1944
FEVRIER: Norma Jeane toujours à Catalina Island, avec Jim, écrivit à sa sœur Berniece (
,
,
) en espérant que celle-ci, avec
son mari Paris et leur fille Mona Rae, puisse venir la voir.
PRINTEMPS :
Jim
Dougherty avait raison quand il disait que sa femme était dépendante de lui.
Quels
qu’aient pu être ses désirs inexprimés, Norma Jeane se sentit très malheureuse
quand il fut envoyé (à sa demande à lui), avec la Marine marchande, sur les terrains
d’opérations du Pacifique et du Sud Est Asiatique.
Jim ne pût
que lui promettre de fonder une famille à son retour.
Quelle
qu’ait pu être l’ambiguïté des sentiments de Norma Jeane vis-à-vis de Jim, son
départ réveilla ses anciennes craintes. Elle voulait quelque chose, quelqu’un,
à sa portée en permanence. Jim Dougherty se souvient de ses larmes et de son
angoisse lorsqu’il partit.
Il embarqua
sur le cargo « Julia S. DuMont », à destination de Townsville, en
Australie.
Norma Jeane
quitta elle aussi Catalina et s’installa chez sa belle-mère, Ethel, au 5254 Hermitage Street, North
Hollywood (jusqu’en 1945).
Ethel
travaillait comme infirmière à la Radio Plane
Munitions Factory (usine fondée par l’acteur Reginald Denny, qui produisait
des avions cibles pour les exercices
anti-aériens) située à Metropolitan Airport (qui deviendra ensuite l'aéroport
de Burbank).
C'était Doc Goddard qui l'avait aidée à
obtenir un emploi à la Radio Plane.
Au départ,
Norma Jeane essaya de diriger la maison et de s'occuper des taches ménagères,
pendant qu’Ethel travaillait. Mais s'ennuyant et souhaitant elle aussi
participer à l'effort de guerre, elle finit par demander à se belle-mère de lui
trouver un emploi à la Radio Plane. L’économie de la Californie du Sud fit un
bond en avant durant la guerre grâce à la défense et à l’aéronautique, et il y
eut des milliers d’emplois pour les femmes.
AVRIL:
Ethel
trouva une place à la Radio Plane pour Norma Jeane. Elle travailla d’abord à la
« salle des enduits » où elle vernissait le fuselage des avions. Elle
devait pulvériser un vernis à l’odeur infecte sur les fuselages (on appelait ça
« travailler dans la drogue ») (
,
).
Ce travail
ingrat lui assurait cependant un revenu régulier. Elle gagnait 20$ par semaine,
pour dix heures de travail par jour.
La vie avec
sa belle-mère était relativement agréable, mais la présence de Jim faisait
défaut à Norma Jeane.
Au départ,
leur correspondance fut fréquente. Sur les deux ans de séparation, ils
totaliseront pas moins de deux cents lettres.
Le mercredi 19 avril, Norma Jeane participa à un pique-nique à Balboa Park, avec ses collègues de la Radio Plane
JUIN :
Le jeudi 15 juin : Norma Jeane écrivit à Grace McKee-Goddard en Virginie
Occidentale:
.
Marilyn
reconnaîtra plus tard qu’elle avait enjolivé le passage concernant son mariage,
par loyauté envers son mari, et par souci de plaire à Grace Goddard.
« …Jimmie
est parti depuis sept semaines et le premier signe que j’ai reçu de lui m’est
parvenu la veille de mon anniversaire. C’était un message câblé par la Western
Union, disant « Ma chérie, reçois pour ton anniversaire tout l’amour du
monde ». J’ai été folle de joie d’avoir de ses nouvelles.
Je ne t’ai
encore jamais parlé de notre vie à tous les deux. Bien sûr je sais que sans toi
nous ne serions peut-être jamais mariés, et je suis consciente de tout ce que
je te dois – pour ça comme pour le reste….
J’aime
Jimmie, à ma façon sans doute, et je sais que je ne serai jamais heureuse de
toute ma vie qu’avec lui, et je sais qu’il éprouve les mêmes sentiments à mon
égard. Tu vois, nous sommes vraiment très heureux ensemble, enfin quand nous
pouvons être ensemble. L’absence nous pèse terriblement à tous les deux. Le 19
juin, cela va faire deux ans que nous nous sommes mariés. Et nous avons eu deux
ans de bonheur.
Je
travaille dix heures par jour à la Radio Plane, à Metropolitan Airport.
J’économise à peu près tout ce que je gagne (pour nous acheter une maison après
la guerre). Le travail est pénible : je suis debout toute la journée sans
guère pouvoir marcher.
J’avais
tous les papiers en règle pour faire un service civil dans l’armée. Tout était
prêt mais j’ai réalisé que je ne serais qu’avec des gars de l’armée. J’y suis
allée un jour, mai sil y avait trop de coureurs de jupons, impossible de
travailler. Il y en a bien assez ici à Radio Plane, sans aller en affronter
toute une armée. L’officier responsable du personnel m’aurait volontiers
employée, mais dans mon propre intérêt il me l’a déconseillé. Je suis donc
contente d’être revenue à Radio Plane…
Avec toute
mon affection,
Norma
Jeane. »
ETE :
Pendant les
vacances, Norma Jeane quitta pour la première fois la Californie, pour aller
rendre visite à Grace. Celle-ci était temporairement employée dans un
laboratoire de développement de films à Chicago.
Elle avait
dû quitter la Virginie car, bien qu’elle eût un emploi stable, elle s’était
mise à boire.
Norma Jeane
rendit aussi visite à Bebe
Goddard en Virginie Occidentale, et poursuivit sa route jusqu'à Detroit où
elle fit un séjour chez sa sœur Berniece Miracle (
,
;
).
Avec
Berniece, Paris son mari, la petite Mona Rae et la sœur de Paris, Niobe, ils
allèrent visiter le Canada:
.
En octobre
elle était à Chicago pour voir Grace, et envoya une carte postale à Berniece:
.
FIN AUTOMNE:
De retour
en Californie, elle reprit son travail à la Radio Plane, où sa nouvelle tache
consistait à vérifier et à plier les parachutes, ce qui ne l’intéressait pas
plus que de pulvériser de la colle (
,
).
Elle
touchait toujours le salaire minimum : 20$ par semaine pour soixante
heures de travail.
Elle fut
une employée modèle car elle obtiendra un certificat noté E pour excellence.
Durant ses
congés, Norma Jeane rendit souvent visite à Ana Lower. Pendant l'absence de Jim,
c'est Ana qui deviendra sa famille de substitution.
Une équipe
de photographes appartenant à l’Army First Motion Picture Unit vint à l’usine.
Leur
mission consistait à témoigner du rôle des femmes dans l’effort de guerre. Ils
devaient rapporter des clichés pour des publications aussi bien commerciales
que militaires et des films muets, montrant que les plus jolies femmes du pays
étaient d’ardentes patriotes.
Le caporal David Conover (
) y fut détaché pour une
mission : il devait faire des films et des photos pour l’armée, destinés à
stimuler les troupes sur le front et à leur prouver que leurs efforts étaient
soutenus pas les plus jolies filles.
Norma Jeane
fut à cette occasion mise en avant. Le caporal Conover manifesta son intérêt en
prenant plusieurs photos couleur de Norma Jeane (
,
;
,
).
DECEMBRE:
Elle écrivit
à Grace, un peu tardivement, pour la remercier de lui avoir offert une nouvelle
robe et de l’avoir accueillie si gentiment à Chicago ; sa lettre datée du dimanche 3 décembre 1944
fait référence à une somme d’argent que Norma Jeane avait envoyé à Grace :
« J’espère
bien que Jimmie sera là pour Noël : ce serait triste sans lui. Je l’aime
tellement, c’est le meilleur des hommes, il est absolument adorable. Je
t’enverrai encore de l’argent un peu plus tard.
Tu
n’imagines pas le bien que ce voyage m’a fait, Grace. Je te serai toujours
reconnaissante pour tout. Je vous aime tellement, toi et Daddy (c'est-à-dire
Doc Goddard).
Tu me
manques beaucoup, Grace.
Avec toute
mon affection,
Norma Jeane
PS Dis
bonjour à tout le monde de ma part. »
Jim rentra
pour les fêtes et son séjour apporta une heureuse diversion au train-train de
Norma Jeane. Elle continua à ne pas le lâcher d’une semelle.
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