1956
Dans
l’euphorie de sa victoire avec la Fox,
Marilyn annonça ses premiers projets pour l’année.
Elle
retournera à Hollywood pour tourner avec la Fox « Bus stop » (« Arrêt
d'autobus »), une adaptation cinématographique de la pièce du même nom de
William Inge. Audrey Wood, agent littéraire d’Inge, était aussi la voisine des
Greene. Elle demanda à Milton
Greene et à Marilyn de lire « Bus stop ». Ils allèrent voir la pièce qui remportait un grand succès à
Broadway, avec Kim Stanley dans le rôle de Chérie, le rôle que Marilyn
s’apprêtait à tourner au cinéma.
Puis
elle irait tourner à Londres avec le grand acteur de théâtre anglais, Laurence Olivier, dans
la version cinématographique de la pièce « The sleeping prince » de
Terence Rattigan. Ce film sera le seul produit par les Marilyn Monroe
Productions.
Milton
Greene la vit sombrer dans la dépendance aux barbituriques. Elle pouvait
prendre des somnifères à 3 heures du matin, tout en sachant qu’elle devait se
lever à 6 heures pour un rendez-vous. Elle ne sortait de sa stupeur qu’à coups
de stimulants et buvait de plus en plus.
Malgré
la sécurité que lui donnait sa relation avec Miller, elle continuait de se
comporter en personne incapable de supporter la solitude, surtout la nuit.
Encore plus souvent qu’auparavant, elle téléphonait à ses amis à 2 voire 3
heures du matin.
Lee Strasberg, pour l’aider,
l’invitait souvent à venir dormir chez lui.
JANVIER :
Courant
janvier, Marilyn reçut un télégramme de Terence Rattigan qui lui annonçait
qu'elle avait obtenu les droits de « The sleeping prince ». Mieux
encore, Laurence Olivier voulait faire le film avec elle.
Le jeudi
26 janvier,
elle reçut le prix de la « Women’s
division of the jewish philanthropes of New York City » (
;
).
Fin janvier : Arthur Miller et sa femme, Mary Slattery
commençaient à parler de divorce.
Marilyn
et Arthur parlaient de mariage.
Ils
passèrent les deux premiers mois de cette année à New York, flânant dans les
rues de Brooklyn Heights ; leur ami le photographe Sam Shaw les prit en photo (
,
,
,
,
;
,
,
,
).
Miller
lui fit visiter les endroits fréquentés par les artistes et les écrivains
célèbres en lui racontant des anecdotes sur son enfance.
Arthur Miller entrait dans une phase difficile de sa carrière d’auteur dramatique, alors que Marilyn s’apprêtait à faire un retour fracassant à l’écran. Une situation malaisée qui avait des points communs avec ce qu’elle avait vécu avec Joe DiMaggio.
De plus, à
l’instigation de certains journalistes et avec la bénédiction du gouvernement,
certains groupes de pression ultraconservateurs s’apprêtaient à porter leurs
plus mauvais coups à Miller qui comptait plusieurs ennemis parmi les écrivains
de droite.
Le
plus abject de tous était certainement le journaliste et ami de DiMaggio, Walter Winchell (par ailleurs
ami et indicateur de J .Edgar
Hoover, directeur du
FBI).
FEVRIER :
Sur
les conseils de l’avocat des Marilyn Monroe Productions, Irving Stein, elle séjourna deux
semaines dans l’appartement 4-S du 124, 60ème Rue Est (l’adresse de la
publicitaire Lois Weber) où elle se fit adresser son courrier.
Le
but était d’obtenir sa domiciliation à New York de façon à pouvoir changer de
patronyme plus facilement (voir le 12 mars 1956).
Le dimanche 5 février : Laurence Olivier, son agent Cecil
Tennant et le dramaturge Terence Rattigan (l’auteur de la pièce « The
sleeping prince » qui sert de base de scénario du film du même nom)
arrivèrent à New York pour discuter des termes du projet.
Olivier
devait faire la publicité pour la première de son film « Richard III »
sur NBC.
Marilyn
envisageait d’acquérir les droits de l’œuvre de Terence Rattigan depuis 1954,
sur la suggestion de ses agents de l’époque, Charles Feldman et Hugh
French.
Marilyn
ne voulait personne d’autre que Laurence Olivier, parce qu’une telle
combinaison d’acteurs était inhabituelle et l’aiderait peut-être à rehausser
son image d’actrice. Elle espérait aussi qu'il la mette en scène dans le film.
Laurence
Olivier n’accepta de reprendre le rôle qu’il avait tenu sur scène qu’à la
condition qu’il réalise lui-même le film et en soit le co-producteur.
Le mardi 7 février : après une heure et demi d’attente,
ils rencontrèrent Marilyn chez elle, au 2 Sutton Place.
Olivier
et Marilyn parlèrent des détails de « The sleeping prince ». Elle
avait accepté 125 000$ pour les droits cinématographiques, plus 50 000$ afin
que Rattigan écrive le scénario. Ce jour là, Olivier accepta de mettre en scène
le film, d'y jouer le principal rôle masculin et de le coproduire.
Le mercredi 8 février : Marilyn fit une
séance photo au studio de Milton Greene, à Lexington Avenue, séance connue sous
le nom de Black sitting (
,
,
,
,
).
Le
soir elle assista à la première de « Middle of the night » (
,
).
Le jeudi 9 février à midi, se tint dans la Terrace room du Plaza Hotel, une conférence de presse pour annoncer, avec Marilyn et Laurence Olivier, Terence Rattigan et Milton Greene, leur production de « The sleeping prince »
Les
deux acteurs se congratulèrent mutuellement devant plus de 150 journalistes et
photographes.
Il
s’agissait d’un événement majeur qui allait réunir un grand tragédien anglais
et le plus grand sex-symbol de l’Amérique.
Bien
qu’elle ait nié toute préméditation, Marilyn orchestra l’événement à la
perfection, volant la vedette au « plus grand acteur vivant au
monde », lorsqu’elle se pencha en avant et que l’une des bretelles de sa
robe (créée par John Moore ) cassa
net (un truc que les agents de publicité de la Fox lui avait semble-t-il appris
à ses débuts). Les photographes devinrent fous. On lui procura en hâte une
épingle à nourrice, mais la bretelle céda encore deux fois, devant des
journalistes et photographes ravis de l’incident (
,
,
).
Eve Arnold, son amie photographe qui
l'accompagnait, la photographia ce jour là (
,
).
Le
lendemain, elle faisait la une de plusieurs quotidiens new-yorkais.
Le dimanche 12 février : dans son émission de radio
(enregistrée par le FBI), Walter Winchell annonça à la nation toute entière que
« la blonde la plus célèbre du cinéma américain est devenue la chérie de
l’intelligentsia de gauche qui compte parmi ses membres des activistes
communistes ».
A
cette époque, Arthur Miller était l’un des auteurs américains les plus étroitement
surveillés par les sous-commissions gouvernementales qui redoutaient un coup
d’Etat, imminent selon eux, orchestré par Moscou. Le FBI avait constitué un
dossier sur Miller qui retraçait son itinéraire politique depuis son entrée à
l’université.
Réformé
au moment de la Seconde Guerre Mondiale, en raison d'une blessure (sûrement
considéré comme un manque de patriotisme de la part du FBI), il était de plus
inscrit au parti travailliste américain.
C'est
à cette période que Arthur Miller emmena Marilyn à Brooklyn pour qu'elle fasse
officiellement la connaissance de ses parents. Bien que des rumeurs aient
parues dans la presse, Miller niait toujours publiquement toute aventure avec
elle; il admettait pourtant qu'il allait demander le divorce.
Le vendredi 17 février : Marilyn joua la scène
d’« Anna Christie » d’Eugene O’Neill, avec Maureen Stapleton à l'Actors Studio.
On
n'était pas censé applaudir une présentation en atelier mais quand Marilyn
termina, le public viola la tradition et applaudit à tout rompre.
Lee et Paula Strasberg furent
littéralement transportés ; tandis que Marilyn sanglotait sur ce qu’elle
considérait comme une prestation désastreuse, les Strasberg décrètent qu’elle
était le plus grand talent théâtral de la décennie.
Le samedi 18 février : Marilyn rédigea son premier testament avec l’aide de l’avocat
Irving Stein.
Ses
biens, estimés à 200 000$ (chiffre arbitraire basé sur ses espoirs
futurs), furent divisés comme suit :
- 100 000$
pour Arthur Miller, « à payer de la façon la plus avantageuse au plan
fiscal »
- 25 000$
pour Lee et Paula Strasberg
- 20 000$
pour le Dr Margaret Hohenberg
- 10 000$
pour Xenia Tchekhov, veuve de
Michael Tchekhov
- 10 000$
pour l’Actor’s Studio
- 10 000$
pour les études de Patricia
Rosten, fille de Norman et
Hedda Rosten.
Elle
laissait aussi assez d’argent pour payer les frais du centre de soins de sa
mère, Gladys Baker (pour un
montant total de 25 000$) jusqu’à la mort de celle-ci.
C’est
à l’occasion de la signature de ce testament, qu’Irving Stein lui demande ce
qu’elle souhaitait voir inscrit sur sa pierre tombale. Elle aurait dit avec
esprit, qu’il faudrait inscrire sur sa pierre tombale : « Marilyn
Monroe, blond – 37-23-36 » (95cm de tour de poitrine, 62 cm de tour de
taille, 92 cm de tour de hanches).
Le
dimanche 19 février, Marilyn et Laurence Olivier assistèrent à une
représentation de « The diary of Anne Franck » dans lequel jouait Susan Strasberg, au Cort
Theater (
,
;
,
).
Le mercredi 22 février : à l'Ambassador Hotel de New York elle fit une interview avec la journaliste Elsa Maxwell
(
,
), puis une séance photo (
), avec le photographe Cecil Beaton : avec une fleur
(
,
;
,
), un oiseau (
,
,
), dans un fauteuil (
;
), et sur un canapé (
,
) en robe noire (
,
).
Le samedi 25 février : avec Milton Greene, Marilyn partit pour Hollywood pour débuter le tournage de « Bus stop »
Le
studio avait acheté les droits du film, et ce fut Joshua Logan, l'un des seize
réalisateurs de sa liste, qui devait la diriger. Elle dut commencer le travail
de pré production à la Fox le lundi 27
février.
Amy (
), Milton Greene et Joshua
leur fils de deux ans (
,
), ainsi qu’Irving Stein
l’accompagnèrent.
Cela
faisait plus d’un an qu’elle n’était pas revenue à Hollywood.
Un
accueil tumultueux l’attendait (
,
,
) : des centaines de
journalistes étaient présents, et il y avait une telle foule, qu’elle ne put
sortir de l’aéroport qu’au bout de deux heures; elle fit une conférence de
presse au sein de l’aéroport
Elle
logea avec Milton, Amy et Joshua Greene, David Maysles, l'assistant de Milton,
les deux domestiques des Greene (Kitty et Clyde) et Florence Thomas, sa domestique, dans une
maison de neuf pièces louée par Milton Greene au 595 North Beverly
Glen Boulevard, (
,
) à Holmby Hill, West Los Angeles,
pour 995$ par mois (
,
,
,
).
La
maison était située dans le quartier de Westwood, à deux pas de l’UCLA (University
of California Los Angeles) et de la Fox, où les scènes d’intérieur de
« Bus stop » devaient être tournées.
Milton
et Marilyn se levaient à 6 heures du matin, une voiture du studio venant les
chercher à 7 heures. Ils travaillaient toute la journée et rentraient à la
maison après avoir visionné les rushes. Tout le monde était couché à 11 heures
du soir et le même scénario se répétait les autres jours (
,
).
Natasha Lytess, toujours
employée à la Fox, tenta de joindre Marilyn plusieurs fois par téléphone, et
lui déposa plusieurs lettres à son adresse de Beverly Glen, la première
semaine. Mais Marilyn, qui avait remplacé Natasha Lytess par Paula Strasberg
son nouveau professeur d’art dramatique, répétitrice et conseillère, les
ignora.
Le
mardi 28 février :
Marilyn, accompagnée de son avocat Irving Stein, comparut devant le Beverly
Hills City Hall pour avoir roulé sans permis de conduire, deux ans auparavant,
en novembre
1954, sur Wilshire Boulevard. Elle dût payer une amende de 55 $ (
,
,
).
MARS:
Le jeudi 1er mars : Marilyn,
Milton Greene et Jack Warner (
,
,
,
,
) annoncèrent qu’un accord de distribution (
) avait été
conclu entre les Marilyn Monroe Productions et la Warner pour « The
sleeping prince ». Le réalisateur Billy
Wilder était présent ce jour là (
,
) ; son attachée de
presse Pat Newcomb était également présente (
,
).
Le samedi 3 mars : l’avocat Irving
Stein appela Natasha Lytess et lui demanda de ne plus chercher à joindre Marilyn.
Le lundi 5 mars, gravement atteinte
physiquement et moralement (elle était à cette période atteinte d'un cancer),
Natasha Lytess se présenta au domicile de Marilyn, mais Lew Wasserman, l’agent de Marilyn
lui refusa toujours l’accès, en la menaçant de la priver de son poste à la Fox,
seul moyen de subsistance qu'elle avait.
Marilyn
avait appris par Maurice Zolotow, ami d’Arthur Miller, que Natasha Lytess était
en train d’écrire un livre sur elle. Lui-même souhaitant écrire une biographie
et ayant eu trois entretiens avec Marilyn au Waldorf Astoria, à New York.
Il
avait embauché, pour l’aider, dans son travail de recherche, Jane Wilkie,
journaliste au magazine Photoplay.
Celle-ci avait pris contact avec Natasha Lytess pour un témoignage sur Marilyn,
mais le projet s’était concrétisé en livre (le manuscrit inédit se trouve dans
le legs Zolotow, à l’université du Texas).
Natasha
Lytess fut renvoyée de la Fox; elle déversera sa rancune dans la presse, mais
ne revit jamais Marilyn.
Elle tentera de vivre en donnant des cours d’art dramatique, et vendra la maison de North Crescent Drive
(
), qu’elle
avait acquise avait l’aide de Marilyn.
Que
Marilyn ait ignoré un appel au secours aussi poignant, qu’elle ait refusé une
recommandation qu’elle aurait pu donner aisément, qu’elle se soit détournée
d’une personne qui s’était sacrifiée pour elle, sont autant de faits qui
demeurent incompréhensibles.
Mais
Natasha n’était-elle pas au fond une figure maternelle, comme Grace McKee-Goddard?
Le lundi 12 mars : après avoir été pendant dix ans
Norma Jeane Mortenson (nom qu’elle utilisait pour signer les papiers
officiels), elle devint officiellement Marilyn Monroe.
Elle
prêta serment ce jour là : « Je suis actrice et en tant que tel je
considère que mon patronyme est un handicap. Il y a des années que j’utilise le
pseudonyme de Marilyn Monroe, nom devenu célèbre que je voudrais faire mien
définitivement ».
Désireuse
de renouer avec le succès, elle avait demandé à ce que le metteur en scène de « Bus
stop » soit John Huston
(qui l’avait déjà dirigée dans « The
asphalt jungle ») mais celui-ci était indisponible.
Ce
fut son agent à, la MCA, Lew Wasserman
qui contacta le réalisateur Joshua Logan pour diriger Marilyn dans « Bus
stop ».
Il était parmi les deux ou trois metteurs en
scène les plus populaires de Broadway ; il avait récemment
tourné « Picnic » où il avait immortalisé la prestation de
Susan Strasberg (
,
) la fille de Lee et Paula.
Logan interrogea Lee Strasberg concernant Marilyn ; celui-ci ne tarit pas
d’éloges sur Marilyn, et ce fut ainsi que Logan accepta de la diriger.
Marilyn
imposa Paula Strasberg comme son coach personnel, avec un salaire de 1500$ par
semaine. Elle avait donc le rôle de remplaçante de Lee Strasberg pour l'application de la Méthode, qu'il enseignait à l'Actors Studio.
Marilyn était ravie et soulagée de savoir Paula près d'elle (
,
).
Joshua
Logan fut atterré en apprenant l’exigence de Marilyn d’avoir Paula Strasberg
sur le plateau. Le dévouement de celle-ci envers Marilyn était sincère, mais
entraînait des crises de nerfs chez les réalisateurs.
Joshua
Logan en parla avec Milton Greene, qui lui-même entra en pourparlers avec Lee
Strasberg, au terme desquels on accorda une enclave à Paula : la loge de
Marilyn.
Paula
logea au Château Marmont
Hotel (
) de Los Angeles.
Habituellement,
Marilyn se préparait pour ses rôles en décomposant le scénario scène par scène,
puis en travaillant chaque geste et la prononciation de chaque réplique. Paula
quant à elle, lui fit travailler la spontanéité, au moins pendant les
répétitions. Pour « Bus stop», elles travaillèrent particulièrement dur
sur le généreux accent du sud de Cherie, le personnage incarné par Marilyn.
C’était
pour Marilyn une occasion unique d’être prise au sérieux dans un film important,
et elle savait que rien ne devait être laissé au hasard ni improvisé.
Cependant,
alors qu’avec Natasha Lytess toute originalité était court-circuitée, avec
Paula, l’inspiration jaillissait comme par enchantement.
Milton
Greene avait travaillé la plastique et la texture de chaque scène à mesure
qu’il étudiait le scénario. De même il avait travaillé le maquillage de Marilyn, un
maquillage d’une pâleur fantomatique pour une femme qui chante et qui danse
toute la nuit, dort presque toute la journée et ne voit pour ainsi dire jamais
le soleil (
).
« Bus
stop » était le premier film de Marilyn en Cinémascope et elle en profita
pour donner plus de relief à son rôle : elle devrait convaincre qu'elle était
différente; c'était aussi le premier projet qu'elle avait approuvé, il fallait
donc que ce soit un succès.
Courant mars, il y eut une « press party », pour le tournage de « Bus stop » dans la maison de North Beverly Glen Boulevard
(
,
,
,
,
,
), ainsi qu’une soirée
donnée par le magazine Look (
,
,
).
Elle
fit plusieurs séances photo avec les photographes Gene Lester (
,
,
,
,
,
,
,
) et Gordon Parks (
,
).
Le lundi 12 mars, Marilyn découvrit avec Joshua Logan et Milton Greene, les croquis de ses costumes pour « Bus stop »
(
,
,
). Elle refusa de porter les
somptueux costumes que possédait la Fox; elle choisit au contraire une robe mineure (
), un manteau
râpé vert et doré et fit délibérément filer les mailles de ses bas résille.
Elle affubla son personnage de chanteuse, Chérie, d’un bégaiement aux moments
difficiles du film.
A
force de répéter tard dans la nuit avec Paula, Marilyn, émotionnellement vidée,
était incapable de trouver le sommeil. Milton se procurait les barbituriques
dont elle avait besoin auprès des médecins de Los Angeles ou de New York (son
frère était médecin à New York), en quantités plus ou moins importantes. Le
matin venu, Marilyn était vaseuse et difficile à tirer du lit, et plus
difficile encore à traîner sur le plateau.
Le mardi 13 mars : Joshua Logan partit pour l'Arizona en
éclaireur afin d'organiser le premier jour du tournage, une gigantesque parade
au cœur de Phoenix. Il y aurait des cow-boys et des Indiens, des troupes de
scouts et des fanfares. Chaque année, 25 000 spectateurs regardaient le
spectacle des gradins élevés tout au long de l'avenue. « Bus stop »
devant être tourné en Cinémascope, le cadre pittoresque était donc important.
Le jeudi 15 mars : Marilyn quitta Los Angeles (
,
,
) et arriva à Phœnix
(Arizona) pour le tournage des extérieurs du film (
,
,
).
Le
festival annuel de rodéo devait servir de décor à plusieurs séquences
importantes et Joshua Logan voulait pouvoir utiliser les milliers de
spectateurs comme figurants (
,
).
C’est
là que Marilyn rencontra ses partenaires du film, Don Murray (
) et Hope Lange (
)(qui dans la vie
étaient fiancés et se marieront). Don Murray était le fils d'un régisseur.
Elle
logea au dernier étage du Sahara
Motor Hotel.
A son arrivée à Phoenix, Milton Greene refusa qu'on interview ou photographie Marilyn; ce seul privilège lui était accordé à lui
Logan sût s’y prendre avec Marilyn : il connaissait bien Stanislavski et sa Méthode (il était le seul metteur en scène américain à avoir étudié avec lui en URSS), et d’un point de vue théorique, ils étaient sur la même longueur d’onde
A
mesure que le tournage progressait, Milton Greene renforça la surveillance
autour de Marilyn, pour le plus grand malheur des journalistes qui ne pouvaient
se frayer un chemin auprès d'elle (
,
,
).
Arthur Jacobs, qui dirigeait
l’agence de presse qui s’occupait de Marilyn, envoya plusieurs de ses
collaborateurs sur place, dont Pat
Newcomb.
Marilyn
sembla rapidement l'apprécier et elles devinrent amies (
), mangeant ensemble
fréquemment.
Mais
celle-ci entra en conflit avec Marilyn et Arthur Jacobs la rappela à Los
Angeles.
Sur
le tournage elle fut maquillée par Whitey
Snyder (
,
,
) et coiffée par Gladys Rasmussen (
,
,
).
Le dimanche 18 mars : Milton et Marilyn se disputèrent au
sujet des frais occasionnés aux Marilyn Monroe Productions par la visite de Lee
Strasberg sur le tournage.
Le
lundi 26 mars: l’équipe du film passa sans transition de la chaleur de l’Arizona aux
tempêtes de neige de Sun Valley, Idaho, où devaient se tourner d’autres scènes
extérieures pendant cinq jours (
,
,
,
,
,
).
Ils tournèrent au North Fork General Store.
Pendant qu'elle était dans l'Idaho, Arthur Miller
partit à Washington pour discuter avec son avocat Joseph Rauh, de son
problème de passeport pour l'Angleterre. Miller voulait non seulement être
présent pour le tournage de Marilyn dans « The sleeping prince » mais
aussi assister à la première de sa pièce « A view from the bridge »,
à Londres.
Le
mardi 27 mars : Joseph Rauh étudia la situation de Miller. Le
principal danger était que la demande de passeport risquait de déclencher la
convocation dont la Commission
des activités anti-américaines le menaçait depuis longtemps.
AVRIL :
De
retour à Los Angeles, Marilyn et plusieurs de ses partenaires de « Bus
stop » (Arthur O’Connell, Betty Field et Hope Lange) furent terrassés par
la grippe. Marilyn avait travaillé de longues heures dans le froid en étant
trop légèrement vêtue pour les besoins du film.
Du jeudi 5 au lundi 9 avril, Marilyn fut
hospitalisée pour épuisement, surmenage, bronchite aiguë et forte fièvre, au St
Vincent Hospital de Los Angeles. Elle fut soignée par le Dr Nathan Headley.
Le
tournage fut donc interrompu jusqu’au 24 avril.
Au
même moment, Arthur Miller s’installa au Guest Ranch dans une petite maison de
Pyramid Lake, à soixante kilomètres de Reno
(Nevada), où il entama une retraite de deux mois, nécessaire à l’obtention
rapide d’un divorce (il devait rester quarante-deux jours consécutifs au
Nevada).
Tout
avait été calculé pour qu'il soit libre afin de célébrer son mariage avec
Marilyn avant qu'ils n'aillent en Angleterre en juillet.
Il
loua un cottage situé à côté de celui de l’écrivain Saul Bellow (qui s’y
trouvait pour les mêmes raisons que Miller, tout en travaillant à son roman
« Le faiseur de pluie »).
A
Reno, Arthur Miller rencontra des hommes qui capturaient des chevaux sauvages,
qu’ils revendaient ensuite et dont on faisait de la nourriture pour
animaux ; il écrira une nouvelle en 1957 inspirée de cette rencontre (« The
misfits »).