lui avait dit qu’il fallait jouer sur la couleur.

A n’en pas douter, Jim n’était ni cruel ni insensible ; mais avec son ardeur juvénile, son égoïsme masculin et son esprit d’indépendance, il  n’était pas lui non plus préparé aux exigences du mariage.

 

Loin de se sentir sécurisée par un « Daddy » durant sa première année de mariage, Norma Jeane s’aperçut à ses dépens qu’elle reproduisait avec cet homme un scénario hélas trop souvent éprouvé : elle se sentait une fois de plus inutile.

Jim avait considéré ce mariage comme une bonne action envers une jolie jeune fille et une façon de lui donner un foyer chez sa mère lorsqu'il partirait à la guerre. Mais ce n’est pas sur des bonnes intentions, pour sincères qu’elles soient, que l’on bâtit une union durable, un engagement qu’il était de toute façon trop jeune pour assumer.

Ils semblaient l’un et l’autre conscients de tous ces problèmes puisqu’ils tombèrent d’accord sur une chose importante : ils ne voulaient pas d’enfant. Norma Jeane était « terrifiée à l’idée d’être enceinte…les femmes de ma famille en avaient toujours fait une telle histoire ! Et je n’avais pas encore fini mon apprentissage comme épouse. Devenir mère appartenait pour moi à un lointain avenir ».

Conscient des failles de leur union, de son probable prochain départ pour l’armée aussi bien que de leurs visions discordantes de l’avenir, Jim fut très intransigeant sur la contraception.

 

Tous les dimanches, ils assistaient à l'office de  la Sherman Oaks Christian Science Church.

Ils habitèrent Sherman Oaks de juin à décembre.

 

Pendant l'hiver, ils allèrent skier durant un week-end au Big Bear Lodge.

 

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