1951
JANVIER :
Le
bail de l’appartement de Natasha
Lytess sur Harper Avenue
(
) prit fin le vendredi 5 janvier.
Natasha
décida d’acheter une petite villa à Hollywood.
Sous
prétexte de jouir d’un peu d’intimité et de se rapprocher de la Fox, Marilyn retourna vivre au Beverly Carlton Hotel.
Mais
Natasha se retrouva bientôt à court d’argent. Au moment de signer la promesse
de vente, elle réalisa qu’il lui manquait 1 000$.
Marilyn
le sut et le lendemain, elle débarqua chez Natasha avec la somme d’argent
manquante. Elle avait vendu l’étole en vison, cadeau de Johnny Hyde.
Marilyn
tourna dans « As
young as you feel » (« Rendez-moi ma femme »), réalisé par
Harmon Jones, pour la Fox.
C’était
son douzième film.
Mais
sa participation au film ne lui réserva aucune satisfaction.
Cette
comédie sans prétentions mettait en scène les tribulations d’un businessman de
soixante-cinq ans, forcé de partir en retraite. Marilyn jouait une fois encore
le rôle d’une ravissante secrétaire prénommée Harriet (
,
,
).
Malgré
son rôle mineur et quelconque, Marilyn figura en haut de l’affiche pour
permettre au film de profiter de son succès. Mais son moral était au plus bas,
car la fadeur de son rôle n’avait d’égal que celle de l’intrigue, et elle était
encore très affectée par la mort de son protecteur.
Sur
le tournage elle rencontra Elia Kazan
(
), ami d'Harmon Jones, le
réalisateur. La renommée de Kazan n’avait cessé de croître. Célèbre metteur en
scène de théâtre et cofondateur de l’Actors
Studio, cet immigrant grec avait su s’imposer face aux superproductions
d’Hollywood.
Voué
corps et âme à son œuvre, Kazan, pourtant marié, n’avait rien contre les
escapades sentimentales. Il avait déjà croisé Marilyn brièvement, au bras de
Hyde, en août
1950. Marilyn accepta une invitation à dîner ; leur idylle dura
tout le long du tournage et jusqu’à l’été.
Au
début ils se retrouvaient dans la chambre de Marilyn au Beverly Carlton Hotel.
Puis ils passèrent leurs nuits chez Charles Feldman (
), l’imprésario de Kazan, et
son épouse Joan Howard, actrice et photographe de renom.
C’est
au cours ce même tournage qu’elle rencontra Arthur Miller (
) pour la première fois, en ce
mois de janvier.
Celui-ci,
ami de Kazan, venait de terminer « The hook » (« Le
piège »), scénario original que Kazan espérait réaliser. Tout comme Kazan,
Miller fut subjugué par la beauté sensuelle de Marilyn.
Le
lendemain de cette rencontre, Miller et
Kazan se rendirent au bureau d'Harry
Cohn (
), directeur de la Columbia. Celui-ci
envisageait de produire le scénario de Miller.
Cohn
insista pour que le scénario soit envoyé à Roy Brewer, patron des syndicats
d’Hollywood et ami personnel de Joe Ryan, lui-même à la tête de l’International
Longshoremen’s Association (syndicat des dockers). Peu de temps après, Brewer
annonça à Cohn qu’il avait demandé au FBI
(Federal Bureau of Investigation) de lire « The hook » et que le
texte avait aussitôt été jugé incendiaire et dangereusement anti-américain (et
qu’il constituait même peut-être un acte de haute trahison). Brewer annonça
aussi qu’à moins que Miller ne modifie son scénario pour faire des communistes
les méchants et de l’anti-communisme le thème principal, tous les cinémas qui
recevraient une copie de « The hook » verraient leurs
projectionnistes renvoyés. Miller préféra reprendre son scénario plutôt que de
se conformer à des exigences aussi stupides, et par ce seul acte d’intégrité
artistique, il gagna l’admiration de Marilyn. Il devint dès lors le champion
des opprimés, de tous ceux qui n’avaient pas voix au chapitre et pour ça, il
gagna son estime.
Dans
les semaines suivantes, Miller se joindra souvent à Elia Kazan et Marilyn lors
de visites à un auteur ou à un compositeur. Ils fouinaient dans les librairies
(où elle acheta des recueils de poésie de Frost, E.E.Cummings et Whitman),
partaient en pique-nique sur la côte ou dans les canyons.
Le
lundi 22 janvier,
elle réalisa d’autres essayages de costumes pour « As young as you
feel » (
,
,
).
FEVRIER :
Le jeudi 15 février : avec Elia Kazan, ils allèrent à Santa Barbara, voir une avant-première de « A streetcar named Desire »:
Le vendredi 23 février : Kazan repartit pour New York.
MARS:
Le
jeudi 29 mars
Marilyn apparut à la cérémonie des Oscars au Pantages Theater (6233 Hollywood
Boulevard, Hollywood), où elle remit le prix de la meilleure prise de son à Thomas Moulton (
) pour sa prestation
dans «All about Eve »
(1950).
Elle
portait une robe décolletée en mousseline de soie, empruntée aux
vestiaires du studio (
,
,
;
,
).
« All
about Eve » était nominé dans la catégorie du meilleur film avec
« Born yesterday », « Father of the bride », « King
Solomon's mines » et « Sunset Boulevard ».
Joseph
Mankiewicz remporta l'Oscar du meilleur réalisateur pour « All about
Eve ».
Grâce
aux recommandations de Joe
Schenck, la Fox proposa à Marilyn le contrat tant convoité.
Les
associés de Johnny Hyde à l’agence William
Morris négocièrent le contrat à la Fox sans trop d’enthousiasme (Johnny
Hyde se les étaient mis à dos en se consacrant uniquement à Marilyn aux dépens
des autres clients).
Ils laissèrent passer trois semaines avant de faire signer à Marilyn les
papiers envoyés par la Fox ; écoeurée par leurs manières, Marilyn voulut
changer d’agent.
Par
l’intermédiaire d’Elia Kazan, elle avait connu Charles Feldman qui dirigeait la
Famous Artists Agency, en association
avec Hugh French. Les deux hommes géreront les intérêts de Marilyn pendant
trois ans, ce qui n’empêcha pas l’agence William Morris de percevoir une partie
des commissions.
(Trois
années seront nécessaires pour régler l’accord William Morris/Marilyn. Elle ne
fut officiellement représentée par Famous Artists qu’à partir du 12 mars 1953,
ne signa le contrat qu’en mars 1954, peu de temps avant de rompre leur
alliance).
AVRIL:
Les
termes en sa faveur furent hélas réduits au minimum, mais c’était néanmoins un
vrai contrat.
La
Fox lui garantissait un salaire de 500$ par semaine, qu’elle joua ou pas. Le
studio se réservait le droit de reconduire le contrat l’année suivante, auquel
cas son salaire s’élèverait à 750$ par semaine. La troisième année, elle
percevrait 1 250$ par semaine, la quatrième année 1 500$, la
cinquième année 2 000$ et 2 500$ la sixième année.
Si
elle travaillait toujours pour la Fox en 1957, elle recevrait 3 500$ par semaine.
Une clause d’exclusivité la liait à la Fox pour une durée de sept ans.
Les
dirigeants du studio avaient le droit de la renvoyer à la fin de chaque année
sans aucune explication, mais ils s’octroyaient également le droit de lui
imposer les rôles de leur seul choix.
Aussi
pouvaient-ils la « louer » au
prix de leur convenance à une autre compagnie, en lui versant uniquement son
cachet hebdomadaire.
Par
ailleurs, Marilyn devait s’engager à refuser toutes proposition venue de
l’extérieur (y compris la télévision, le théâtre ou la chanson), même si elle
ne jouait dans aucun film de la Fox. Ce genre de conventions mettait les
acteurs sous contrat à la merci des grandes compagnies du cinéma.
Le
procédé perdurera jusqu’au démantèlement du système lui-même, auquel Marilyn
apportera largement sa contribution.
Quand
elle signa son contrat (qui ne prendra effet que le 11 mai 1951), Marilyn obtint que
son professeur d’art dramatique, Natasha Lytess soit aussi engagée. Celle-ci
touchait 500$ par semaine de la Fox, plus 250$ que Marilyn lui versait pour des
cours particuliers.
En
conséquence, la première année où Marilyn fut à la Fox, Natasha Lytess gagna
plus d’argent qu’elle.
Mais
Marilyn fut à nouveau précipitée dans la ronde des rôles stéréotypés et
inintéressants.
Le
jeudi 5 avril,
essayage des costumes pour « Love
nest » (
,
,
,
,
,
).
Le
jeudi 12 avril,
essayage des costumes pour
« Love nest » :
.
AU PRINTEMPS elle tourna « Love nest » (
,
) (« Nid d’amour »),
une comédie légère, écrite sur mesure. Elle jouait le rôle d’une blonde
provocante, ex-membre du WAC (Women’s Army Corps), qui louait un appartement
dans un immeuble à Manhattan dont le propriétaire, un ancien militaire, était
marié.
La
présence de Marilyn dans ce film, purement décorative (on l’avait casée là pour
rehausser un scénario sans grand intérêt) fit néanmoins du bruit.
MAI :
Sortie
du film « Hometown story » (
;
,
,
).
Le mercredi 2 mai :
Sidney Skolsky, dans sa rubrique, célébra la prestation de
Marilyn dans « Love nest » et raconta que lorsque Marilyn avait retiré
sa robe pour une scène où elle devait prendre une douche (
),
le plateau était si
bondé et si calme « qu’on pouvait palper
l’électricité ». Pour une
autre scène, elle se présenta dans le deux-pièces
qu'on lui avait choisi, un maillot de bain à pois. :
La
vedette principale du film, June Haver, se souvient que « toute l’équipe
se tut, ouvrit grand la bouche, comme pétrifiée ».
Le
journaliste Ezra Goodman fit lui aussi l’éloge de Marilyn, « l’une des
plus brillantes futures vedettes ».
Elle
fut d’ailleurs élue star féminine du mois à la Fox, la star masculine était
Robert Wagner.
Le lundi 7 mai : Marilyn accompagna Elia Kazan à un dîner
chez Charles Feldman. Kazan était de retour à Hollywood pour le tournage de son
prochain film, « Viva Zapata! ».
JUILLET :
Elle
fit une interview avec Robert Cahn, le premier à faire son portrait pour un
magazine national.
Elle
arriva avec plus d’une heure de retard au rendez-vous, mais l’article, publié dans la
magazine Collier’s en septembre 1951 (
),
fut élogieux et d’une analyse pénétrante, grâce à l’influence de Harry Brand, le publicitaire de la
Fox. Mais Cohn contribua aussi à l’élaboration du mythe Marilyn en gobant les
histoires exagérées que lui rapportèrent la Fox et Marilyn elle-même. D’après
Sidney Skolsky, qui aida Marilyn et Harry Brand à créer la légende, la vérité
était plus plate. Comme Skolsky l’avait bien compris, Marilyn ne savait pas qui
elle était, mais elle savait ce qu’elle devait être. Elle connaissait les
ingrédients nécessaires pour faire un bon film. L’année suivante, cela
prendrait la forme d’un exercice littéraire dont elle fournira le contenu, et
Skolsky et l’écrivain Ben Hecht, la forme.
Robert
Cahn écrivit en détail l’arrivée renversante de Marilyn à un dîner du studio où
elle fut placée à la droite de Spyros
Skouras, le président de la Fox. Il ne manqua pas bien sûr de noter ses
proportions puis aborda ensuite la question de son enfance avant de rappeler à
quel point le public était impatient de la voir davantage.
Après
avoir visité son appartement, Cahn déclara aussi que cette blonde platine
s’intéressait vraiment à la littérature (et les studios n’avaient rien à voir
là dedans) : sur ses étagères il vit des ouvrages de Whitman, Rilke,
Tolstoï, Carl Sandburg et
Arthur Miller, avec des signets et des notes qui dépassaient des pages.
Depuis
« The asphalt
jungle » et « All about Eve », la Fox recevait toutes les
semaines 2 000 à 3 000 lettres de fans de Marilyn (bien plus que pour
des stars comme Susan Hayward, Linda Darnell, Betty Grable, June Haver, Gregory
Peck ou Tyrone Power), et depuis le mois de janvier, le service de presse avait
envoyé plus de 3 000 photos d’elle.
Elle
commença le tournage de « Let’s make it
legal » (« Chéri, divorçons ») :
.
La
Fox s’efforçait alors de glisser un second rôle pour sa nouvelle bombe sexuelle
dans chacune de ses productions.
C’était
peut-être le film le plus ingrat et le moins drôle de toute sa carrière, bien
que présenté comme une comédie.
Dans
le rôle à la fois bref et inutile d’une aventurière blonde, on la voyait moins
de deux minutes, même si elle figurait en troisième position dans le générique
(
,
,
,
).
Les
retards de Marilyn provoquèrent une scène avec le réalisateur du film, Richard
Sale ; il exigea des excuses devant toute l’équipe ; Marilyn quitta
vivement le plateau mais revint, penaude.
AOUT :
Le jeudi 2 août : sortie du film « As young as
you feel » (
;
,
).
Le samedi
4 août :
Marilyn, « Miss Cheesecake 1952 » par le magazine Stars ans Stripes (un journal de
l’armée), participa à une soirée donnée en l’honneur de Michael Gaszynski, un
diplomate polonais qui fêtait ce soir là son obtention de la citoyenneté
américaine.
A
cette occasion, elle fut photographiée au magasin Farmer’s Market à Hollywood (
,
,
,
,
).
AUTOMNE :
Grâce
à des amis de Natasha Lytess, Marilyn se mit à suivre des cours d’art
dramatique avec l’acteur et professeur de théâtre Michael Tchekhov (
), neveu du dramaturge
russe Anton Tchekhov et ancien collègue de Konstantin Stanislavski
(
) au Théâtre d’art de
Moscou. Il la raccrochait à la tradition russe si prisée par l’Actors Laboratory et par Natasha
Lytess.
Ce
fut l'acteur Jack Palance, rencontré lorsqu'elle tourna « All about
Eve » en 1950,
qui lui avait parlé de Tchekhov, avec qui il prenait lui-même des cours.
Quand
elle le rencontra, Michael Tchekhov mettait la touche finale à son livre
« To the actor : on the technique of acting », qui allait être
la Bible de Marilyn et de nombreux autres acteurs dans les années suivantes.
Certaines
des idées de Tchekhov rappelaient sans doute à Marilyn la façon un peu
étouffante avec laquelle Natasha Lytess mettait l’accent sur le fait de sentir
avec le corps ce que l’on sentait avec l’esprit.
Tchekhov
préférait travailler sur des pièces classiques comme « King Lear »,
« Twelfth night » et « Hamlet ».
Cependant,
il différait de Natasha sur un point : alors qu’elle se montrait
constamment impatiente avec Marilyn, Tchekhov lui, prenait son temps et lui
faisait faire toute une série d’exercices qui n’avaient rien à voir avec
l’atmosphère d’un tournage ou d’un cours avec Natasha. Le corps, disait-il
devait se transformer pour devenir une membrane sensible, un convoyeur d’images
nuancées, de sentiments et d’impulsions de la volonté. La leçon la plus
importante peut-être que Tchekhov donna à Marilyn fut de la faire sortir de son
cadre de référence. Il lui conseilla d’élargir son cercle d’intérêt ;
ainsi elle serait plus à même d’adopter la psychologie d’autres personnages
sans leur imposer son point de vue à elle. C’était là la base de la philosophie
du Théâtre d’art de Moscou, même si Lee
Strasberg (
) devait
en faire quelque chose d’assez différent quelques années plus tard. Les
exercices qu’il lui demandait de faire étaient suivis d’étirements, du travail
du souffle qu’elle apprenait à moduler, tous conçus pour accroître son sens de
la liberté que Tchekhov sentait étouffé en elle. Au travers de cette liberté,
Marilyn finirait par se vider d’elle-même, par se transformer, par être
« possédée » par son personnage.
Mais
le sérieux des intentions de travail de Marilyn se mit à avoir des effets
secondaires malheureux sur elle, car si la quête inlassable de la perfection
chez Natasha Lytess avait transformé sa manière naturelle de s’exprimer en une
diction timide et exagérée, les cours de Tchekhov la terrifièrent encore plus
tant elle redoutait de ne pas être valable.
De
plus, leur relation de travail souffrit du manque de ponctualité de Marilyn.
C'est
à cette période que Marilyn commença à
acquérir la réputation d'être toujours en retard.
Ainsi
donc, ces efforts rendirent Marilyn encore plus timide, encore plus gênée par
son jeu, et la paralysèrent en quelque sorte. Au lieu de chercher le personnage
en elle, elle se voyait poussée par ses professeurs à se rechercher dans le
personnage, et par là même retournait à ses propres insécurité et ses propres
insuffisances.
D’une
certaine façon elle trouva la force de passer de l’inexpérience à la simple
aptitude, de la simple aptitude à la compétence raffinée. Mais elle eut peu l’occasion de le prouver, à cause du fonctionnement des
studios, à cause de ses conseillers souvent bien intentionnés mais par trop
académiques, et à cause enfin de sa propre fragilité émotionnelle et de sa
mauvaise santé.
SEPTEMBRE :
Le
samedi 8 septembre : l'interview réalisée par Robert Cahn fut publiée
dans la magazine Collier’s : 
Marilyn fit une autre interview avec Rupert Allan pour le magazine Look (il en était directeur de rédaction sur la côte ouest).
Lui aussi nota ses terribles retards. L’article d’Allan eut un
énorme succès ; il le publia,
accompagné de quatorze photos de Marilyn (en train de lire (
), de soulever
des poids, de courir ainsi que des photos de ses films), et déclara qu’elle
était « la star la plus prometteuse parmi toutes les blondes depuis Lana
Turner ».
La
presse, depuis le début de sa carrière, la traita plutôt bien. La plupart des
critiques étaient plutôt indulgents envers elle, et une certaine forme de
protection commença à apparaître dans
leurs commentaires sur ses performances.
Une
semaine après la publication de l'interview avec Rupert Allan, Sidney Skolsky,
dans sa rubrique, reprit la comparaison avec Lana Turner.
La
Fox n’ayant aucun projet immédiat pour elle, Spyros Skouras, directeur du studio, la prêta à la RKO
pour un second rôle dans une adaptation de « Clash by night »
(« Le démon s’éveille la nuit ») de Fritz Lang (
), avec Barbara Stanwyck et
Robert Ryan. Le transfert fut signé le mardi
21 août.
Ce
fut Sidney Skolsky qui persuada le producteur du film, Jerry Wald (
,
,
,
), de confier un rôle
relativement important à Marilyn.
Elle
fit une séance de photos publicitaires pour la RKO (
,
,
,
).
« Clash
by night » s’inspirait d’une pièce
de théâtre de Clifford Odets
(
),
que Marilyn avait
étudié à l’époque où elle
travaillait à l’Actors Laboratory. Pour la première
fois, elle allait se détacher des rôles de
secrétaires et de blondes dans
lesquels on l'avait confiné jusque là.
L’action
du film se déroulait au milieu des pêcheurs et des conserveries de Monterrey,
en Californie (
,
). Marilyn jouait le rôle de
Peggy, une fille qui travaillait à la mise en boîte des sardines et qui était
fiancée au frère de l’héroïne (
,
).
Elle
ne réussit pas sans mal car le tournage fut une épreuve pour elle et pour ses
collègues. Elle vomissait presque avant chaque scène et ses mains et son visage
se couvraient de plaques rouges. Seules l’ambition et une forte détermination
finissaient par la traîner sur le plateau.
Marjorie Plecher qui
s’occupait des costumes sur le tournage (elle deviendra la future Mme Allan Whitey Snyder), se souvient
qu’à cause de sa recherche de la perfection, la
plupart des gens considéraient Marilyn comme quelqu’un de difficile.
Marilyn dut faire appel à toute la bonne volonté qu’elle put trouver en elle. Fritz Lang , ne supportant pas les
petites manies des acteurs, résuma en quelques mots Marilyn comme
« terrifiée de venir au studio, toujours en retard, incapable de se
rappeler de son texte et certainement responsable de la lenteur du
tournage ».
Mais
surtout, Fritz Lang, ne supportait pas la présence quotidienne de Natasha Lytess
et la façon dont celle-ci reprenait ce qu’il disait ; il la renvoya
rapidement du plateau mais comme les
autres réalisateurs, il fut obligé, s’il voulait garder Marilyn, de rappeler
Natasha Lytess.
La
vedette du film, Barbara Stanwyck se montra particulièrement gentille avec
Marilyn. Actrice déjà confirmée, elle tenait à être patiente envers une
nouvelle venue angoissée, vendue comme une future star.
Tous
les journalistes et reporters qui vinrent sur le tournage reconnurent que
Marilyn était l’objet de leur attention (
,
,
,
).
Plus
fière que jamais de son corps, Marilyn en voulait néanmoins à la presse de ne
chercher à avoir d’elle que des photos et des anecdotes croustillantes sur sa
vie : elle préférait beaucoup parler de sa carrière, un sujet que les
journalistes évitaient comme s’il était tabou.
Sortie
du magazine Modern Screen (
,
,
), avec un article sur
Marilyn, suite à une party chez Herman Hover, le propriétaire du restaurant Ciro’s (
,
,
,
), puis à la soirée qui a suivie
au Ciro’s (
,
,
,
).
OCTOBRE :
Le mercredi 10 octobre : sortie de « Love nest » (
;
,
).
Elle
fit une série de photos publicitaires pour le catalogue du magasin de vêtements
Sak’s (
,
,
,
,
,
,
).
NOVEMBRE :
Le mardi 6 novembre, sortie du film « Let's make it legal » (
;
,
;
).
Marilyn
alla à Hemet (au sud est de Los Angeles), accompagnée de Natasha Lytess, où
vivait son père présumé, Stanley
Gifford. Elle l’appela au téléphone, mais celui-ci refusa à nouveau de la
voir.
Elle
vécut seule quelques mois au Beverly
Carlton Hotel (
;
,
,
), puis partagea un appartement (8573 Holloway Drive, Hollywood) (
,
) avec Shelley Winters (
), une jeune actrice qu’elle
avait connu quelques mois auparavant à une partie de base-ball, donnée au
profit d’une œuvre de charité.
DECEMBRE:
Après
le tournage pour la RKO de « Clash by night », Marilyn réintégra les
studios de la Fox.
Des
directeurs de salles avaient vu une copie du film de Fritz Lang, et très vite,
le bruit courut à la Fox que la comédienne prêtée à la RKO ne méritait pas
d’être si mal employée. Dans les bureaux de la Fox à New York, les actionnaires
du studio demandèrent à Spyros Skouras quand la Fox la ferait travailler de
nouveau. Skouras posa à son tour la question à Zanuck ; celui-ci ne
pouvait plus reculer.
La
Fox lui proposa alors un premier grand rôle dans « Don’t bother to
knock » (« Troublez-moi ce soir ») ; c’était un film
qui voulait prouver que Marilyn pouvait jouer autre chose que des seconds
rôles.
Et
c’est ce qu’elle fit, malgré un script truffé de clichés, un budget minime et
un metteur en scène (l’anglais Roy Baker) qui traitait Marilyn avec encore plus
de mépris que Fritz Lang.
Zanuck,
cependant, exigea un bout d’essai avant de lui confier le rôle. Elle travailla
beaucoup jour et nuit avec Natasha Lytess. Zanuck, après avoir visionné le bout
d’essai, rédigea une petite note élogieuse sur elle.
Le
jeudi 6 décembre,
elle effectua les essayages de costumes pour « Don’t bother to
knock » (
,
,
,
).
FIN
DE L'ANNEE :
Marilyn alla vivre chez Natasha Lytess, dans sa nouvelle maison au 611 North Crescent Drive, West Hollywood
Elle
débuta la tournage de « Don't bother to knock». Le tournage de dura que
vingt-huit jours.
Roy
Baker, le réalisateur, garda les premières prises de chaque scène, malgré les
protestations de Marilyn ; le film, terminé au début de l’année 1952,
montrait une Marilyn qui improvisait de manière étonnante.
Marilyn
fit de Nell, son personnage, non pas le stéréotype de la folie chez la femme,
mais la victime d’une folie de la ville. Une femme psychologiquement blessée
par la guerre, émotionnellement brisée par la perte d’un être cher, une femme
qui avait fait une tentative de suicide mais qui cherchait profondément une
raison de vivre.
Il
se passait bel et bien quelque chose
entre l’objectif de la caméra et la bobine, si bien
que ses partenaires
trouvaient qu’ils n’existaient plus à
côté d’elle, tant elle crevait l’écran (
,
,
,
,
). Face aux louanges de ses
collègues, Marilyn afficha une modestie sincère et étonnée : il lui
semblait qu’elle aurait pu mieux faire.
En
cette année 1951, elle obtint de nombreuses récompenses :
-« Le
cadeau de Noël que tous les GI voudraient trouver dans leur cheminée » (
,
)
- « La fille la plus apte à dégeler
l’Alaska » par les soldats basés dans les îles aléoutiennes (
,
)
- « La
fille qu’ils aimeraient le mieux examiner » par la 7ème
division du corps médical
- « La
fille qu’ils aimeraient le mieux arrêter » par le All Weather Fighter
Squadron 3, basé à San Diego
Elle
visita également le bateau militaire USS Benham (
,
,
); elle passa une soirée au El Morocco, en compagnie entre autres de Joe Schenck
(
,
).
Elle
fit une séance photo au Hollywood
Roosevelt Hotel (
,
,
), une autre avec le photographe Larry Barbier Jr (
,
,
,
) ainsi qu’au Beverly Carlton
Hotel
(
,
,
,
,
,
,
;
,
,
) ; elle poursuivit
également ses séances pour des photos publicitaires
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