1950
JANVIER:
Après
avoir terminé le tournage de « The
asphalt jungle », Marilyn fit une apparition dans « The fireball » (
,
,
) (produit par la Fox), un film mineur sur le roi du patin à
roulettes incarné par Mickey Rooney, où elle jouait une jeune groupie.
Ce
fut lors de ce tournage que Marilyn rencontra une des coiffeuses de la Fox, Agnes Flanagan ; elles se
lièrent d’amitié et Agnes Flanagan lui restera une amie fidèle tout au long de
sa vie.
Johnny Hyde lui décrocha d’autres
petits rôles : outre « The fireball », il y eut aussi « Right cross » (
), film produit par la MGM où Marilyn interprétait le rôle sans
intérêt de Dusky Le Doux, jeune mannequin, qui lors d’un cocktail, se faisait
draguer par un étranger. Son nom n’apparut même pas au générique.
Hyde
lui trouva également un rôle dans un autre film également produit par la MGM, « Hometown story ».
Comédie
médiocre, c’était aussi un film de propagande pour l’industrie américaine de
l’après-guerre, financé par la General Motors.
Marilyn
y jouait Miss Iris Martin, une jolie secrétaire qui devait subir les avances
d’un patron lubrique (
,
,
).
C’est
sur le tournage qu’elle rencontra pour la première fois l’acteur Peter Lawford (
).
Malgré
les efforts louables de Johnny Hyde, la MGM n’avait pas l’intention d’offrir un
contrat plus intéressant à Marilyn. Le directeur de la production opposait
toujours les mêmes arguments : le studio avait déjà sa vedette blonde,
Lana Turner, et cette dernière n’avait guère besoin d’une rivale.
FEVRIER-MARS :
Quand
elle n’étudiait pas avec Natasha
Lytess, Marilyn posait pour des couvertures de magazines en robe du soir
décolletée ou en maillot de bain (
,
,
,
,
,
,
,
,
,
,
), et participait à des soirées avec Johnny Hyde (
.
La
santé de Hyde avait empirée mais il refusait de prendre le moindre repos.
Obsédé par la carrière de sa protégée, il tenait à l’exhiber partout.
Souvent,
il la présentait comme sa fiancée car il n’avait pas renoncé à l’espoir de
l’épouser un jour.
Marilyn
de son côté avait pris conscience que Johnny était plus néfaste que bénéfique à
sa carrière. Elle continuait à s’opposer à leur union qui, elle le savait, lui
porterait préjudice. Etre prise au sérieux demeurait, en effet, son but
principal. Aux yeux de tous, elle n’était que la maîtresse d’un imprésario, une
plantureuse blonde de complément dans des films de second ordre.
Natasha
Lytess lui avait plus d’une fois énuméré les épreuves qu’elle allait devoir
traverser si elle voulait devenir une actrice digne de ce nom. Cela se résumait
en fait à un seul mot : travailler.
Johnny
Hyde lui, paraissait moins exigeant en la matière. Il pensait que Marilyn
n’avait besoin que d’un bon projet et d’un producteur. La caméra ferait le
reste. Le talent constituait certes un atout, mais pas vraiment indispensable
pour accéder aux sommets du septième art.
Natasha
le taxait de cynisme, mais finalement, Johnny Hyde n’avait pas tout à fait
tort. Dans le cinéma, seules les apparences comptaient. Les lumières, les
costumes, le maquillage, l’angle d’une prise de vue suffisaient à transformer
la réalité.
Entre
les deux positions extrêmes, il devait y avoir un juste milieu, mais Marilyn
était trop entière pour s’en contenter. Natasha privilégiait la diction
classique, tandis que pour Johnny Hyde, elle avait plutôt intérêt à miser sur ses avantages naturels. D’un côté
le désir de transcender son passé, de l’autre, la nécessité d’accepter ses
limites. Johnny la voyait telle qu’elle était, Natasha, telle qu’elle pourrait
devenir.
Bien
qu’elle n’eût pas l’habitude de se plier à la discipline intellectuelle,
Marilyn ressentait le besoin de parfaire son éducation.
Un
jour, alors qu’elle furetait dans les rayons d’une librairie de Beverly Hills
en compagnie de Rupert Allan,
elle tomba en admiration devant des livres d’art. Elle en fit l’acquisition et
punaisa sur les murs de la cuisine et de sa chambre à coucher de North Palm Drive (
) où elle vivait toujours avec
Johnny Hyde, des reproductions de Fra Angelico, Dürer et Botticelli. Sur sa
table de chevet trônait aussi une photo encadrée d’Eleanora Duse (
), l’immense actrice
italienne que Natasha Lytess vénérait et citait en exemple.
Ce
jour là, elle acheta le traité d’anatomie « De humanis corporis
favrica » de Vésale (anatomiste flamand du 16ème siècle) ;
ses études sur le corps humain la fascinèrent. Dès le lendemain, elle se remit
aux exercices qu’elle avait entreprit autrefois à Catalina Island et souleva poids et haltères (
), afin de
perfectionner sa musculature.
A
cette époque, elle lisait aussi « Lettres à un jeune poète » de
Rainer Maria Rilke.
Elle
adorait par dessus tout la littérature russe, qu’elle avait découverte lors de
son passage à l’Actors Laboratory,
et en partie grâce à l’influence qu’exerçait sur elle Natasha Lytess. Elle
lisait les nouvelles de Tolstoï et de Tchekhov, les romans de Dostoïevski et de
Tourgueniev, et la poésie de Pouchkine et d’Andreïev.
AVRIL :
Le vendredi 7 avril : sortie du film « Love happy» (
;
,
,
).
Sous
prétexte que sa présence nuisait à la santé de Johnny Hyde, elle quitta la
maison de North Palm Drive et emménagea à sa résidence officielle au Beverly Carlton Hotel.
N’en
pouvant plus de chômer, elle avait renoué avec Joe Schenck et elle fut invitée
chez lui à plusieurs reprises.
Le
réalisateur Joseph L.Mankiewicz qui avait obtenu l’Oscar du meilleur scénario
pour « A letter to three wives », préparait un nouveau film qui
allait être produit par Darryl Zanuck, à la Fox.
Sous
le titre provisoire de « Best performance », le script narrait l’histoire
d’une actrice de théâtre renommée et de sa jeune doublure et rivale. C’était un
imbroglio spirituel et riche en émotions, où éclataient au grand jour les
jalousies féroces, les peurs et les ambitions des gens de théâtre. Au
printemps, Mankiewicz trouva le titre définitif : « All about Eve »
(« Eve »).
Johnny
Hyde lut le script. Il y découvrit un rôle pour Marilyn et fit part de ses
réflexions au réalisateur ; celui-ci fut d’accord. Le rôle de la jolie
débutante qui mettait ses charmes au service de sa carrière, irait parfaitement
à Marilyn.
Le
rôle de Miss Caswell était plus sophistiqué que celui d’Angela dans « The
asphalt jungle ».
Elle
n’apparaissait que dans deux scènes, mais compte tenu que sa personnalité
reflétait celle d’Eve, c’était un personnage important.
Mankiewicz
avait déjà auditionné d’autres comédiennes, mais son choix se fixa très vite
sur Marilyn (
,
).
Elle
eut donc un contrat avec la Fox,
le temps de la durée du tournage (du 11 mai au 7 juin), où elle fut payée 500$ par
semaine :
.
MAI :
Les
deux séquences de « All about Eve » prirent plus de deux mois de
tournage. Le tournage eut lieu à New York : au théâtre John Golden, au
Club 21, au théâtre Schubert et au Curran Theater, à l’hôtel Taft et dans un
appartement de Park Avenue. Il y eut aussi quelques prises à New Haven et au Canada.
La prestation de Marilyn dans « All about Eve » fut à tous points de vue conforme aux exigences du scénario. Vêtue d’une robe blanche décolletée, élégamment coiffée, elle joua son rôle avec une confiance sous-tendue de séduction
Malheureusement
son interprétation (trop brève) ne retint pas l’attention des critiques. Johnny
Hyde espérait qu’après avoir visionné les rushes, Darryl Zanuck lui signerait
un contrat de longue durée, mais Zanuck ne vit rien de remarquable dans les
rushes.
Son
ami le journaliste Sidney Skolsky
vint lui rendre visite :
.
Insensible
aux protestations de ses collègues de l’Agence
William Morris, Johnny Hyde continuait à se comporter comme si Marilyn
était sa seule et unique cliente.
Faute
de grands rôles, il lui fit tourner une publicité télévisée (la seule
d’ailleurs) pour une marque d’essence (Royal Triton :
) et des photos
publicitaires, dont une pour des pour
une crème amaigrissante (
).
Le vendredi 19 mai : sortie de « A ticket to Tomahawk » :
.
Le mardi 23 mai : sortie de « The asphalt jungle» (
;
,
,
,
,
;
) ; le film fut acclamé
par la critique et obtint quatre nominations aux Oscars.
JUIN :
Pour son anniversaire (elle fêtait alors ses vingt-quatre ans), Joe Schenck lui offrit une chienne chihuahua prénommée Josefa
JUIlLLET :
Le jeudi 20 juillet, elle rendit visite aux US Marines en partance pour la Corée et fut surnommée "Miss Morale of the Marine Corps" :
,
-
,
AOUT :
Elle assista, avec Johnny Hyde, à une fête donnée chez Danny Kaye, en l'honneur de l'actrice Vivien Leigh qui arrivait à Hollywood pour y tourner « A streetcar named Desire » ( « Un tramway nommé Désir »), mis en scène par Elia Kazan.
Elle
rencontra Elia Kazan et Laurence
Olivier (
), le
mari de Vivien Leigh, pour la première
fois ce soir là.
SEPTEMBRE
Le
lundi 25 septembre, la Fox lui signa une autorisation (
) pour que la
société LeGalion Perfume Co, utilise le nom et l'image de Marilyn Monroe pour
le « Sortilege Perfume » dans des publicités.
AUTOMNE :
Marilyn
décida de suivre des cours du soir de littérature et d’histoire de l’art à
l’UCLA (University of Californie Los Angeles); son professeur fut Claire Seay.
Elle fréquenta assidûment l’université le mardi soir, pendant dix semaines.
A
cette époque et pour s’épargner des dépenses, elle accepta de partager
l’appartement de Natasha Lytess, un agréable deux-pièces en duplex, au 1309 North Harper Avenue, West
Hollywood :
.
Elle
dormait sur le canapé convertible du living-room, étudiait et lisait beaucoup,
s’occupait de Barbara, la fille de Natasha et de son chihuahua, Josefa.
Tous
les soirs Natasha et Marilyn travaillaient. Selon un code établi tacitement, un
signe de Natasha suffisait à indiquer à Marilyn une erreur de ton ou de
mouvement.
Ce
que Natasha appelait les motivations du personnage plongeait Marilyn dans la
perplexité. John Huston, pas
plus que Mankiewicz n’avait parlé de motivations.
Nourrie
des principes du théâtre d’art de Moscou, Natasha s’entêtait : les grandes
prestations requéraient un effort mental considérable ; la compréhension
d’un personnage passait pas l’étude approfondie de ses motivations, en rapport
avec son passé…
Marilyn
s’y appliqua avec ferveur. Grâce à ces exercices, elle sera apte, par la suite,
à tenir tête à différents réalisateurs, hostiles à de telles introspections.
Entre
l’université et ses cours d’art dramatique, Marilyn trouvait le temps de rendre
visite à Joe Schenck. Elle délaissa Johnny Hyde pendant plusieurs semaines.
Celui-ci passait le plus clair de son temps dans sa villa de North Palm Drive.
Cloué au lit par une déficience cardiaque de plus en plus grave, il continuait
à contacter ses relations par téléphone, en s’efforçant toujours de lancer
Marilyn.
OCTOBRE :
Le
mercredi 4 octobre : sortie de « All about Eve » (
;
,
,
,
).
Marilyn
fréquentait le légendaire Schwab’s
Drugstore (9024 Sunset Boulevard), dont l’étage servait de bureau au
célèbre critique de cinéma, Sidney Skolsky. Il avait choisi cet emplacement
pour une raison très simple : Schwab’s lui procurait tous les produits
dont il avait envie. A cette époque, le gouvernement américain n’avait pas
encore réglementé la vente des médicaments et il n’y avait pas d’opprobre
attaché à la consommation régulière de barbituriques et d’amphétamines.
Ses
chroniques (dans le Citizen News Hollywood) avaient le mérite de traiter
chaque sujet plus à fond que les commérages de Louella Parsons et Hedda Hopper, et il régalait ses
lecteurs d’informations techniques sur le cinéma, dédaignant les potins des
coulisses.
Il
parcourait les locaux de la Twentieth Century Fox, connaissait toutes les têtes
pensantes du studio, dont les deux vétérans de la publicité, Harry Brand et Roy Craft.
NOVEMBRE:
Le jeudi 9 novembre : sortie de « The fireball » :
.
Le
vendredi 10 novembre : Marilyn parut dans des photos publicitaires de
la Fox pour Thanksgiving (
,
,
).
Le mercredi 15 novembre : sortie de « Right cross » :
.
DECEMBRE :
Le samedi
2 décembre,
Marilyn inaugura un avion de la Mexican Airlines, premier vol direct Los
Angeles-Mexico en 5 heures (
,
,
,
).
Le mardi 5 décembre :
Marilyn
(un an après sa rencontre avec Johnny Hyde) signa le formulaire agrée par
l’Association des acteurs de cinéma, qui la liait officiellement à l’agence William
Morris, pour une durée de trois ans.
Le jeudi 7 décembre :
Johnny
Hyde la convoqua ; il avait utilisé toute son influence et avait fait
appel à tous les cadres de la Fox. Au terme de longues transactions, un bout
d’essai avait été décidé. Si cela marchait, Marilyn obtiendrait un contrat de
six mois, plus un rôle important dans un film en projet, « Cold
shoulder » et peut-être même un contrat de longue durée.
Le
soir même, elle commença à travailler sa scène avec Natasha.
Le dimanche 10 décembre :
Marilyn
arriva sur le plateau pour tourner le bout d’essai. Elle avait mis la robe
seyante qu’elle portait dans « The fireball », « Hometown
story » et « All about Eve ». Elle devait incarner la petite
amie d’un gangster.
« Cold
shoulder » ne verra jamais le jour, mais Hyde savait que Zanuck avait
réservé un petit rôle de secrétaire dans « As young as you
feel » (« Rendez-moi ma femme »), une comédie qui serait
tournée le mois suivant. Johnny Hyde accepta le marché.
Le samedi 16 décembre : Johnny Hyde partit
se reposer à Palm Springs, en
compagnie de sa secrétaire.
Le dimanche 17 décembre : il était au Racquet Club
Resort Hotel de Palm Springs lorsqu'il fut victime d’une attaque cardiaque. Il
fut transporté en urgence à Los Angeles.
Marilyn
fit les essayages des costumes pour « As young as you feel » (
,
).
Le lundi 18 décembre : Johnny Hyde mourut d’une crise
cardiaque au Cedars
of Lebanon Hospital.
La
femme et les enfants de Hyde exigèrent que Marilyn soit tenue à l’écart des
funérailles qui eurent lieu au Forest Lawn Cemetry, Hollywood Hills ; mais elle
y assista néanmoins avec Natasha Lytess.
Une
heure après, tout le monde était parti. Marilyn s’approcha de la tombe
recouverte de fleurs et y planta une fleur blanche, une rose séchée qu’elle
avait gardée pendant des années entre les pages d’une Bible.
Elle
resta longtemps dans le cimetière, effondrée.
Elle
fut chassée de la maison de North Palm Drive par la famille Hyde qui reprit
également les vêtements et les bijoux que Johnny lui avait offerts.
Bien
qu'il avait informé ses avocats de son désir de laisser un tiers de ses biens à
Marilyn, il n’avait pas encore modifié son testament et Marilyn ne reçut rien.
Quelques
jours plus tard Joe Schenck appela Marilyn et lui présenta ses condoléances.
Pendant
les semaines qui suivirent, Natasha la vit souvent fondre en larmes. Avec le
décès de Johnny, elle avait perdu un allié, un ami et un père.
Le dimanche 24 décembre : les cadeaux que Johnny Hyde
lui destinait arrivèrent ; elle reçut une étole en vison.
Natasha
Lytess arriva à son l’appartement sur Harper Boulevard et trouva un mot
sur la porte : « Je laisse ma voiture et mon étole de vison à
Natasha », et un deuxième mot à l’intérieur de l’appartement, qui
demandait à Barbara, la fille de Natasha, de ne pas entrer dans la chambre.
Natasha découvrit alors Marilyn inconsciente, ayant pris des médicaments de
chez Schawb’s. Elle fut transportée à l’hôpital où elle subit un lavage
d’estomac.
Cette
année là, elle alla voir Stanley
Gifford, à Palm Springs, accompagnée de son ami Sidney Skolsky, mais
Gifford ne souhaita pas la voir.
Elle
fit une séance photo avec le photographe J.R.Eyerman (
,
,
,
,
,
,
,
,
).
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