1948
Elle apparaît dans le film "Sitting Pretty", tourné pour la Fox, aux côtés de l'acteur Clifton Webb; le film sortit en mars 1948 mais elle ne sera pas citée au générique (
,
,
).
FEVRIER:
Lors
d’une réception, John Carroll présenta Marilyn à Pat De Cicco, un industriel
qui avait lancé avec succès Bon-Bons, une friandise vendue principalement dans
les salles de cinéma. De Cicco était un ami de Joseph Schenck (
), l’ancien président de la Fox.
Joe Schenck, le nabab hollywoodien, organisait de légendaires parties de poker dans son somptueux château, pastiche de la Renaissance espagnole et italienne, situé au 141 South Carolwood Drive, l’un des quartiers les plus chics de Los Angeles :
Des créatures de rêves y
étaient également conviées pour remplir les coupes de champagne et vider les
cendriers.
Schenck,
Darryl Zanuck (
) et autres magnats du cinéma
jouaient aux cartes.
De
Cicco demanda à Marilyn le l’accompagner aux réjouissances.
C’est
ainsi qu’elle fut présentée à Joe Schenck.
En
1948, il comptait toujours parmi les personnalités les plus influentes de la
Mecque du cinéma. Ancien président de United Artists, ex-patron de la Twentieth
Century, puis de la Fox, il exerçait encore une influence considérable sur les
grands studios.
Habitué
à être obéi au doigt et à l'oeil, le vieux baron de la Fox pouvait se montrer
magnanime ou irascible, suivant son humeur du moment.
Au
cours de la soirée ce samedi soir là, Marilyn n’était pas la seule jolie fille
présente. Autour de la table de poker s’agglutinait une pléiade de pin-ups,
modèles et autres papillons de nuit attirés par les feux éclatants de la rampe.
Tout en distribuant boissons et cigares,
la majorité des hôtesses de charme (les « gin-rummy girls ») semblaient prêtes à rendre des services plus
personnels aux joueurs, dans l’espoir de dégoter un petit contrat dans un
studio. Ce soir-là, Marilyn resta sagement assise près de De Cicco, feignant
avec grâce d’ignorer les œillades brûlantes du maître de maison.
Dès
le lendemain, Joe Schenck l’invita à souper en tête à tête et l’envoya chercher
dans une rutilante limousine avec chauffeur. C’était une offre qu’il aurait été
folie de refuser.
Elle
voulait travailler, elle voulait réussir et elle savait que dans le monde
impitoyable de Hollywood, certaines affaires se négociaient plus aisément en
privé que dans le bureau d’un agent.
Coureur
de jupons invétéré (Marilyn ne fut qu’une de ses innombrables conquêtes), Joe
Schenck ne la laissa pas tomber, et ils finirent par se lier d’une amitié
solide.
Darryl
Zanuck, actuel directeur de la Fox, lui ayant demandé de ne plus l’importuner
avec ses petites amies, Joe Schenck se rabattit sur un autre de ses partenaires
de jeu, Harry Cohn (
), numéro un de la Columbia.
Réputé
impitoyable, détesté par son entourage, Cohn avait au moins le mérite d’avoir
découvert une obscure danseuse appelée Margarita Cansino, pour en faire une
reine de beauté appelée Rita Hayworth :
.
Le vendredi
20 février 1948
Marilyn fut couronnée reine de l’artichaut de Salinas, Californie (
,
).
Elle
posa pour une publicité de maillots de bains dans le magazine Holiday,
sorti en février :
.
MARS :
Le mardi 9 mars : Marilyn fut engagée à la Columbia
pour six mois, payée 100 ou 125$ par semaine. De plus, le studio la logea au Bel Air Hotel.
Harry
Cohn la confia aux mains expertes des visagistes du studio qui redessinèrent sa
coiffure et rendirent ses cheveux plus gonflants grâce à des séances
d’électrolyse ; puis ils traitèrent ses cheveux blonds cendrés à l’eau
oxygénée pour les rendre platine. Son reflet lui rappela l’étoile favorite de
son enfance, Jean Harlow :
Pleinement
satisfait du nouveau look de Marilyn, Harry Cohn l’orienta vers Max Arnow,
directeur de casting à la Columbia, où elle signa son contrat.
Après
une séance de photos publicitaires et avec le photographe Ed Cronenweth (
,
;
,
,
,
,
;
,
), Max Arnow la confia à Natasha Lytess, professeur d’art
dramatique à la Columbia.
Ceux
qui côtoyaient Natasha Lytess lui prêtaient un
caractère de chien. Hautaine et
sévère, elle avait su s’imposer aux
cinéastes et aux acteurs. Douée d’une
éloquence
à toute épreuve, elle impressionnait par sa culture et sa
connaissance de
l’art.
Ses
remarques acerbes, son mépris pour les comédiens d’Hollywood qu’elle trouvait
bien inférieurs aux grands acteurs de théâtre européens, et ses sautes
d’humeur, avaient peu à peu tissé une légende autour de l’extravagante Mrs
Lytess, et bientôt on se mit à voir en elle une sorte d’aristocratie exotique,
exilée à Hollywood.
Lors
des réunions avec des réalisateurs ou des producteurs, elle ne supportait
aucune contradiction. Dans le studio, son nom suscitait un respect mitigé de
ressentiment. Son attitude de vieille fille aigrie l’avait rendue antipathique
à tous, hommes et femmes. Seule l’admiration d’Harry Cohn et l’appui de
quelques inconditionnels la maintenaient en place.
Ce
comportement cachait simplement une frustration cuisante. Elle avait
jadis
aspiré à une carrière de monstre sacré du
théâtre. Hélas, le cinéma régnait en
maître à Los Angeles. Elle aurait pu, à la limite
surmonter sa répugnance du septième
art, si son accent prononcé (elle était originaire
d’Allemagne ou d’Autriche)
et son physique quelque peu rébarbatif ne l’avaient
reléguée à des rôles de
troisième plan.
Pire,
sa position de professeur d’art dramatique la forçait à participer au succès
d’un tas de petites starlettes médiocres dont le seul mérite résidait dans la
jeunesse et la beauté.
Le mercredi 10 mars :
Marilyn
rencontra Natasha Lytess et fut immédiatement fascinée par son érudition; de
son côté, Natasha sembla être bien moins impressionnée.
Marilyn
évoqua longuement avec elle son expérience à l’Actors Laboratory ; Natasha
lui répliqua par une conférence sur le Théâtre d’art de Moscou, les théories
révolutionnaires de Konstantin
Stanislavski (
) et
l’influence de Michael Tchekhov (
) sur la
dramaturgie moderne.
Après
ce premier contact, Natasha Lytess s’investit dans la carrière de Marilyn à une
époque où personne n’en eut le courage ; elle l'aida à développer et à
exprimer ses talents et sa curiosité pour le monde du théâtre et de la culture
générale.
Marilyn
suivra son enseignement jusqu’en 1955.
Elle
joua le rôle de mère et incarna la stabilité aux yeux de la jeune actrice.
En
terme de jeu théâtral, elle enseigna à Marilyn la subtilité des gestes,
l’élocution, la diction et le souffle, l’encouragea à parler de façon naturelle
et lui donna des cours intensifs avant chaque audition.
Le jeudi 18 mars, Marilyn apprit par Grace McKee-Goddard le décès d’Ana Lower, survenu le dimanche 14
mars, d’une grave déficience cardiaque. La vieille dame avait soixante-huit
ans et sa santé, depuis deux ans, n’avait cessée de se détériorer.
Elle
fut incinérée le 18 mars et ses cendres inhumées au Westwood Memorial Park :
.
Marilyn
n’assista pas aux obsèques.
AVRIL :
Le mercredi 14 avril : sortie du film « Scudda hoo ! Scudda
hey ! » :
;
,
,
),
mais le nom de Marilyn
n’apparut pas au générique, les scènes
où elle apparaissait avaient été coupées
au montage.
Fin du printemps :
Comme
tous les comédiens sous contrat, Marilyn était payée régulièrement par la
Columbia.
Les
Carroll continuaient néanmoins à lui verser une petite rente, afin qu’elle
puisse s’offrir ses cours privés avec Natasha Lytess.
Son
salaire, auquel s’ajoutait la contribution des Carroll, lui permit de s’offrir
une Ford décapotable payable par versements mensuels. Elle fit aussi
l’acquisition d’un sèche-cheveux professionnel, aussi encombrant que ruineux,
une large provision de produits de beauté, des livres, un phonographe et des
disques de musique classique.
MAI
Le mercredi 26 mai : elle assista à la première du film « The Emperor Waltz » de Billy Wilder, avec l’acteur Mickey Rooney
Natasha
Lytess contacta un de ses amis, Harry Romm, qui s’apprêtait à assurer la
production d’une comédie musicale intitulée « Ladies of the
chorus » (« Les reines du music-hall »), dont l’un des rôles
clé n’avait pas encore été attribué.
JUIN:
Début juin :
Marilyn
passa l’audition pour « Ladies of the chorus », chanta une des
chansons du script et décrocha le rôle (
,
,
,
).
Harry
Romm l’adressa à Fred Karger, professeur de chant et
arrangeur musical (
), afin qu’elle prenne des cours de diction et de chant.
Elle
prit également des cours de danse (
,
,
).
C’était
un bel homme de trente-deux ans, blond, courtois, récemment divorcé.
Il
vivait confortablement dans une grande maison avec sa mère Anna, sa fille, sa sœur
divorcée Mary et les enfants de celle-ci.
Il
ne fallut pas longtemps à Marilyn pour tomber amoureuse de lui et s’attacher à
cette famille nombreuse.
Le mercredi 9 juin, elle emménagea à
nouveau à la résidence Studio Club
(
,
,
) au 1215 North Lodi Place.
Elle y résidera chambre 334 jusqu’au 13 mars 1949.
A
l’instar de YWCA (Young Women Christian Association), le Club pratiquait des
horaires stricts et les visites masculines étaient interdites.
Les premiers mois de loyer furent payés par Lucille Ryman.
Fred
Karger lui suggéra de prendre rendez-vous chez le Dr Walter Taylor,
l’orthodontiste des stars.
Celui-ci
lui posa un appareil correcteur destiné à rectifier une légère avancée de ses
dents supérieures, avant de lui blanchir les dents.
Ce
fut Fred Karger qui prit les soins à sa charge.
Eperdue de reconnaissance, Marilyn voulut le remercier en s’offrant à lui corps
et âme. Il accepta volontiers ses étreintes mais rejeta ses propositions
matrimoniales.
JUILLET :
Dans
« Ladies of chorus » elle incarnait le personnage de Peggy Martin, une chanteuse de cabaret (
) qui
tombait amoureuse d’un séduisant jeune homme de la haute société (
,
). La mère de la jeune fille
s’opposait à ce mariage. Bien sûr, tout finissait bien, selon la plus pure
tradition hollywoodienne, et après moult péripéties, l’amour triomphait des
obstacles.
Malgré
sa diction trop sophistiquée, ses gestes mécaniques
à force d’être répétés, et
son manque d’expérience, Marilyn semblait rayonner.
Ses
deux chansons, « Everybody needs a da-da-daddy » et « Anyone can
see I love you » révélèrent sa voix moelleuse et légèrement voilée,
surprenant fusion d’innocence enfantine et de séduction féminine.
Le
tournage sera très court : il ne durera que dix jours.
C’est
sur ce tournage qu’elle rencontra le chef costumier Jean-Louis, qui l’habilla sur le
tournage et qui lui confectionnera de nombreuses robes tout au long de sa vie.
Elle
fit une séance photo au Town House Hotel de Los Angeles, sur le cours de tennis
(
,
) et au bord de la piscine (
,
).
AOUT :
Harry
Cohn (patron de la Columbia) et Max Arnow (directeur de casting) ne furent pas
convaincus par le jeu de Marilyn et la Columbia ne renouvela pas son contrat.
Il
est dit qu'elle avait été auparavant convoquée dans le bureau d'Harry Cohn, et
qu'elle aurait refusé les avances de celui-ci. Malgré l'intervention de Joe
Schenck qui plaida en sa faveur, son contrat ne fut pas renouvelé.
Elle
passa alors une audition, sans succès, pour entrer au Benny Goodman Band (chef
d’orchestre et clarinettiste, un des jazzmen les plus populaires).
De
nouveau sans travail, Marilyn se jeta à corps perdu dans son aventure avec Fred
Karger.
Elle
vécut chez les Karger pendant trois semaines dans leur maison sur Harper
Avenue, à West Hollywood, avant de retourner au Studio Club.
Comme
elle l’avait fait avec les Carroll
en retrouvant une famille de substitution, elle se cramponna aux Karger.
Dominée
par le désir ardent de faire partie d’une famille, Marilyn s’attachait à tous
ceux qu’elle chérissait avec une ferveur qui, souvent, faisait peur. La mère et
la sœur de Fred Karger l’adoptèrent immédiatement.
Durant
l’été, elle assista à la première d’une pièce de George White au Florentine
Theater Restaurant d’Hollywood, en compagnie du producteur George Jessel :
.
SEPTEMBRE :
Le
jeudi 9 septembre :
Elle
fit les derniers raccords de « Ladies of the chorus ».
OCTOBRE :
Tandis
qu’elle allait tourner un bout d’essai au volant de sa voiture, elle tamponna
une autre voiture en plein Sunset Boulevard. Une foule s’amassa aussitôt, avide
de sensations. Heureusement, il n’y eu pas de blessés, mais avec sa robe de
plage rouge à pois blancs et ses talons aiguilles, elle faillit provoquer une
émeute. Dans la foule des badauds se trouvait Tom Kelley, un ancien cameraman
d’Associated Press. Il travaillait désormais comme photographe indépendant et
avait déjà immortalisé les modèles les plus photogéniques d‘Hollywood.
Lorsque
Marilyn déclara qu’elle avait un rendez-vous important et pas un sou pour
prendre un taxi, Kelley lui glissa dans la main un billet de 5$ et sa carte
professionnelle.
Le
bout d’essai qu'elle tourna n’aboutit à aucun contrat.
Le
vendredi 22 octobre : sortie de « Ladies of the chorus » (
;
,
,
). Son nom fut mentionné
pour la première fois par le journaliste Tibor Krekes dans une critique du Motion Picture Herald :
« L’une des meilleures scènes est celle de Miss Marilyn Monroe. Elle est
jolie et avec sa voix agréable et son style, elle promet… ».
NOVEMBRE
Le
mardi 16 novembre,
Marilyn signa un contrat avec
le photographe Earl Moran (
), qui la
prit de nombreuses fois en photo (
,
,
,
,
,
,
).
La
demande affective de Marilyn dépassait de loin la capacité de Fred Karger d’y
répondre. Il se cantonna dans le refus du mariage, avançant l'argument qu'elle
n'était pas quelqu'un d'assez bien pour élever sa fille, et leur idylle se
termina à la fin de l’année.
Fred
Karger n’avait jamais donné beaucoup d’espoir à Marilyn ; pour lui il
s’agissait d’une bonne entente physique et rien de plus. Leur liaison était
caractérisée par la triste constante qu’on retrouvait dans l’histoire de Norma
Jeane/Marilyn. Elle confia à Natasha Lytess que Fred se moquait ouvertement de
ses goûts vestimentaires, de sa diction, et prétendait qu’elle n’avait de
talent qu’au lit. Et comme la mauvaise opinion de Karger sur elle correspondait
parfaitement à l’image médiocre qu’elle se faisait d’elle-même, Marilyn voulut
lui prouver (et se prouver) le contraire. Et tout en se démenant avec
l’obsession de gagner l’estime de cet homme, elle ne fit que s’avilir davantage
à ses yeux. Dans sa soif éperdue d’approbation, elle se lia à tous les caprices
de son bien-aimé et se rendit sexuellement disponible, chaque fois qu’il en
avait envie. Plus il la dominait d’un mépris à peine voilé, plus elle tentait
de le reconquérir. Figure paternelle, amant et mentor, il représentait pour
elle l’homme idéal.
Noël :
Elle
lui offrit à une montre gravée au dos « 25/12/48 », qu’elle acheta
500$ ; elle payera les traites pendant deux ans.
Le
vendredi 31 décembre :
Le producteur Sam Spiegel, organisa une soirée
pour la Saint Sylvestre, à Beverly Hills.
Les
réveillons de Spiegel étaient prestigieux et beaucoup de personnes à Hollywood
rêvaient d'y être conviés.
Cette
année là, les invités furent Otto
Preminger (
), William
Wyler, John Huston (
), Henry Hathaway, Jean Negulesco (
), Anatole Litvak et d'autres
metteurs en scène.
Au
cours de cette soirée où elle était invitée, Marilyn fut présentée à Johnny Hyde (
), un des responsables de
la fameuse agence William Morris et
l’une des figures les plus marquantes d’Hollywood.
A
la fin de la soirée, le célèbre imprésario avait succombé au charme de Marilyn.
Il
l’invita dès le lendemain chez lui, à Palm
Springs.
Dans
l'année, elle reçu le titre de « Miss
Press Club » par le Los Angeles Press Club :
.
Elle
fit une séance photo avec le photographe Douglas White (
,
,
,
).
Elle
participa à la première de
« Lend an Ear » au Las Palmas Theater d’Hollywood :
.
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