Ici s'achève mon chemin...


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1947

 

JANVIER :

Le jeudi 30 janvier :

Harry Brand, publicitaire à la Fox et son équipe, firent passer dans le Los Angeles Times, une photo de Marilyn avec cette légende : « La baby-sitter débarque au cinéma » (,,,,  ).

L'article expliquait, la rajeunissant de deux ans, que cette « blonde baby-sitter de dix-huit ans avait rencontré un recruteur de talents » et s’était trouvée immédiatement propulsée vers la gloire.

Ils concoctèrent à Marilyn une biographie édulcorée, faisant officiellement d’elle une orpheline, en passant sa mère sous silence. 

 

FEVRIER:

La Fox prolongea son contrat de six mois et elle fit une série de photos publicitaires pour le studio 

(,,,;,,  ).

Elle participa au casting du film « Carnaval » mais ne fut pas retenue.

Un peu plus tard, elle fut contactée pour un engagement dans le film « Scudda hoo, scudda hey ! ». Après environ six mois de contrat avec la Fox, Marilyn était soulagée de décrocher enfin un rôle.

 

Le studio l'envoya à l’Actors Laboratory (Crescent Heights Boulevard, au sud de Sunset Boulevard) afin d’y suivre des cours d'art dramatique. L’Actors Lab. était issu du Group Theater de New York, dont les fondateurs Harold Clurman, Cheryl Crawford et Lee Strasberg ( ), ainsi que le dramaturge de pièces engagées Clifford Odets (), présentaient des œuvres sur les conditions de vie des défavorisés, et prenaient position contre le capitalisme et pour la défense des idées de gauche.

La troupe avait été dissoute en 1940 après dix ans d’activité, mais ses membres continuèrent d’insuffler une vitalité nouvelle au théâtre américain et, durant la décennie suivante, des acteurs du Group Theater, comme Morris Carnovsky et sa femme Phoebe Brand, J.Edward Bromberg et Roman Bohnen continuèrent de former des acteurs, de dispenser un enseignement théâtral et de monter des pièces pour les étudiants et le public de Los Angeles.

 

Des écrivains de théâtre, des acteurs et des metteurs en scène de Broadway venaient montrer leur travail en Californie.

Les élèves étudiaient des pièces qui traitaient des difficultés des gens du monde ouvrier, permettant une discussion critique du capitalisme. Ce travail plaisait énormément à Marilyn qui avait grandi dans un environnement identique à celui décrit dans les pièces étudiées.

Pendant cette année, Marilyn suivit ces cours, lu des pièces et étudia des scènes avec un nombre impressionnant d’acteurs chevronnés venus de New York.

A l’Actors Lab., Marilyn trouva des thèmes récurrents (mécontentement social, dépression, conditions de pauvres privés de droits civiques), et les mêmes noms revenaient sans cesse : Clifford Odets et Lee Strasberg, Cheryl Crawford et Elia Kazan 

(). Pour l’heure, Marilyn ne connaissait que Phoebe Brand et son mari Morris Carnovsky.

Aux yeux de Marilyn, enfant de la Dépression, ces textes et discussions véhiculaient une force et une acuité qui, jusqu’alors, avaient manqué aux scénarios produits par les grands studios d'Hollywood, la Fox y compris.

 

L’équipe de l’Actors Lab. tenait Marilyn pour une jeune personne extrêmement timide et un peu empruntée.

D’après Phoebe Brand, « elle travaillait ses scènes avec application », sans toutefois faire grande impression.

 

MARS:

Début du tournage de « Scudda hoo, scudda hey ! », film tourné en Technicolor sous la direction de F.Hugh Herbert 

(, ).

Le film relatait l’histoire d’une famille de fermiers qui se querellait sur la meilleure façon de s’occuper des mules (le titre du film fait allusion au cri traditionnel utilisé pour aiguillonner les attelages des mules).

Marilyn y incarnait une lycéenne. Elle tourna deux scènes ; dans l’une d’elle, elle était dans un canot avec une autre starlette (scène coupée au montage) (,,).

Dans l’autre, où elle apparaissait furtivement à l’écran, elle était à l’arrière-plan et criait bonjour à June Haver, l’interprète principale.

JUIN :

Répétitions  avec Helena Sorell (,,,).

Marilyn joua dans trois courtes scènes de « Dangerous years », un mélodrame sur la délinquance juvénile ; c’était  son premier rôle à part entière, en tous les cas le premier rôle où elle formule une réplique. Elle joua le rôle d’une serveuse, Eve, dans un café, le Gopher Hole, où se retrouvait une bande de jeunes voyous (,,).

Le tournage eut lieu à partir du lundi 30 juin et dura une semaine:.

 

ETE :

Elle habita au 131 South Avon Street à Burbank, à côté des studios Warner, où elle gardait la maison d’un couple parti en vacances.

 

JUILLET :

Le samedi 26 juillet : la Fox lui annonça que son contrat arrivait à son terme et qu'il ne serait pas renouvelé.

Quel que soit son désir de réussir, elle reconnaissait qu’elle faisait partie du troupeau des petits acteurs peu employés qui coûtaient plus cher aux studios qu’ils ne rapportaient.

Son dernier salaire daté du 31 août 1947, était de 104$ et 13 cents (après retenues).

 

AOUT:

Elle assista au tournoi de golf annuel du Cheviot Hills Country Club, en face des studios de la Fox. Des célébrités y participaient et, afin d’égayer l’ambiance, les organisateurs avaient fait appel à des caddies, pimpantes starlettes censées porter les clubs et les sacs de vedettes du cinéma comme Henry Fonda (,) James Stewart, John Wayne, Tyrone Power, et d’autres étoiles du grand écran.

Deux semaines avant l’expiration de son contrat, Marilyn fut envoyée sur les lieux, parmi d’autres, avec les compliments de la Twentieth Century Fox.

Sur place, elle fut dévolue à John Carroll, acteur et chanteur de renom. Il avait quarante et un ans et un physique de séducteur qui lui avait souvent valu d’être comparé à Clark Gable () ou George Brent. Enrichi à la suite de placements judicieux, il était marié avec Lucille Ryman, la fameuse dénicheuse de talents de la Métro Goldwyn Mayer.

Mécènes à leurs heures, les Carroll prodiguaient un soutien aussi bien moral que pécuniaire à de jeunes débutantes.

Lucille Ryman pensait à l’époque que Marilyn ne pourrait pas intéresser les patrons de la MGM. Elle était belle, sexy, mais n’avait pas la classe que Mr Mayer recherchait chez ses vedettes en cette année 1947.

 

Elle continua à poser comme modèle et poursuivait ses cours à l’Actors Laboratory.

 

Ces quelques mois à étudier virent surgir de nouveaux aspects de son caractère qui dominèrent toute sa vie. Il y avait en elle un profond conflit, car elle était déchirée entre le désir de l’acteur de plaire et de se faire aimer, et une aspiration artistique, une soif d’apprendre.

Complexée par une scolarité écourtée, elle était toujours attirée par les hommes et les femmes cultivés qui pouvaient enrichir ses connaissances en théâtre, en littérature ou en histoire. Elle avait une profonde compassion pour les pauvres et les faibles (avec qui elle s’est toujours plus ou moins identifiée) dans sa vie comme dans la fiction.

 

C’est au contact des acteurs qu’elle rencontra à l’Actors Laboratory (et du genre de théâtre qu’ils défendaient) qu’elle prit conscience de toutes ces aspirations, durant cette année 1947.

Sous la férule de Phoebe Brand, Marilyn étudia de nombreux extraits de pièces qui avaient été jouées à New York par le Group Theater.

Lors des discussions qui suivaient invariablement chaque répétition, Phoebe Brand expliquait aux étudiants que de telles contradictions (l'art et le besoin matériel) étaient inhérentes à la nature de tous les grands artistes. L'écrivain Clifford Odets lui-même avait été déchiré entre la création artistique pure et le bien-être matériel, autrement dit entre Broadway et Hollywood.

L’Actors Laboratory fut néanmoins, une révélation pour elle. Le jeu du comédien lui apparut soudain comme une démarche élaborée, soumise à une discipline de fer.

Ses deux rôles à la Fox n’avaient été que des apparitions, mais lors des tournages, elle avait remarqué que les acteurs n’étaient pas tenus de mémoriser plus d’une ou deux répliques à la fois.

Une journée de plateau durait dix ou douze heures d’affilée (et cela pendant six jours par semaine), pour un travail effectif très réduit.

Les vedettes arrivaient en retard et il fallait compter avec les caprices des caméras, les changements de lumière et les transformations sans cesse apportées au script. Les producteurs pouvaient s’estimer heureux quand, après une interminable journée de tournage, ils avaient mis en boîte quatre minutes du film.

A l’inverse, les professionnels de la scène lisaient, mémorisaient, analysaient et discutaient avec le metteur en scène, en s’impliquant dans une recherche peu lucrative et très exigeante.

 

Les Carroll l’invitèrent à dîner ; Marilyn leur fit part de son ambition, de sa passion pour le théâtre, de ses cours à l’Actors Lab. Ses maigres économies étaient investies dans ses cours de chant, de danse et d’art dramatique.

En bons samaritains, les Carroll prirent les choses en main. La plupart du temps, ils vivaient dans leur ranch de Granada Hill, dans San Fernando Valley. Ils étaient aussi propriétaires d’un appartement au dernier étage d’El Palacio, un élégant immeuble de style espagnol, situé au carrefour de La Cienega Boulevard et Fountain Avenue(8491-8499 Fountain Avenue, West Hollywood) :.

Ils décidèrent d'y loger Marilyn (elle y restera pendant cinq mois) et lui fournirent également des petites sommes d’argent.

 

SEPTEMBRE :

Lucille Ryman mit Marilyn en relation avec les propriétaires du Blyss-Hayden Miniature Theater.

Lila Bliss et Harry Hayden, son mari, avaient souvent accueilli sur la petite scène de leur école de théâtre tel ou tel de ses protégés. En échange, Lucille Ryman apportait de temps à autre un contrat de la MGM à l'un de leurs étudiants. L’affaire fut rapidement conclue et Marilyn décrocha un rôle dans « Glamour preferred », une comédie musicale des années 40 :

OCTOBRE :

Dans « Glamour preferred » elle interprétait une starlette d’Hollywood dont le projet de séduire un charmant premier rôle masculin était contrecarré par l’épouse intelligente et honnête de ce dernier.

 

Mais les répétitions sombrèrent rapidement dans une impasse, due aux arrivées tardives de Marilyn et à son incapacité à mémoriser ses répliques.

Au terme d’une longue discussion, Lucille Ryman tira la conclusion qui s’imposait. Le fond du problème résidait dans la terreur de Marilyn de déplaire. Elle changeait de costume et retouchait plusieurs fois son maquillage avant de partir pour le théâtre. En fait, elle connaissait son rôle par cœur, mais le trac la faisait bégayer, à tel point que les phrases étaient inaudibles.

 

Le dimanche 12 octobre :

Première de « Glamour preferred » au Bliss-Hayden Playhouse .

Marilyn assura cahin-caha les représentations, dont il n’y eut aucun écho dans la presse locale. La pièce sera jouée jusqu’au 2 novembre.

En novembre 1940, la pièce avait été jouée à Broadway et n'avait déjà pas rencontré le succès.

 

DECEMBRE :

Le jeudi 4 décembre, elle signa un contrat () la liant à John Carroll, contrat dans lequel Carroll s’engageait à lui verser la somme de 100$ par semaine, et 10% des recettes de Marilyn en tant qu’actrice à son agent Harry Lipton. Carroll la représentait de 1er décembre 1947 au 29 février 1948.

Le dimanche 7 décembre : sortie du film « Dangerous years »: . Bien que ce ne fût pas son premier film (qui était « Scudda hoo ! Scudda hey ! »), ce fut le premier dont la sortie fut nationale.

 

Marilyn passa tous ses week-ends de fin d’année au ranch des Carroll, à Granada Hill, dans San Fernando Valley. La peur de la solitude la poussait à s’accrocher comme une bouée de sauvetage à ses nouveaux bienfaiteurs.

 

Cette année là elle fit des photos de mode avec le photographe John Engstead () et une séance avec Nat Dillinger où elle jouait au tennis (.

Elle participa également au « Alan Young radio show » sur le thème de l'Ecosse : .

 


    

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