1956
Dans
l’euphorie de sa victoire avec la Fox,
Marilyn annonça ses premiers projets pour l’année.
Elle
retournera à Hollywood pour tourner avec la Fox « Bus stop » (« Arrêt
d'autobus »), une adaptation cinématographique de la pièce du même nom de
William Inge. Audrey Wood, agent littéraire d’Inge, était aussi la voisine des
Greene. Elle demanda à Milton
Greene et à Marilyn de lire « Bus stop ». Ils allèrent voir la pièce qui remportait un grand succès à
Broadway, avec Kim Stanley dans le rôle de Chérie, le rôle que Marilyn
s’apprêtait à tourner au cinéma.
Puis
elle irait tourner à Londres avec le grand acteur de théâtre anglais, Laurence Olivier, dans
la version cinématographique de la pièce « The sleeping prince » de
Terence Rattigan. Ce film sera le seul produit par les Marilyn Monroe
Productions.
Milton
Greene la vit sombrer dans la dépendance aux barbituriques. Elle pouvait
prendre des somnifères à 3 heures du matin, tout en sachant qu’elle devait se
lever à 6 heures pour un rendez-vous. Elle ne sortait de sa stupeur qu’à coups
de stimulants et buvait de plus en plus.
Malgré
la sécurité que lui donnait sa relation avec Miller, elle continuait de se
comporter en personne incapable de supporter la solitude, surtout la nuit.
Encore plus souvent qu’auparavant, elle téléphonait à ses amis à 2 voire 3
heures du matin.
Lee Strasberg, pour l’aider,
l’invitait souvent à venir dormir chez lui.
JANVIER :
Courant
janvier, Marilyn reçut un télégramme de Terence Rattigan qui lui annonçait
qu'elle avait obtenu les droits de « The sleeping prince ». Mieux
encore, Laurence Olivier voulait faire le film avec elle.
Le jeudi
26 janvier,
elle reçut le prix de la « Women’s
division of the jewish philanthropes of New York City » (
;
).
Fin janvier : Arthur Miller et sa femme, Mary Slattery
commençaient à parler de divorce.
Marilyn
et Arthur parlaient de mariage.
Ils
passèrent les deux premiers mois de cette année à New York, flânant dans les
rues de Brooklyn Heights;
Arthur Miller entrait dans une phase difficile de sa carrière d’auteur dramatique, alors que Marilyn s’apprêtait à faire un retour fracassant à l’écran. Une situation malaisée qui avait des points communs avec ce qu’elle avait vécu avec Joe DiMaggio.
De plus, à
l’instigation de certains journalistes et avec la bénédiction du gouvernement,
certains groupes de pression ultraconservateurs s’apprêtaient à porter leurs
plus mauvais coups à Miller qui comptait plusieurs ennemis parmi les écrivains
de droite.
Le
plus abject de tous était certainement le journaliste et ami de DiMaggio, Walter Winchell (par ailleurs
ami et indicateur de J .Edgar
Hoover, directeur du
FBI).
FEVRIER :
Sur
les conseils de l’avocat des Marilyn Monroe Productions, Irving Stein, elle séjourna deux
semaines dans l’appartement 4-S du 124, 60ème Rue Est (l’adresse de la
publicitaire Lois Weber) où elle se fit adresser son courrier.
Le
but était d’obtenir sa domiciliation à New York de façon à pouvoir changer de
patronyme plus facilement (voir le 12 mars 1956).
Le dimanche 5 février : Laurence Olivier, son agent Cecil
Tennant et le dramaturge Terence Rattigan (l’auteur de la pièce « The
sleeping prince » qui sert de base de scénario du film du même nom)
arrivèrent à New York pour discuter des termes du projet.
Olivier
devait faire la publicité pour la première de son film « Richard III »
sur NBC.
Marilyn
envisageait d’acquérir les droits de l’œuvre de Terence Rattigan depuis 1954,
sur la suggestion de ses agents de l’époque, Charles Feldman et Hugh
French.
Marilyn
ne voulait personne d’autre que Laurence Olivier, parce qu’une telle
combinaison d’acteurs était inhabituelle et l’aiderait peut-être à rehausser
son image d’actrice. Elle espérait aussi qu'il la mette en scène dans le film.
Laurence
Olivier n’accepta de reprendre le rôle qu’il avait tenu sur scène qu’à la
condition qu’il réalise lui-même le film et en soit le co-producteur.
Le mardi 7 février : après une heure et demi d’attente,
ils rencontrèrent Marilyn chez elle, au 2 Sutton Place.
Olivier
et Marilyn parlèrent des détails de « The sleeping prince ». Elle
avait accepté 125 000$ pour les droits cinématographiques, plus 50 000$ afin
que Rattigan écrive le scénario. Ce jour là, Olivier accepta de mettre en scène
le film, d'y jouer le principal rôle masculin et de le coproduire.
Le mercredi 8 février : Marilyn fit une
séance photo au studio de Milton Greene, à Lexington Avenue, séance connue sous
le nom de Black sitting (
,
,
,
,
).
Le
soir elle assista à la première de « Middle of the night » (
,
).
Le jeudi 9 février à midi, se tint dans la Terrace room du Plaza Hotel, une conférence de presse pour annoncer, avec Marilyn et Laurence Olivier, Terence Rattigan et Milton Greene, leur production de « The sleeping prince »
Les
deux acteurs se congratulèrent mutuellement devant plus de 150 journalistes et
photographes.
Il
s’agissait d’un événement majeur qui allait réunir un grand tragédien anglais
et le plus grand sex-symbol de l’Amérique.
Bien
qu’elle ait nié toute préméditation, Marilyn orchestra l’événement à la
perfection, volant la vedette au « plus grand acteur vivant au
monde », lorsqu’elle se pencha en avant et que l’une des bretelles de sa
robe (créée par John Moore ) cassa
net (un truc que les agents de publicité de la Fox lui avait semble-t-il appris
à ses débuts). Les photographes devinrent fous. On lui procura en hâte une
épingle à nourrice, mais la bretelle céda encore deux fois, devant des
journalistes et photographes ravis de l’incident (
,
,
).
Eve Arnold, son amie photographe qui
l'accompagnait, la photographia ce jour là (
,
).
Le
lendemain, elle faisait la une de plusieurs quotidiens new-yorkais.
Le dimanche 12 février : dans son émission de radio
(enregistrée par le FBI), Walter Winchell annonça à la nation toute entière que
« la blonde la plus célèbre du cinéma américain est devenue la chérie de
l’intelligentsia de gauche qui compte parmi ses membres des activistes
communistes ».
A
cette époque, Arthur Miller était l’un des auteurs américains les plus étroitement
surveillés par les sous-commissions gouvernementales qui redoutaient un coup
d’Etat, imminent selon eux, orchestré par Moscou. Le FBI avait constitué un
dossier sur Miller qui retraçait son itinéraire politique depuis son entrée à
l’université.
Réformé
au moment de la Seconde Guerre Mondiale, en raison d'une blessure (sûrement
considéré comme un manque de patriotisme de la part du FBI), il était de plus
inscrit au parti travailliste américain.
C'est
à cette période que Arthur Miller emmena Marilyn à Brooklyn pour qu'elle fasse
officiellement la connaissance de ses parents. Bien que des rumeurs aient
parues dans la presse, Miller niait toujours publiquement toute aventure avec
elle; il admettait pourtant qu'il allait demander le divorce.
Le vendredi 17 février : Marilyn joua la scène
d’« Anna Christie » d’Eugene O’Neill, avec Maureen Stapleton à l'Actors Studio.
On
n'était pas censé applaudir une présentation en atelier mais quand Marilyn
termina, le public viola la tradition et applaudit à tout rompre.
Lee et Paula Strasberg furent
littéralement transportés ; tandis que Marilyn sanglotait sur ce qu’elle
considérait comme une prestation désastreuse, les Strasberg décrètent qu’elle
était le plus grand talent théâtral de la décennie.
Le samedi 18 février : Marilyn rédigea son premier testament avec l’aide de l’avocat
Irving Stein.
Ses
biens, estimés à 200 000$ (chiffre arbitraire basé sur ses espoirs
futurs), furent divisés comme suit :
- 100 000$
pour Arthur Miller, « à payer de la façon la plus avantageuse au plan
fiscal »
- 25 000$
pour Lee et Paula Strasberg
- 20 000$
pour le Dr Margaret Hohenberg
- 10 000$
pour Xenia Tchekhov, veuve de
Michael Tchekhov
- 10 000$
pour l’Actor’s Studio
- 10 000$
pour les études de Patricia
Rosten, fille de Norman et
Hedda Rosten.
Elle
laissait aussi assez d’argent pour payer les frais du centre de soins de sa
mère, Gladys Baker (pour un
montant total de 25 000$) jusqu’à la mort de celle-ci.
C’est
à l’occasion de la signature de ce testament, qu’Irving Stein lui demande ce
qu’elle souhaitait voir inscrit sur sa pierre tombale. Elle aurait dit avec
esprit, qu’il faudrait inscrire sur sa pierre tombale : « Marilyn
Monroe, blond – 37-23-36 » (95cm de tour de poitrine, 62 cm de tour de
taille, 92 cm de tour de hanches).
Le
dimanche 19 février, Marilyn et Laurence Olivier assistèrent à une
représentation de « The diary of Anne Franck » dans lequel jouait Susan Strasberg, au Cort
Theater (
,
;
,
).
Le mercredi 22 février : à l'Ambassador Hotel de New York elle fit une interview avec la journaliste Elsa Maxwell
(
,
), puis une séance photo (
), avec le photographe Cecil Beaton : avec une fleur
(
,
;
,
), un oiseau (
,
,
), dans un fauteuil (
;
), et sur un canapé (
,
) en robe noire (
,
).
Le samedi 25 février : avec Milton Greene, Marilyn partit pour Hollywood pour débuter le tournage de « Bus stop »
Le
studio avait acheté les droits du film, et ce fut Joshua Logan, l'un des seize
réalisateurs de sa liste, qui devait la diriger. Elle dut commencer le travail
de pré production à la Fox le lundi 27
février.
Amy (
), Milton Greene et Joshua
leur fils de deux ans (
,
), ainsi qu’Irving Stein
l’accompagnèrent.
Cela
faisait plus d’un an qu’elle n’était pas revenue à Hollywood.
Un
accueil tumultueux l’attendait (
,
,
) : des centaines de
journalistes étaient présents, et il y avait une telle foule, qu’elle ne put
sortir de l’aéroport qu’au bout de deux heures; elle fit une conférence de
presse au sein de l’aéroport
Elle
logea avec Milton, Amy et Joshua Greene, David Maysles, l'assistant de Milton,
les deux domestiques des Greene (Kitty et Clyde) et Florence Thomas, sa domestique, dans une
maison de neuf pièces louée par Milton Greene au 595 North Beverly
Glen Boulevard, (
,
) à Holmby Hill, West Los Angeles,
pour 995$ par mois (
,
,
,
).
La
maison était située dans le quartier de Westwood, à deux pas de l’UCLA (University
of California Los Angeles) et de la Fox, où les scènes d’intérieur de
« Bus stop » devaient être tournées.
Milton
et Marilyn se levaient à 6 heures du matin, une voiture du studio venant les
chercher à 7 heures. Ils travaillaient toute la journée et rentraient à la
maison après avoir visionné les rushes. Tout le monde était couché à 11 heures
du soir et le même scénario se répétait les autres jours (
,
).
Natasha Lytess, toujours
employée à la Fox, tenta de joindre Marilyn plusieurs fois par téléphone, et
lui déposa plusieurs lettres à son adresse de Beverly Glen, la première
semaine. Mais Marilyn, qui avait remplacé Natasha Lytess par Paula Strasberg
son nouveau professeur d’art dramatique, répétitrice et conseillère, les
ignora.
Le
mardi 28 février :
Marilyn, accompagnée de son avocat Irving Stein, comparut devant le Beverly
Hills City Hall pour avoir roulé sans permis de conduire, deux ans auparavant,
en novembre
1954, sur Wilshire Boulevard. Elle dût payer une amende de 55 $ (
,
,
).
MARS:
Le jeudi 1er mars : Marilyn,
Milton Greene et Jack Warner (
,
,
,
,
) annoncèrent qu’un accord de distribution (
) avait été
conclu entre les Marilyn Monroe Productions et la Warner pour « The
sleeping prince ». Le réalisateur Billy
Wilder était présent ce jour là (
,
) ; son attachée de
presse Pat Newcomb était également présente (
,
).
Le samedi 3 mars : l’avocat Irving
Stein appela Natasha Lytess et lui demanda de ne plus chercher à joindre Marilyn.
Le lundi 5 mars, gravement atteinte
physiquement et moralement (elle était à cette période atteinte d'un cancer),
Natasha Lytess se présenta au domicile de Marilyn, mais Lew Wasserman, l’agent de Marilyn
lui refusa toujours l’accès, en la menaçant de la priver de son poste à la Fox,
seul moyen de subsistance qu'elle avait.
Marilyn
avait appris par Maurice Zolotow, ami d’Arthur Miller, que Natasha Lytess était
en train d’écrire un livre sur elle. Lui-même souhaitant écrire une biographie
et ayant eu trois entretiens avec Marilyn au Waldorf Astoria, à New York.
Il
avait embauché, pour l’aider, dans son travail de recherche, Jane Wilkie,
journaliste au magazine Photoplay.
Celle-ci avait pris contact avec Natasha Lytess pour un témoignage sur Marilyn,
mais le projet s’était concrétisé en livre (le manuscrit inédit se trouve dans
le legs Zolotow, à l’université du Texas).
Natasha
Lytess fut renvoyée de la Fox; elle déversera sa rancune dans la presse, mais
ne revit jamais Marilyn.
Elle tentera de vivre en donnant des cours d’art dramatique, et vendra la maison de North Crescent Drive
(
), qu’elle
avait acquise avait l’aide de Marilyn.
Que
Marilyn ait ignoré un appel au secours aussi poignant, qu’elle ait refusé une
recommandation qu’elle aurait pu donner aisément, qu’elle se soit détournée
d’une personne qui s’était sacrifiée pour elle, sont autant de faits qui
demeurent incompréhensibles.
Mais
Natasha n’était-elle pas au fond une figure maternelle, comme Grace McKee-Goddard?
Le lundi 12 mars : après avoir été pendant dix ans
Norma Jeane Mortenson (nom qu’elle utilisait pour signer les papiers
officiels), elle devint officiellement Marilyn Monroe.
Elle
prêta serment ce jour là : « Je suis actrice et en tant que tel je
considère que mon patronyme est un handicap. Il y a des années que j’utilise le
pseudonyme de Marilyn Monroe, nom devenu célèbre que je voudrais faire mien
définitivement ».
Désireuse
de renouer avec le succès, elle avait demandé à ce que le metteur en scène de « Bus
stop » soit John Huston
(qui l’avait déjà dirigée dans « The
asphalt jungle ») mais celui-ci était indisponible.
Ce
fut son agent à, la MCA, Lew Wasserman
qui contacta le réalisateur Joshua Logan pour diriger Marilyn dans « Bus
stop ».
Il était parmi les deux ou trois metteurs en
scène les plus populaires de Broadway ; il avait récemment
tourné « Picnic » où il avait immortalisé la prestation de
Susan Strasberg (
,
) la fille de Lee et Paula.
Logan interrogea Lee Strasberg concernant Marilyn ; celui-ci ne tarit pas
d’éloges sur Marilyn, et ce fut ainsi que Logan accepta de la diriger.
Marilyn
imposa Paula Strasberg comme son coach personnel, avec un salaire de 1500$ par
semaine. Elle avait donc le rôle de remplaçante de Lee Strasberg pour l'application de la Méthode, qu'il enseignait à l'Actors Studio.
Marilyn était ravie et soulagée de savoir Paula près d'elle (
,
).
Joshua
Logan fut atterré en apprenant l’exigence de Marilyn d’avoir Paula Strasberg
sur le plateau. Le dévouement de celle-ci envers Marilyn était sincère, mais
entraînait des crises de nerfs chez les réalisateurs.
Joshua
Logan en parla avec Milton Greene, qui lui-même entra en pourparlers avec Lee
Strasberg, au terme desquels on accorda une enclave à Paula : la loge de
Marilyn.
Paula
logea au Château Marmont
Hotel (
) de Los Angeles.
Habituellement,
Marilyn se préparait pour ses rôles en décomposant le scénario scène par scène,
puis en travaillant chaque geste et la prononciation de chaque réplique. Paula
quant à elle, lui fit travailler la spontanéité, au moins pendant les
répétitions. Pour « Bus stop», elles travaillèrent particulièrement dur
sur le généreux accent du sud de Cherie, le personnage incarné par Marilyn.
C’était
pour Marilyn une occasion unique d’être prise au sérieux dans un film important,
et elle savait que rien ne devait être laissé au hasard ni improvisé.
Cependant,
alors qu’avec Natasha Lytess toute originalité était court-circuitée, avec
Paula, l’inspiration jaillissait comme par enchantement.
Milton
Greene avait travaillé la plastique et la texture de chaque scène à mesure
qu’il étudiait le scénario. De même il avait travaillé le maquillage de Marilyn, un
maquillage d’une pâleur fantomatique pour une femme qui chante et qui danse
toute la nuit, dort presque toute la journée et ne voit pour ainsi dire jamais
le soleil (
).
« Bus
stop » était le premier film de Marilyn en Cinémascope et elle en profita
pour donner plus de relief à son rôle : elle devrait convaincre qu'elle était
différente; c'était aussi le premier projet qu'elle avait approuvé, il fallait
donc que ce soit un succès.
Courant mars, il y eut une « press party », pour le tournage de « Bus stop » dans la maison de North Beverly Glen Boulevard
(
,
,
,
,
,
), ainsi qu’une soirée
donnée par le magazine Look (
,
,
).
Elle
fit plusieurs séances photo avec les photographes Gene Lester (
,
,
,
,
,
,
,
) et Gordon Parks (
,
).
Le lundi 12 mars, Marilyn découvrit avec Joshua Logan et Milton Greene, les croquis de ses costumes pour « Bus stop »
(
,
,
). Elle refusa de porter les
somptueux costumes que possédait la Fox; elle choisit au contraire une robe mineure (
), un manteau
râpé vert et doré et fit délibérément filer les mailles de ses bas résille.
Elle affubla son personnage de chanteuse, Chérie, d’un bégaiement aux moments
difficiles du film.
A
force de répéter tard dans la nuit avec Paula, Marilyn, émotionnellement vidée,
était incapable de trouver le sommeil. Milton se procurait les barbituriques
dont elle avait besoin auprès des médecins de Los Angeles ou de New York (son
frère était médecin à New York), en quantités plus ou moins importantes. Le
matin venu, Marilyn était vaseuse et difficile à tirer du lit, et plus
difficile encore à traîner sur le plateau.
Le mardi 13 mars : Joshua Logan partit pour l'Arizona en
éclaireur afin d'organiser le premier jour du tournage, une gigantesque parade
au cœur de Phoenix. Il y aurait des cow-boys et des Indiens, des troupes de
scouts et des fanfares. Chaque année, 25 000 spectateurs regardaient le
spectacle des gradins élevés tout au long de l'avenue. « Bus stop »
devant être tourné en Cinémascope, le cadre pittoresque était donc important.
Le jeudi 15 mars : Marilyn quitta Los Angeles (
,
,
) et arriva à Phœnix
(Arizona) pour le tournage des extérieurs du film (
,
,
).
Le
festival annuel de rodéo devait servir de décor à plusieurs séquences
importantes et Joshua Logan voulait pouvoir utiliser les milliers de
spectateurs comme figurants (
,
).
C’est
là que Marilyn rencontra ses partenaires du film, Don Murray (
) et Hope Lange (
)(qui dans la vie
étaient fiancés et se marieront). Don Murray était le fils d'un régisseur.
Elle
logea au dernier étage du Sahara
Motor Hotel.
A son arrivée à Phoenix, Milton Greene refusa qu'on interview ou photographie Marilyn; ce seul privilège lui était accordé à lui
Logan sût s’y prendre avec Marilyn : il connaissait bien Stanislavski et sa Méthode (il était le seul metteur en scène américain à avoir étudié avec lui en URSS), et d’un point de vue théorique, ils étaient sur la même longueur d’onde
A
mesure que le tournage progressait, Milton Greene renforça la surveillance
autour de Marilyn, pour le plus grand malheur des journalistes qui ne pouvaient
se frayer un chemin auprès d'elle (
,
,
).
Arthur Jacobs, qui dirigeait
l’agence de presse qui s’occupait de Marilyn, envoya plusieurs de ses
collaborateurs sur place, dont Pat
Newcomb.
Marilyn
sembla rapidement l'apprécier et elles devinrent amies (
), mangeant ensemble
fréquemment.
Mais
celle-ci entra en conflit avec Marilyn et Arthur Jacobs la rappela à Los
Angeles.
Sur
le tournage elle fut maquillée par Whitey
Snyder (
,
,
) et coiffée par Gladys Rasmussen (
,
,
).
Le dimanche 18 mars : Milton et Marilyn se disputèrent au
sujet des frais occasionnés aux Marilyn Monroe Productions par la visite de Lee
Strasberg sur le tournage.
Le
lundi 26 mars: l’équipe du film passa sans transition de la chaleur de l’Arizona aux
tempêtes de neige de Sun Valley, Idaho, où devaient se tourner d’autres scènes
extérieures pendant cinq jours (
,
,
,
,
,
).
Ils tournèrent au North Fork General Store.
Pendant qu'elle était dans l'Idaho, Arthur Miller
partit à Washington pour discuter avec son avocat Joseph Rauh, de son
problème de passeport pour l'Angleterre. Miller voulait non seulement être
présent pour le tournage de Marilyn dans « The sleeping prince » mais
aussi assister à la première de sa pièce « A view from the bridge »,
à Londres.
Le mardi 27 mars : Joseph Rauh étudia la situation de Miller. Le principal danger était que la demande de passeport risquait de déclencher la convocation dont la Commission des activités anti-américaines le menaçait depuis longtemps.
Le vendredi 30 mars: sur
le chemin de retour vers Los Angeles, Marilyn fait escale à
Boise (Idaho) où elle est prise en photo contre son gré
:
.
AVRIL :
De
retour à Los Angeles, Marilyn et plusieurs de ses partenaires de « Bus
stop » (Arthur O’Connell, Betty Field et Hope Lange) furent terrassés par
la grippe. Marilyn avait travaillé de longues heures dans le froid en étant
trop légèrement vêtue pour les besoins du film.
Du jeudi 5 au lundi 9 avril, Marilyn fut
hospitalisée pour épuisement, surmenage, bronchite aiguë et forte fièvre, au St
Vincent Hospital de Los Angeles. Elle fut soignée par le Dr Nathan Headley.
Le
tournage fut donc interrompu jusqu’au 24 avril.
Au
même moment, Arthur Miller s’installa au Guest Ranch dans une petite maison de
Pyramid Lake, à soixante kilomètres de Reno
(Nevada), où il entama une retraite de deux mois, nécessaire à l’obtention
rapide d’un divorce (il devait rester quarante-deux jours consécutifs au
Nevada).
Tout
avait été calculé pour qu'il soit libre afin de célébrer son mariage avec
Marilyn avant qu'ils n'aillent en Angleterre en juillet.
Il
loua un cottage situé à côté de celui de l’écrivain Saul Bellow (qui s’y
trouvait pour les mêmes raisons que Miller, tout en travaillant à son roman
« Le faiseur de pluie »).
A
Reno, Arthur Miller rencontra des hommes qui capturaient des chevaux sauvages,
qu’ils revendaient ensuite et dont on faisait de la nourriture pour
animaux ; il écrira une nouvelle en 1957 inspirée de cette rencontre (« The
misfits »).
Le mardi 24 avril : après douze jours d'absence sur un plan
de quarante-cinq jours de tournage, Marilyn revint enfin au studio. Quand elle
vit les rushes de « Bus stop », elle fut enchantée, notamment par la
scène dans le bus où son personnage Cherie
parle longuement de son passé. Elle parlait des hommes de sa vie, de ses
espoirs et de ses rêves, du genre d'homme qu'elle voulait rencontrer. Marilyn
n'avait jamais joué de scène comportant autant de texte.
Elle
habitait toujours avec les Greene dans la maison de Beverly Glen Boulevard.
Arthur Miller vint souvent la voir; il était normalement assigné à résidence à
Reno où il attendait que son divorce soit prononcé, mais il prit le risque
d’aller régulièrement à Los Angeles, où il retrouvait Marilyn au Château
Marmont Hotel, où elle louait un appartement.
En ce printemps 1956, chaque jour pendant huit semaines,
Marilyn et Arthur Miller s’appelaient au téléphone, sous le pseudonyme de Mr et
Mrs Leslie, nom de code emprunté au roman de Vina Delmar « About Mr
Leslie », qui racontait l’histoire d’une chanteuse de night-club et d’un
homme marié qui vivaient ensemble six semaines chaque année.
Ils
s’écrivirent aussi beaucoup (
).
Marilyn eut de la peine à garder le secret sur leur relation et tint à informer
ses journalistes favoris. May Mann, journaliste au Herald Tribune de New York, eut un appel de Marilyn l’informant de
son mariage dans le courant de l'été.
MAI :
Le mardi 1er mai : Miller était
rentré à Reno.
Marilyn
fit la couverture de Time, qui contenait un long article du journaliste
Eszra Goodman, faisant allusion à son idylle avec Miller.
Week-end du samedi 12 et dimanche 13 mai : Arthur Miller
était à Los Angeles pour voir Marilyn. Après ce week-end, il retourna à Reno
afin de déposer sa demande de passeport à la fin de la semaine.
Il
restait à espérer que la demande de passeport ne déclenche pas une convocation
à Washington, par la Commission des activités anti-américaines.
Le mardi 22 mai,
elle assista à l’anniversaire de Susan Strasberg (
,
).
Le mardi 29 mai : le tournage de « Bus stop »
fut terminé.
Marilyn
s’apprêtait à repartir à New York, où Miller devait aussi rentrer après son
séjour au Nevada, à partir du 11 juin.
Joshua Logan accompagna Marilyn à un dîner chez le
producteur William Goetz, son partenaire dans son prochain film, « Sayonara ».
JUIN:
Le vendredi 1er juin : le président
indonésien Soekarno était à Los Angeles pour y faire la tournée des studios et
s’adresser à l’Association Motion Picture Producers.
Joshua
Logan organisa une soirée au Beverly Hills Hotel, pour le président indonésien,
car c'était son frère, Marshall Noble, qui organisait la visite du président à
Hollywood. Marilyn se rendit à
cette soirée (
).
Le samedi 2 juin : elle rentra à New York (
,
,
,
,
,
) ; elle habitait toujours
au 2 Sutton Place South.
A
Los Angeles les domestiques des Greene restèrent pour empaqueter les affaires
et fermer la maison de Beverly Glen. Ce ne fut guère de tout repos car les
occupants n’en avaient pas beaucoup pris soin durant leur séjour de trois mois
et la maison semblait avoir servi de
siège à des fêtards impénitents.
Dans
une lettre en date du 15 juin 1956, Al Delgado de la MCA écrivit à
son collègue Jay Kanter : « C’est une affaire tout à fait sérieuse,
car il s’agit là d’une maison luxueuse avec un mobilier coûteux, et
l’inventaire fait probablement plus de quarante pages de long. Quand les
propriétaires de la maison seront de retour, je crois que Milton aura des
problèmes et qu’il risque de se retrouver avec une plainte sur les bras… Je
ferais tout ce qui est en mon pouvoir pour remettre en état une partie des
meubles. J’avoue que cette histoire ne me plaît pas parce que la maison était
en parfait état quand ils y ont emménagé ». L’affaire se réglera à l’automne 1956.
Le vendredi 8 juin : Arthur Miller, encore au Nevada (qu'il
devait officiellement quitter trois jours après, soit le lundi 11), reçut l’ordre de
comparaître devant la Commission des activités anti-américaines à Washington
pour le jeudi 14 juin.
Les
parlementaires avaient décidé de l’interroger sur ses relations avec le
communisme et également sur les raisons de son voyage en Angleterre.
Il
devint rapidement évident que, malgré les efforts du FBI, il n’y avait pas de
preuves de l’appartenance de Miller au Parti Communiste, pas même un témoin
vivant qui put l’associer au Parti ou même une photocopie de sa carte
d’affiliation au Parti. Miller reconnut qu’il avait participé à des rencontres
d’écrivains du Parti, mais il refusa d’admettre avoir jamais été sous « influence
communiste », et refusa de citer des noms.
Jusqu’en
1956
cette Commission n’avait pas trouvé de motif valable pour citer Miller à
comparaître, bien qu’il fut l’objet de constantes et bruyantes attaques de la
part de la droite. Une campagne de protestation contre sa première pièce
« All my sons » (« Ils étaient tous mes fils ») aboutit à
son interdiction en Allemagne occupée. En 1949, des activistes de droite empêchèrent
l’accès aux salles de cinéma qui projetaient « Death of a salesman »
(« Mort d’un commis - voyageur »). Le maccarthysme battait alors son
plein. Quand Miller publiera « The
crucible » (« Les sorcières de Salem »), tout le monde
comprendra les allusions, mais il s’en sortira indemne.
Mais
si Miller devait témoigner pour le 11 juin, il fallait qu'il parte sur le champ à
Washington pour préparer sa convocation. Or, si il quittait le Nevada avant cette
date, il ne pourrait plus demander le divorce.
L'avocat
Lloyd Garrison (autre avocat qui travaillait pour Miller) demanda un report de
l'audience à une date ultérieure. Il expliqua que son client devait rester au
Nevada quelques jours de plus afin de pouvoir demander le divorce. La
Commission des activités anti-américaines accepta et reporta l'audience au jeudi 21 juin.
Cela donnait donc à Miller une semaine supplémentaire.
Le lundi 11 juin : le divorce d’Arthur Miller et Mary
Slattery fut prononcé, et ne fut pas contesté par Mary.
Miller
partit pour New York y
rejoindre Marilyn (
).
La
presse campa devant le 2 Sutton Place South et suivit le couple quand ils
allèrent dîner chez les parents d’Arthur à Brooklyn (
,
).
Le mardi 19 juin : Marilyn appela son avocat Irving Stein et lui annonça
qu’elle souhaitait modifier son testament et léguer tous ses biens à Arthur
Miller.
Elle
s'inquiétait pour les finances d'Arthur. Ses pièces « The crucible »
et « A view from the bridge » n'avaient pas fait de grosses recettes.
Il payait une pension à son ex-femme et à ses enfants. Maintenant, de gros
frais de justice allaient grever davantage sur son maigre budget. S'il était
condamné pour outrage et devait faire appel, il pouvait se retrouver lourdement
endetté. Marilyn demanda donc à son avocat de rédiger un nouveau testament
(alors qu'elle en avait rédigé un le 18 février de cette même année). A l'exception
d'un peu d'argent qu'elle réservait pour les soins de sa mère, elle voulait
laisser tout le reste à Arthur. Elle demanda également à Stein d'étudier la
possibilité que les Marilyn Monroe Productions achètent les droits cinématographiques
des œuvres de Miller.
Le mercredi 20 juin : Spyros Skouras (président de la
Fox) vit Marilyn et Arthur Miller à New York et tenta de convaincre Miller de
coopérer avec la Commission comme l’a fait auparavant Elia Kazan.
Skouras
fit remarquer que les membres de la Commission étaient des amis personnels à
lui, et des gens raisonnables.
Il
proposa d'organiser un témoignage à huis clos pour Miller, si celui-ci
acceptait de livrer des noms.
Cette
visite ne pouvait être comprise que de manière implicite concernant les effets
dévastateurs que le témoignage de Miller risquait d'avoir sur la carrière de
Marilyn. Skouras espérait que Marilyn verrait les choses à sa manière et
convaincrait Miller de coopérer avec la Commission. Si Miller insistait pour
être un témoin non coopératif, le nom de Marilyn ne devrait jamais être associé
au sien.
Miller
refusa et Marilyn fut fière de cette intégrité.
Le jeudi 21 juin : Miller, accompagné de son avocat Joseph Rauh, se présenta devant la Commission à Washington
Marilyn,
à la demande de Miller, resta à New York.
Il
reconnut que bien qu’ayant assisté à quatre ou cinq réunions des écrivains
communistes dans les années 40 et signé de nombreux manifestes au
cours des dix dernières années, il n’avait jamais « subi la discipline
communiste » et nia avoir demandé une inscription au Parti Communiste. Il
refusa de nommer, à plusieurs reprises, les personnes qu’il avait rencontrées à
des réunions communistes. Il donna des détails sur sa vie à l'époque et sur les
circonstances qui l'avaient amené à assister à ces colloques.
Il
déclara aussi, calmement et posément, qu’il avait effectivement dénoncé la
Commission quand elle enquêtait sur les « Dix d’Hollywood » (groupe
de scénaristes mis sur la liste noire pour leurs opinions politiques
considérées comme dangereuses) ; qu’il s’était opposé à la loi Smith,
laquelle considérait hors la loi quiconque prônait le renversement du
gouvernement car « si un tel plaidoyer constitue une infraction, s’il y a
crime alors qu’il n’y a pas eu d’action, je ne puis travailler et la
littérature ne peut exister : un homme doit pouvoir écrire une pièce ou un
poème sur quelque sujet que ce soit ».
Ses
déclarations furent reproduites dans tous les journaux du pays et, au grand
plaisir de Marilyn, il devint une sorte de héros de la lutte contre la censure
et la répression.
Immédiatement
il y eut menace de citation à comparaître, lancée par le parlementaire Francis
E.Walter. Celui-ci proposa à Joseph Rauh, que l’audition et l’éventualité d’une
citation à comparaître pourraient être abandonnées si Marilyn acceptait d’être
photographiée en serrant la main à Walter ; Miller s’empressa de rejeter
et de dénoncer une telle proposition.
Dès
le départ de cette confrontation, Miller fut calme, digne et respectueux. Il
fit tout ce qu'il pu pour coopérer.
Dès
le début, ce fut une lutte que Miller mena avec Marilyn à ses côtés.
Marilyn
admirait la détermination de Miller à considérer qu’un auteur était libre
d’écrire ce qu’il voulait et de ne pas dénoncer les autres pour sauver sa peau.
Travaillant
avec la Commission, Frances Knight de la Passport Division, lui demanda ses
motifs pour la demande d'un passeport ; Miller répondit qu’il projetait
d’aller en Angleterre pour accompagner la femme qui serait alors son épouse, et
qu'il souhaitait assister à la première d'une de ses pièces « A view from
the bridge ».
Il
est probable que le soutien de Marilyn à Miller le sauva d’investigations plus
approfondies de la part de la Commission dans ses activités politiques, dont la
réalité de son adhésion au Parti Communiste.
En
raison de sa liaison avec Miller, dont l’œuvre avait été condamnée par le FBI
pour « dénigrement du mode de vie américain », Marilyn eut elle aussi
un dossier au FBI.
Outre
Arthur Miller, plusieurs collaborateurs de Marilyn étaient d’extrême-gauche,
selon les critères des années 50.
La Commission avait notamment des
dossiers sur Lee et Paula Strasberg (Paula avait été membre du Parti
Communiste).
A l’annonce de ce prochain mariage, la presse campa
devant l’appartement de Marilyn à Sutton Place; les photographes l’assaillirent
dès le matin (
,
), et Marilyn organisa une
conférence de presse, plus tard dans la journée, dans le hall de son immeuble (
,
,
,
,
,
).
Le vendredi 22 juin : Miller fut de retour à New York.
Il
consulta son avocat Lloyd Garrison, à son cabinet, le Paul, Weiss, Rifkind,
Wharton et Garrison, sur Madison Avenue.
Il
n'était pas question pour le Département d'Etat d'accorder un passeport à
Miller sans une déclaration sous serment écrite qui affirmait qu'il n'avait
jamais été membre du Parti Communiste. Joseph Rauh, l'avocat de Miller à
Washington, avait préparé un brouillon pendant le week-end et l'avait envoyé à
Lloyd Garrison pour que Miller le revoie et le signe.
Il
demanda à Miller de signer une autre déclaration comportant des passages de son
oeuvre littéraire et d'interviews qui indiquaient bien sa foi en la démocratie.
Si
la Commission recommandait une accusation pour outrage, le Département d'Etat
n'accorderait sûrement pas son passeport à Miller.
Marilyn
avait rendez-vous chez sa psychanalyste. Le Dr Hohenberg qui exerçait toujours
une énorme influence sur la vie privée et publique de Marilyn, approuva ce
mariage. Elle conseilla alors à Marilyn d’affronter la presse immédiatement.
A
16 heures 30 ce jour là, Marilyn convoqua une conférence de presse en bas de
son immeuble.
Elle
apparut main dans la main avec Arthur, devant le hall de Sutton Place (
,
,
,
,
,
,
).
Le dimanche 24 juin : Arthur et Marilyn quittèrent New York (
) et se
rendirent dans la maison de Miller à Roxbury (
,) (Connecticut). Ce soir là, Isadore et Augusta Miller étaient arrivés
de Brooklyn. Les enfants d'Arthur, Jane,
onze ans et Robert, neuf ans,
étaient aussi présents dans l'attente d'un départ en colonie de vacances dans
le Massachusetts, la semaine suivante.
Pendant
cette année, elle avait été entourée d’amis juifs (les Strasberg et les Rosten)
et s’était attachée à leurs coutumes. La ferveur de Marilyn dépassa bientôt
celle de Miller. A Roxbury, elle tanna Augusta pour qu’elle lui apprenne des
recettes juives (le bortsch, la soupe au poulet avec des quenelles de pain
azyme et l’émincé de foie).
Ce
fut sur l’insistance de Marilyn qui souhaitait se convertir que les Miller
contactèrent un rabbin de la branche réformée du judaïsme, le rabbin Robert
Goldberg, qui accepta de donner à Marilyn une succincte instruction religieuse
et de célébrer ensuite la cérémonie du mariage.
Isadore
Miller était fier de son amitié avec Marilyn ; elle restera toujours en
relation avec lui, même après sa séparation d’avec Arthur Miller et s’écriront
de longues lettres.
Le lundi 25 juin : Arthur et Marilyn s’apprêtèrent à aller dîner chez le
cousin d'Arthur, Morton Miller,
qui habitait près de la maison de Roxbury ; ils prirent néanmoins le temps
de poser pour les journalistes (
,
,
,
).
Le
mariage était prévu pour le dimanche 1er
juillet chez l'agent littéraire de Miller, Kay Brown, à South
Salem dans l'Etat de New York, juste derrière la frontière avec le Connecticut.
C'était le rabbin Robert Goldberg de New Haven, connu pour ses idées
progressistes, qui devait célébrer le mariage religieux.
Le mercredi 27 juin : la Commission des activités
anti-américaine, après vote, décida d'attendre dix jours avant de prendre une
décision. Miller avait donc jusqu'au 7
juillet, soit six jours avant
le départ prévu pour l'Angleterre, pour citer les noms tant attendus par la
Commission.
Le vendredi 29 juin : Arthur et Marilyn partirent pour
South Salem. N'ayant toujours pas de décision de la Commission, ils étaient
très tendus.
Cette
journée fut tragique par le décès de la journaliste Mara Scherbatoff, chef du
bureau new-yorkais de Paris-Match. Les journalistes avaient poursuivi
Arthur Miller et Marilyn en voiture ; ceux-ci devaient aller déjeuner
tranquillement avec les parents de Miller chez le cousin d’Arthur, Morton
Miller, à quelques kilomètres de là. Les journalistes eurent vent du déjeuner
familial chez Morton.
La voiture des futurs époux Miller (une Oldsmobile verte) était conduite par Morton Miller, qui avait accéléré pour échapper aux poursuivants. La voiture de la journaliste accéléra aussi, mais ne connaissant pas la route, avait percuté un arbre
(
).
La
journaliste, projetée contre le pare-brise avait été grièvement blessée et
avait été transportée au New Milford Hospital.
La
conférence de presse ne fut pas retardée pour autant et ce fut Milton Greene,
arrivé de Weston, qui les annonça à la presse.
A
16 heures, devant la maison d’Arthur, à Roxbury (Old Tophet Road) dans le
Connecticut, Arthur et Marilyn annoncèrent leur mariage civil (
,
,
,
,
;
,
,
). Milton Greene était également présent
(
,
)
C'est
après la conférence de presse qu'ils apprirent le décès de Mara Scherbatoff que
Marilyn considéra comme un mauvais présage.
Le
mariage civil eut lieu au Westchester County Court House, à White Plains (comté
de Westchester, état de New York), à 19h30, célébrée par le juge Seymour
Rabinowitz et ne dura que quelques minutes (
,
,
,
,
).
Ce
fut Sam Slavitt, un avocat, ami de Miller, qui organisa la cérémonie.
Y
assistèrent Milton Greene, Lee et Paula Strasberg, John Moore (son ami décorateur et
couturier), et du côté de Miller, son cousin Morton Miller (témoin d’Arthur) et
sa femme Florence.
Sur
les papiers à nom du père, Marilyn écrivit Edward Mortenson.
Miller
avait commandé une bague chez Cartier, mais n'étant pas prête, il emprunta
l'alliance de sa mère Augusta, pour la cérémonie.
Sur
le moment la presse ne sut rien de cette cérémonie.
Les
nouveaux époux Miller retournèrent à Roxbury à 21 heures 30.
JUILLET :
Le dimanche 1er juillet :
Ce matin là, Marilyn se convertit au judaïsme (22ème Tammouz 5716 du calendrier juif). Son certificat de conversion
(
) fut signé par Milton Greene, Arthur Miller, Kermit Miller (son frère) et le
rabbin Robert Goldberg.
Le
mariage religieux d’Arthur Miller et Marilyn fut ensuite célébré par le rabbin
Goldberg, chez l’agent littéraire de Miller, Kay Brown (
), à South Salem
(Etat de New York), assisté de Kermit Miller et d'Hedda Rosten.
Ses
dames d’honneur furent Amy Greene (qui l’aida à s’habiller et à se maquiller)(
),
Hedda Rosten et Judy Kantor.
Sa robe de mariée en mousseline beige avait été dessinée par les couturiers John Moore et Norman Norell
Ce
fut Milton Greene qui l'accompagna pour sortir et la confia au bras de Lee
Strasberg (expression ultime de son rôle de père vis-à-vis de Marilyn) qui la mena
à l’autel, sous le dais nuptial.
Selon
le rite juif, les mariés burent du vin, échangèrent les alliances et Miller
cassa son verre en souvenir de la destruction de Jérusalem (
,
,
,
).
Au cours des deux
derniers jours, Miller avait acheté un anneau d’or, dont il, avait fait gravé
l’inscription « A. to M., June 1956. Now is forever » (« A. à
M., juin 1956. Maintenant Pour Toujours »).
La
cérémonie dura dix minutes.
Il
y eut environ vingt-cinq invités à ce mariage (
,
,
,
,
), dont George
Axelrod, le scénariste de « The seven year itch », les enfants d'Arthur,
son frère Kermit, sa sœur Joan,
son cousin Morton et leurs conjoints, les Strasberg, les Rosten et les Greene,
ainsi que John Moore.
Le
menu était composé entre autre de rosbif, de langouste froide, d’émincé de
dinde et de champagne.
Avant
de partir pour Londres, Arthur mit en vente sa maison de Roxbury.
Le lundi 2 juillet : le Herald Tribune publia l’annonce suivante : « Nid
d’amour du dramaturge et de la vedette de l’écran. Sept pièces, trois salles de
bains, piscine, court de tennis, terrasse, garage pour deux voitures, petit
studio. Deux hectares. 29 500$ (38 500 avec plus de douze hectares) ».
La
maison sera rapidement vendue à 27 500$ ; après qu’une petite
hypothèque et les frais eurent été réglés, la somme restante fut déposée en
main tierce en vue de l’achat d’une propriété voisine.
Lee
Strasberg rencontra et négocia avec Milton Greene les honoraires de la présence
de Paula Strasberg sur le tournage de «The sleeping prince », à Londres.
Il réclama 25 000$ pour dix semaines de travail (soit 2 500$ par jour),
plus les frais et le double pour les dépassements de temps (donc au total dans
les 38 000$). A défaut, Strasberg proposa que les Marilyn Monroe
Productions lui donnent un pourcentage sur les recettes du film. Lee précisa
bien que si l'on n'accédait pas à ses exigences, Paula ne partirait pas en
Angleterre.
Strasberg
ne se priva pas non plus de lancer des piques à l'encontre de Laurence Olivier.
Selon lui, Olivier, qui méprisait la Méthode et l'Actors studio et qui n'avait
pas la moindre estime pour Strasberg lui-même, n'était pas le réalisateur qu'il
fallait à Marilyn. Strasberg voulait qu'on engage à sa place George Cukor. Milton Greene considéra
Strasberg comme un maitre-chanteur, mais Marilyn refusa de discuter et insista
pour qu'on accorde à Strasberg tout ce qu'il voulait.
C’était
évidemment bien plus que ce que les Marilyn Monroe Productions ne pouvaient se
permettre ; Marilyn proposa de donner une partie de son cachet, et c’est
ainsi que Paula deviendra la troisième personne la mieux payée du film, après
Laurence Olivier et Marilyn.
Cette
première semaine de juillet fut riche en négociations épineuses, toutes placées
sous la responsabilité de Milton Greene.
Avec
Irving Stein, ils durent régler de nombreuses questions d’ordre juridique et
commercial : différend avec Laurence Olivier à propos de l’accord passé
entre les Marilyn Monroe Productions et la société de production de Laurence Olivier ;
discussions impliquant la MCA et Jack Warner, qui insistait sur le contrôle du
montage final du film ; et avec les services de l’emploi britanniques qui
n’appréciaient pas le nombre inhabituel d’Américains participant à cette
coproduction.
Les Miller demandèrent à leur amie Hedda Rosten
d’entrer dans la société en tant que secrétaire particulière de Marilyn, avec
le salaire de 200$ par semaine.
A
la dernière minute, l'avocat de Miller à Washington, Joseph Rauh, arriva à un
arrangement avec le Département d'Etat: si Miller signait une lettre sous
serment promettant de revenir au cas où il serait jugé pour outrage, on lui
donnerait un passeport valable six mois (et non de deux ans, la durée normale).
C'était donc une très bonne nouvelle et Miller obtint donc son passeport.
Marilyn
réalisa cette semaine là les essayages coiffure pour « The sleeping
prince » et fut à cette occasion, une nouvelle fois photographiée par Milton
Greene (
,
,
,
).
Le lundi 9 juillet : Milton Greene et
Irving Stein partirent pour Londres.
Le mardi 10 juillet : la Commission des activités
anti-américaines vota et recommanda que le Congrès accuse Miller d'outrage.
Miller devait quitter le pays le 13 juillet; cela signifiait donc que lorsque
le Congrès voterait, Miller et Marilyn seraient déjà à Londres.
Le vendredi 13 juillet : les Miller partirent pour Londres (
,
,
,
,
,
).
Le samedi 14 juillet :
Ils
arrivèrent à Londres pour le tournage de « The sleeping prince » (
,
,
,
,
).
Laurence
Olivier et Lady Olivier (Vivien Leigh) les attendaient à l’aéroport (
,
,
,
), avec plus de
soixante-dix policiers chargés de canaliser les deux cents journalistes et
photographes, déchaînés.
Une
brève conférence de presse eut lieu au bar de l'hôtel de l'aéroport (
,
;
,
,
,
).
Une
limousine Austin Princess transporta les Miller dans le Surrey (
,
). Milton Greene et Arthur Jacobs
(qui s'occupait des relations publiques de Marilyn) s'y rendirent aussi,
escortés par quatre policiers.
Les
Miller s’installèrent à Parkside House (
),
à Englefield Green, Egham (
,
,
) (près de Windsor Park, à une
heure de route de Londres). Ils louèrent le superbe manoir géorgien à Lord
North, directeur du Financial Times
et à sa femme l’actrice et pianiste Joan Carr.
Ce
manoir du 18ème siècle comptait cinq chambres, une salle de séjour
avec des poutres en chêne, deux salles de bains et des chambres de service et
était entouré d’un parc d'environ cinq hectares avec une roseraie (
,
).
Dans
cette maison, de lourds doubles rideaux avaient été installés aux fenêtres de
la chambre de Marilyn, car elle ne pouvait dormir que dans le noir absolu. La
chambre, à l’initiative de Milton Greene, avait aussi été meublée de blanc
(lit, rideaux, meubles, tapis) comme dans son appartement new-yorkais.
Dans
la plus pure tradition britannique, les journalistes assiégèrent le portail de
la propriété durant tout leur séjour.
Le dimanche 15 juillet : après une séance photo à
Egham (
,
,
,
,
), une conférence de presse
fut donnée dans la salle Lancaster de l’hôtel Savoy de Londres pour annoncer le
début du tournage (
,
,
;
,
,
,
,
;
,
).
Le
lundi 16 juillet,
une nouvelle conférence de presse eut lieu à nouveau à l’hôtel Savoy (
,
,
,
).
Les mercredi 18, jeudi 19 et vendredi 20 juillet : Marilyn fit
des essais de costume et de maquillage avec Milton Greene pour le tournage en
Technicolor (
,
,
).
Laurence
Olivier avait prévu trois jours d'essais.
Marilyn
rencontra Jack Cardiff (
,
), le chef opérateur (qui avait
remporté un Oscar), et dont Marilyn avait souhaité qu'il soit engagé pour «
The sleeping prince ». Elle souhaitait utiliser le maquillage blanc nacré
qu'elle portait dans « Bus stop », mais Cardiff la prévint qu'un
maquillage trop pâle risquait de faire paraître ses dents grises.
Comme
elle n'avait pas encore vu la version finale de « Bus stop », ils se
rendirent tous deux dans la salle de projection privée de la Fox à Londres,
pour la visionner ensemble. Marilyn vit que Cardiff avait raison : le
maquillage de Cherie, ne conviendrait pas à son personnage de « The
sleeping prince ».
Il
la prit néanmoins en photo durant le tournage (
,
,
).
Mais
elle vit également que sa scène préférée, celle où Cherie parlait longuement de
son passé, avait été coupée. Certaine d'avoir été excellente dans cette scène,
Marilyn pensait que son jeu dramatique
lui permettrait d'être une actrice considérée à sa juste valeur.
Elle
sombra dans le désespoir. En un instant tout son monde s'écroula et toute sa
colère se concentra sur Joshua Logan. Persuadée d'avoir été trahie, certaine
que jamais il n'avait jamais cru en elle comme il l'avait prétendu, elle ne
voulut jamais admettre qu'en fait, Logan s'était battu pour conserver la scène,
mais que Buddy Adler (
) (producteur de la Fox) et
Spyros Skouras (directeur de la Fox), qui la trouvaient superflue, avaient
eux-mêmes décidé de couper la scène.
Pour
Marilyn, le premier réalisateur qu'elle avait choisi, l'avait trompée.
Cette
semaine là, Arthur et Marilyn eurent beaucoup de temps à eux (
,
,
,
).
Le lundi 23 juillet : Paula Strasberg, Hedda Rosten, Amy
et Joshua Greene arrivèrent à Londres. Hedda Rosten était là, officiellement
pour servir de secrétaire à Marilyn.
Les
Greene s’installèrent à Tibbs Farm, à Ascot.
Miller exposa à Milton Greene sa propre situation
financière : il était obligé de verser 16 000$ par an à ses deux
enfants ; son ex-épouse touchait 40% de ses revenus ; et il avait des
problèmes avec les impôts et des dettes auprès des avocats. Ne serait-il pas
possible d’ajouter son revenu, peu élevé d’ailleurs, à celui de Marilyn ?
Pouvait-il remplir une déclaration d’impôts commune?
Pendant le reste de l’année, les Marilyn Monroe Productions
essayèrent de trouver le moyen d’arranger les choses. Ces discussions se
tinrent en dépit des conseils répétés de l’ami et agent de Miller, Kay Brown,
qui lui conseillait de se tenir à l’écart de la carrière de Marilyn.
Le
mardi 24 juillet : Terence Rattigan (auteur de la pièce « The
sleeping prince ») donna un bal en l'honneur de Marilyn, à Little Court,
sa maison de campagne du Surrey.
Le
jardin de Little Court était décoré de lampions multicolores. Il y avait des
tables aux nappes blanches et un buffet avec un curry de homard. Plus tard, ils
danseraient à l'intérieur.
Terence
Rattigan et Laurence Olivier accueillirent les invités, qui commencèrent à
arriver à 21 heures.
Rattigan avait invité Lady Diana Cooper, Tyrone
Power, Sybil Thorndike (qui jouait dans « The sleeping prince »), Margot Fonteyn, John Gielgud, Peggy
Ashcroft et d'autres personnalités.
La chroniqueuse Louella Parsons était également
venue des Etats-Unis; le puissant groupe de presse Hearst avait fait pression
sur Milton Greene pour qu'il envoie une invitation à sa journaliste.
Les Miller arrivèrent aux environs de 23 heures (
,
,
). Ils dansèrent joue
contre joue, serrés l'un contre l'autre, sous le regard de tous.
La présence parmi les invités de Winthorp Aldrich,
ambassadeur des Etats-Unis en Angleterre, avait le plus d'intérêt pour Marilyn
: quelques heures avant le vote au Congrès qui devait accuser ou non Miller
d'outrage et qui devait avoir lieu le lendemain, Marilyn démontrait par ses
actes qu'elle soutenait totalement son mari.
Ils quittèrent la fête vers 4 heures du matin. Le
lendemain, le
mercredi 25 juillet, ils restèrent à Parkside
House et se reposèrent toute la journée.
Dans la journée du mercredi 25, ils apprirent
que Miller était accusé d'outrage au Congrès, par 379 voix contre 9.
Cette accusation serait transmise au procureur général pour enquête et
poursuite éventuelle.
Le
lundi 30 juillet : les répétitions pour « The sleeping
prince » commencèrent. Mais avec
ses préoccupations concernant Arthur Miller, Marilyn n'était pas dans un état
d'esprit favorable pour débuter les répétitions.
Laurence Olivier travaillait déjà depuis trois
quarts d'heure avec les autres acteurs, Sybil Thorndike (
,
), Richard Wattis et Jeremy
Spenser, lorsque Marilyn arriva, Paula Strasberg sur ses talons. Ce retard fut
la première erreur de Marilyn. Son côté négligé et son humeur bourrue furent la
deuxième. La troisième fut la présence de Paula.
Quand Olivier avait accepté de réaliser le film, il
ne savait pas que Marilyn insisterait pour venir avec son professeur d'art
dramatique. Ce n'est que dans les premières semaines de pré production qu'il
découvrit que Paula faisait partie de l'équipe. Pour un homme possédant la
fierté d'Olivier, la présence d'un autre conseiller artistique était en soi
insupportable. Milton Greene lui avait promis que Paula resterait dans la loge
de Marilyn et ne se montrerait pas sur le plateau.
Ce film était une production des Marilyn Monroe
Productions : c'était Marilyn elle-même qui avait été à l'origine du projet.
Elle avait négocié avec Rattigan. Elle avait remporté la course aux droits de « The
sleeping prince ». Elle avait convaincu Laurence Olivier de le réaliser,
d'y jouer le premier rôle masculin et de le co-produire. Mais dès l'instant où
elle était entrée dans la salle de répétitions avec Paula Strasberg, tout
s'était passé comme si elle travaillait dans le film de quelqu'un d'autre.
A cela, plusieurs raisons. Le fait que le film soit
tourné dans un studio anglais avec une équipe et des acteurs anglais, mettait
Marilyn dans une position d'infériorité.
Pour aggraver les choses, Olivier avait déjà mis cette histoire en scène
au théâtre; il était déjà donc familier du texte. Enfin, il y avait sa stature
d'artiste; elle avait beaucoup de mal à considérer le projet comme le sien.
Olivier la présenta aux autres acteurs, à son
assistant réalisateur et à quelques représentants de la production.
Laurence
Olivier avait parlé avec trois réalisateurs qui avaient dirigé Marilyn :
John Huston, Billy Wilder et
Joshua Logan, qui émergeait meurtri mais triomphant du tournage de « Bus
stop ». Logan écrivit plusieurs fois à Olivier pour le mettre en
garde : « Ne lui dictez pas ce qu’elle doit faire. Elle en sait
probablement plus que sur le jeu de l’acteur de cinéma que n’importe qui
d’autre. Ne lui donnez pas d’ordres, cela la désarçonne, et vous ne pourriez
plus rien en tirer. ».
AOUT :
Ce
tournage devait être la première expérience de vie de Miller avec Marilyn en
plein tournage alors qu'il devait lui-même travailler à sa prochaine pièce.
Il
n'avait jamais dû affronter les angoisses et les insomnies de Marilyn quand
elle tournait. Il n'avait jamais dû supporter l'alcool et les médicaments grâce
auxquels elle tentait de surmonter l'épreuve.
Le mardi 7 août : début du tournage après une semaine
de répétitions aux Pinewood
Studios (
,
,
).
Comme
Olivier, Marilyn aurait dû arriver au studio avant 7 heures afin d'être
habillée et maquillée. Mais elle n'arriva avec Paula qu'à 8 heures 30. Dès le
départ il fut évident que Paula n'avait nullement l'intention de rester dans la
loge de Marilyn. Les assurances de Milton Greene partaient en fumée.
En
fait Greene ne pouvait plus rien promettre. Depuis belle lurette Marilyn ne
l'écoutait plus. Même si Joshua Logan avait réussi à interdire l'accès du
plateau à Paula sur le tournage de « Bus stop », « The sleeping
prince » était une production Marilyn Monroe, avec une participation
de Jack Warner, limitée au financement et à la distribution. Sur ce point au
moins, Marilyn allait user de son autorité. Paula resterait sur le plateau et
Olivier n'y pourrait rien. Bien sûr il pouvait toujours abandonner le projet,
mais il avait investi trop de temps et d'argent pour l'envisager.
Pour
« Bus stop », Paula s'était contentée d'être une simple répétitrice.
Pour « The sleeping prince », elle semblait vouloir s'arroger le rôle
de metteur en scène personnel de Marilyn.
L'ostensible
présence de Paula sur le plateau proclamait qu'Olivier était incapable de
diriger une actrice de la Méthode.
Greene
aurait souhaité être le producteur exécutif de Marilyn, elle, avait souhaitait
pouvoir choisir ce qui était le mieux pour elle. Mais Greene avait pensé qu'il
serait le grand producteur et que Marilyn travaillerait pour lui.
Pour
établir sa primauté sur le plateau et
pour contrecarrer l’influence énorme de Paula, Laurence Olivier adopta
l’attitude la plus condescendante (
): pour lui, sa partenaire n’était
qu’un produit d’Hollywood dont il exigerait la plus grande docilité.
Le
tournage ne pouvait débuter plus mal : Marilyn, qui se
débarrassait enfin
du carcan des rôles sexy auxquels on l’avait
cantonnée, et appliquait avec
empressement l’introspection et la recherche de motivation
prônée par la
Méthode de Strasberg, reçut de Laurence Olivier
l’instruction « d’être sexy ».
Marilyn,
indignée, partit en courant du plateau. Mais Olivier souhaitant qu'elle
devienne « Marilyn », n'avait fait que lui exprimer la confiance
qu'il avait en elle en tant qu'actrice.
A
partir de ce moment là, Marilyn fut certaine que même dans sa propre
production, elle était condamnée au traitement dénué de tout respect qu'on lui
infligeait déjà à la Fox.
Elle
appela Lee Strasberg à New York et lui déversa sa tristesse et sa colère.
Strasberg savait forcément que Marilyn ne pourrait travailler dans cet état. Il
était essentiel que sa première production indépendante soit une réussite; il
fallait absolument qu'elle fasse le film. Strasberg fut très en colère contre
Laurence Olivier.
Cet
incident sonna le glas de toutes relations de travail normales entre Marilyn et
Olivier. Dès lors, elle cessa complètement de croire que le rôle qu'elle avait
eu tant de mal à obtenir pourrait transformer l'image qu'on se faisait d'elle.
Humiliée, elle se sentait idiote d'avoir pu imaginer qu'Olivier pourrait la
prendre au sérieux.
Plus
que jamais, Marilyn attendait les visites d'Arthur sur le plateau. Il était là
pour lui faire traverser cette épreuve.
Quand
il fut évident que Milton Greene n'avait plus aucune influence sur Marilyn et
ne pouvait rien faire contre Paula, Olivier se tourna vers Arthur Miller.
Marilyn avait confiance en Arthur, et peut-être pourrait-il faire en sorte qu'elle arrive au studio à l'heure. C'était
aussi dans l'intérêt de Miller, car chaque jour de retard engendrait une perte
d'argent de la maison de production de Marilyn.
Semaine du 13 août : le tournage se passa plus facilement que
la semaine précédente (
,
,
,
,
).
Mais
il fut évident que Laurence Olivier et Marilyn, se trompaient l'un sur l'autre.
Chaque
soir quand elle rentrait, elle laissait exploser sa colère. Elle ne cessait de
crier contre Olivier. Ses longues conversations avec Lee ne la mettaient que
plus en colère. La crise qu'elle traversait l'empêchait de trouver le sommeil,
et Arthur passait des nuits blanches, alors qu'il avait besoin de calme et
d'isolement pour travailler. Le seul moyen pour elle de dormir était de prendre
des médicaments.
Elle
s'attendait à ce qu'Arthur partage son indignation et interprétait tout
désaccord comme une trahison.
A
la fin de cette semaine, Marilyn, à la recherche d'une copie de son scénario (
), entra dans la
salle de musique de leur manoir de location. Arthur n'était pas là. Elle vit le
scénario qu'elle cherchait sur le bureau d'Arthur, un de ses cahiers à côté.
Les premières lignes du cahier la concernaient. Elle fut consternée. Dans son
cahier, Arthur avait exprimé sa déception à son sujet, ses doutes sur leur
union qu’il ressentait comme un fardeau et sa crainte que Marilyn ne compromit
sa propre créativité.
Elle
était différente de ce qu'il imaginait et Marilyn se persuada qu'il regrettait
de l'avoir épousée.
Confiante
en ses sentiments, elle avait osé se sentir digne d'être aimée. Mais la
découverte du cahier avait tout changé. Marilyn était convaincue qu'Arthur
allait l'abandonner, comme les autres.
Le samedi 18 août : les Miller se rendirent à une seconde
fête organisée par Terence Rattigan.
Laurence
Olivier était absent : il était resté chez lui au chevet de sa femme Vivien
Leigh, qui venait de faire une fausse couche.
Le vendredi 24 août : Arthur Miller annonça son départ pour
les Etats-Unis pour le dimanche 26 août.
L'avocat
général qui s'occupait des cas d'outrage au Congrès était en vacances et ne
devait reprendre son travail que la deuxième semaine de septembre. Miller avait
l'intention de passer dix jours avec ses enfants avant de revenir en Angleterre.
Il voyagera sous le faux nom de Mr Stevenson, pour ne pas affronter les
journalistes.
Ce
vendredi il vint chercher Marilyn aux studios Pinewood. En fait elle rentra
avec Paula tandis que Miller accepta de prendre un verre avec Milton Greene et
Laurence Olivier dans la loge de celui-ci. Marilyn prit mal les choses car elle
exigeait que Miller, dans son conflit avec Olivier, prenne complètement et
radicalement son parti.
Arthur
ne partit pas le dimanche mais repoussa son départ au jeudi 30 août.
Avant de retourner aux Etats-Unis, il souhaitait passer par Paris pour y voir
Yves Montand et sa femme, Simone Signoret qui tournaient une adaptation de « The
crucible » sur un scénario de Jean-Paul Sartre.
Le lundi 27 août : voyant dans le départ de Miller une
désertion, Marilyn ne se rendit pas au studio.
Le mardi 28 août : elle arriva au studio pour travailler.
Dans
la soirée Milton Greene dut lui apporter d'autres comprimés : Arthur et elle
s'étaient disputés, et Arthur avait fini par se retirer. C'est par téléphone
que sa psychanalyste, Margaret Hohenberg, finit par réussir à la calmer
suffisamment pour que les sédatifs puissent agir et qu'elle s'endorme.
Les mercredi 29 et jeudi 30 août : Marilyn ne se
rendit pas au studio.
Le jeudi 30 août, Miller quitta l'Angleterre pour les Etats-Unis via son séjour en France ; Marilyn l’accompagna à l’aéroport
Le vendredi 31 août : Milton Greene appela Irving Stein,
avocat des Marilyn Monroe Productions, pour lui annoncer que Marilyn était
enceinte. Un gynécologue venu à Parkside House confirma la grossesse.
Angoissée
à l'idée de perdre son bébé, Marilyn se mit à boire, ajoutant le champagne aux
tranquillisants. Hedda Rosten ne la quitta plus.
Marilyn
et Arthur, arrivé à New York, se parlèrent pendant des heures.
Paula
repartit à New York. Laurence Olivier, espérait ainsi qu'il s'était débarrassé
de Paula de façon définitive.
Marilyn,
elle, était convaincue que Milton Greene achetait des objets anglais anciens,
qu’il mettait sur le compte des Marilyn Monroe Productions et qu’il les faisait
livrer à son domicile, dans le Connecticut. Il semblait que tout le monde en
voulait à l’argent de Marilyn, principalement Lee Strasberg qui l’appelait
chaque jour en PCV pour bien lui faire comprendre que sa seule chance de
terminer convenablement le film, était son travail avec Paula. De plus, Lee
l'encourageait à croire qu'Olivier était jaloux d'elle.
Pour
Marilyn, Olivier ne travaillait pas avec elle, il était en compétition avec
elle.
Milton
Greene ne cessait de faire la navette entre la maison de Marilyn, les studios
et Londres, s’efforçant de créer un minimum d’entente entre Marilyn et Laurence
Olivier, et la presse anglaise. Sans Greene le film n’aurait jamais été
terminé.
Un
des stratagèmes de Milton pour contrôler Marilyn, était de lui fournir tous les
médicaments dont elle avait besoin (ou dont elle croyait avoir besoin) pour
tenir d’un jour à l’autre.
Il
semblait bien qu'il ne restait plus que ce rôle là à Greene. Il lui donnait des
remontants pour annuler l'effet des barbituriques qu'elle prenait en grande
quantité le soir. Quand les somnifères n'agissaient pas assez vite, Marilyn en
prenait plus, oubliant souvent combien elle en avait déjà avalé.
En
Angleterre, les excitants n'étaient pas de la même couleur que ceux auxquels
Marilyn était habituée, et elle accusait Greene ne de pas lui donner le bon médicament.
Il
est certain que ce tournage fut le début de la fin de son association avec
Milton Greene.
Miller
avait demandé à Marilyn de priver Milton Greene de ses fonctions de
vice-président des Marilyn Monroe Productions. Greene comprit tout quand il
s’aperçut que Miller s’occupait lui-même du dossier professionnel de Marilyn,
faisant des coupures de journaux, choisissant des photos de Marilyn.
En tant qu’associé au sein de la maison de
production, Milton Greene n’appréciait pas énormément de voir Arthur Miller
s’impliquer davantage dans lesdites productions. Arthur profita d’une certaine
tension dans les relations entre Milton et Marilyn pour tenter de mieux
contrôler les Marilyn Monroe Productions (premier
semestre 1957).
Un
an plus tard (avril 1957) Greene sera
remercié.
Miller
commença à exprimer des doutes sur Lee Strasberg et son emprise presque
religieuse sur Marilyn. Il n’avait jamais beaucoup apprécié « l’aura
culturelle » entourant la Méthode et n’avait pas aimé le fait que, juste
avant sa comparution devant la Commission des activités anti-américaines, Lee
et Paula Strasberg lui avaient suggéré de se présenter comme un témoin
« amical », ce que Paula avait elle-même fait quelques années plus
tôt. Miller, comme Elia Kazan, était sceptique sur la façon dont Strasberg
rendait les acteurs dépendants de lui.
Cependant,
dans sa pièce « After the fall », sortie deux ans après la mort de
Marilyn, il y avait une scène où le personnage principal féminin, Maggie,
tombait sur une note qui la bouleverse.
Miller
fut pris dans les tourments de Marilyn (mauvaises relations avec Laurence
Olivier dont elle pensait qu’il la méprisait tant comme personne que comme
actrice, puis des difficultés avec Milton Greene) qui l’empêchaient de se
consacrer à son œuvre.
Laurence
Olivier avait lui aussi de graves problèmes avec sa femme, l’actrice Vivien
Leigh. Elle était depuis longtemps sujette à des dépressions nerveuses et à des
crises de rage, où elle perdait son sang-froid. Les deux épouses avaient
également fait chacune une fausse couche.
Ces
drames rapprochèrent Miller et Laurence Olivier.
A
la demande de Marilyn, Lee Strasberg arriva à Londres, aux frais des Marilyn
Monroe Productions.
En
dépit des rumeurs et des frictions, le film ne dépassa pas le budget, et il ne
fallut que deux jours pour refaire certaines scènes.
Marilyn
alla faire des courses et acheter des cadeaux pour les enfants d’Arthur Miller,
chez Harrod’s, à Londres ; une foule de fans se pressa autour d’elle, à
tel point qu’il fallu appeler la police pour rétablir l’ordre. Elle alla aussi
faire des achats chez Marks and Spencer, en privé, après le départ des autres
clients (
,
).
Le vendredi 31 août : sortie de « Bus stop » (
;
). Marilyn, en tournage en
Angleterre, ne pût assister à la première.
Marilyn
fut persuadée que son monologue du personnage de Chérie, coupé au montage, lui
avait coûté une nomination aux Oscars.
Cependant,
le film fut encensé par la critique.
SEPTEMBRE:
Le
mercredi 5 septembre : ayant appris que Marilyn était enceinte, Miller était de retour en
Angleterre, avec une semaine d'avance sur la date prévue (mercredi 12 septembre).
Le
samedi 8 septembre : Marilyn fit une fausse
couche et perdit son enfant.
Le
dimanche 9 septembre : quoique fussent les doutes de Marilyn sur son
mariage, elle défendit publiquement Arthur lorsque Lord Chamberlain voulut
faire interdire « A view from the bridge » pour son allusion à
l’homosexualité. Scandalisée par la censure, Marilyn fut une des premières à
rejoindre le Watergate Theater Club, une association qui protestait contre
toute forme d’ingérence dans les arts :
L'avocat des Marilyn Monroe Productions Irving
Stein, après des mois d’échange hargneux de lettres, de factures et de menaces
de convocation, rencontra les propriétaires de la maison de Beverly Glen,
occupée au printemps par Marilyn et les Greene pendant le tournage de
« Bus stop », et qui avait été rendue avec de nombreux dégâts.
Les propriétaires, Mr et Mrs Sidney Lushing,
réclamaient le remboursement de nombreux objets casés ou abîmés : deux
couvertures électriques ; six oreillers ; huit draps ; cinq
couvertures en laine ; dix housses de chaise ; une facture d’un
montant de 300$ pour le nettoyage des tapis et des meubles ; une note de
téléphone de 300$ ; plus d’une douzaine de tasses, soucoupes, verres et
gobelets en cristal brisés ; trois lampes cassées ; trois rideaux ;
deux pièces de mobilier de jardin. De plus les ouvriers durent ôter la lourde
étoffe noire que Marilyn avait fait clouer à l’intérieur de sa chambre (la
moindre lumière l’empêchait en effet de dormir, qu’elle prenne ou non des
somnifères). De tels dégâts furent difficiles à expliquer. Le travail de
démolition sembla dû à des soirées folles, à un photographe surchargé de
travail qui s’efforce d’assumer ses nouvelles responsabilités, à une star de
cinéma parfois instable et à une atmosphère où la consommation d’alcool et de
médicaments avait quelque chose d’exacerbé.
Les époux Miller assistèrent à la pièce « South sea bubble », jouée par Vivien Leigh au Lyric Theater de Londres
(
,
) et « Caucasian chalk
circus » de Bertold Brecht au Palace Theater
OCTOBRE:
Marilyn
rencontra la poétesse Dame Edith Sitwell (
),
qu'elle avait déjà rencontrée en novembre 1954 à Los Angeles; ensemble elles
parlèrent des poètes anglais Dylan Thomas et Gerard Manley Hopkins.
Le mercredi 3 octobre : Marilyn n'alla pas au studio.
Lee
Strasberg était arrivé la veille et se présenta au studio Pinewood : il voulait
être présent sur la plateau avec Paula pour s'assurer de l'interprétation
correcte de Marilyn.
C'est
Milton Greene qu'on envoya éconduire Lee Strasberg à l'entrée du studio.
Lee Strasberg ayant été renvoyé par Laurence
Olivier, Paula repartit à New York, accompagnée de Hedda Rosten (qui buvait
tellement qu’elle ne pouvait être d’aucune aide à personne et qui devait
s'occuper de la rentrée scolaire de sa fille Patricia).
Les frais furent payés par les Marilyn Monroe
Productions.
Leur départ plongea Marilyn dans une profonde
solitude. Milton Greene fit alors venir le Dr Margaret Hohenberg ; beaucoup de
frais pour peu de résultats puisque le Dr Hohenberg annonça tout de go que
Milton « avait eu tort de fonder les Marilyn Monroe Productions avec
Marilyn, et qu’elle ne savait pas combien de temps les associés pourraient
continuer à travailler ensemble dans une atmosphère si tendue ».
Bien
sûr, Marilyn vit là le rejet total de sa
vie professionnelle par sa propre psychiatre. Cependant le Dr Hohenberg
conseilla à Marilyn d’aller voir sa vieille amie, Anna Freud (
) (fille de Sigmund
Freud) et analyste célèbre à Londres.
Le vendredi 12 octobre : Miller et Marilyn, Laurence
Olivier et Vivien Leigh, et Jack Cardiff et son épouse se retrouvèrent pour
prendre l'apéritif au Lowndes Cottage, à Belgravia à Londres, avant d'assister
à la première de « A view from the bridge » la pièce de Miller, au
Comedy Theater (
,
,
,
,
;
,
,
,
,
;
,
).
Quelques jours après (le 17
ou 18 octobre), « Bus stop »fut présenté à Londres, et
Marilyn reçut de nombreuses louanges.
Le lundi 29 octobre : Marilyn fut
présentée à la reine d’Angleterre, à l’Empire Theatre, à Leicester Square.
Avant une projection du film britannique « The
battle of the river plate » (
,
,
,
,
), vingt vedettes de cinéma
furent présentées à la reine, dont Brigitte Bardot (
), Joan
Crawford, Anita Ekberg et Victor Mature
Elle
sera immortalisée peu après au musée de cire de Mme Tussaud.
L’accord passé entre Milton Greene et Laurence
Olivier donnait le titre de « producteur exécutif » à Milton
Greene ; mais en cette fin octobre, Laurence Olivier trouva cela déplacé,
et mit carrément le litige entre les mains de Jack Warner. Dans les premières
copies du film, le nom de Milton Greene apparaît, mais par la suite, son nom
disparut aussi mystérieusement qu’injustement.
Marilyn
écrit à Jack Warner (Warner Brothers était distributeur du film) et lui dit
qu’elle est convaincue que Milton Greene avait procédé à son insu, à des coupures
dans le film. Elle fit de son mieux pour que Greene ne soit pas cité au
générique comme producteur exécutif, point sur lequel ils s’étaient mis
d’accord au départ.
Un
jour d'octobre Paula Strasberg appela Marilyn de New York, pour lui dire que
son permis de travail était expiré et que quelqu'un semblait avoir user de son
autorité pour qu'on empêche son retour.
Marilyn,
convaincue que Laurence Olivier et Milton Greene n'y étaient pas pour rien,
jura d'arrêter de travailler tant que Paula ne serait pas de retour sur le
plateau. Olivier intervient dans ce sens, et Paula fut de retour le plateau le mercredi 31 octobre.
En
fait, durant l'absence de Paula, Olivier avait engagé un autre américain dans
la production de « The sleeping prince » et cela de manière
délibérée. En effet, le film était réalisé grâce au Eady Plan, un programme de
subvention pour aider l'industrie britannique du cinéma, pour lequel le
gouvernement fournissait une aide financière; dans ce sens, le nombre
d'américains sur les registres du personnel engagé, était limité. Avec le quota
remplit durant son absence, Paula n'était ainsi plus autorisée à revenir
travailler en Angleterre.
Paula
était convaincue que cela venait de Laurence Olivier, mais en fait, Marilyn fit
pression sur lui et ce fut grâce à lui que Paula put obtenir un nouveau visa de
travail et revenir en Angleterre.
NOVEMBRE:
Arthur et Marilyn assistèrent à une discussion sur le théâtre anglais au Royal Court Theater :
,
,
;
Milton
Greene s’irritait de plus en plus de l’influence de Miller sur Marilyn ;
Miller manifestait à Marilyn ouvertement son hostilité envers Milton Greene et
lui conseilla de prendre entièrement le
contrôle de la société de production.
A
la fin du tournage de «The sleeping prince», Miller et Milton Greene ne se
parlaient presque plus.
C'est
pendant ce tournage que Milton Greene s'était rapproché de Jack Cardiff, avec
qui il comptait installer une entreprise pour faire des films en Angleterre.
Cardiff
avait acquis quelques pièces qu'il souhaitait réaliser pour sa propre
production. Entre autres, il avait acheté le scénario de « Sons and lovers »
de D.H.Lawrence, qu'il tournera par la suite avec succès. Mais les plans de
Greene seront bloqués par Arthur Miller.
Arthur
Miller commença à cette époque la rédaction d'une nouvelle inspirée par une
expérience qu'il avait vécue en attendant de pouvoir demander le divorce et de
pouvoir commencer une nouvelle vie avec Marilyn. A Reno, dans le Nevada, il
avait passé du temps avec deux cow-boys qui chassaient les chevaux sauvages. Ce
fut le début de rédaction de « The misfits ».
Miller
reçut alors une convocation du Foreign Office qui lui demanda à quelle date il
comptait rentrer aux Etats-Unis pour se présenter devant le Grand Jury. Miller
leur annonça que, contrairement à beaucoup de gens ayant fui le maccarthysme et
s'étant installés en Angleterre, il comptait rentrer aux Etats-Unis sous peu.
La
production du film s’acheva le samedi 17
novembre.
Milton
Greene avait réussi à ne pas dépasser le budget et à terminer le film dans le
temps imparti.
Le jeudi 22 novembre : Laurence Olivier
et Vivien Leigh accompagnèrent Marilyn et Arthur Miller à l'aéroport (
,
,
,
,
,
,
,
).
Ils
firent tous bonne figure, alors que leur vie à chacun avait été bouleversée
depuis qu'ils s'étaient retrouvés là en juillet : Vivien Leigh avait perdu son
bébé et par là même, toute chance de sauver son mariage. Laurence Olivier avait
raté l'occasion d'une renaissance personnelle qu'il espérait réaliser avant la
cinquantaine. Arthur Miller avait compris que la vie avec Marilyn allait être
différente de tout ce qu'il avait imaginé. Et Marilyn, toujours bouleversée par
ce qu'elle avait lu dans le cahier d'Arthur, avait toutes les raisons de croire
que tant son mariage que son premier film indépendant étaient voués à l'échec.
Pendant
presque deux ans, elle ne tournera plus de films.
Le jeudi 22 novembre, ils arrivèrent
aux Etats-Unis (
,
,
,
).
DECEMBRE :
Le mardi 4 décembre : elle se rendit à l’Actors Studio, afin de faire la promotion de la pièce « Baby doll », au profit de
l'Actors
Studio (
,
,
,
,
;
,
,
,
,
,
;
,
).
Le mardi 18 décembre : première de "Baby Doll" au Victoria Theater, à Broadway
Avec
Arthur, ils assistèrent ensuite à la soirée dansante donnée au Waldorf Astoria
(
,
,
), au cours de laquelle
Marilyn donna une interview à la radio (
,
).
Laurence
Olivier arriva à New York et vint projeter un premier montage de « The sleeping
prince » à Jack Warner, le distributeur du film. Tout le monde s'inquiéta du
fait que le film était d'une trop grande longueur et pas particulièrement
drôle.
Warner
Brothers, attentifs au succès en salle, insista pour changer le titre qui
devint « The prince and the showgirl ».
Le
studio pensait que Marilyn, qui allait attirer le public, devait être
représentée dans le titre.
Milton
Greene, se rendant peut-être compte, mais trop tard, qu'il n'avait pas réalisé
le bon film, décida d'une publicité qui montrerait Marilyn et Olivier dans les
bras l'un de l'autre. Au départ, Olivier refusa; mais il voulait que le film
gagne de l'argent, et après beaucoup d'hésitations, finit par accepter.
La
séance photo eut lieu au studio de Milton Greene, sur Lexington Avenue (
,
).
Cette
année là, Darryl Zanuck,
chef de production de la Fox, avait démissionné de son poste et émigré en
Europe où il travailla comme producteur indépendant.
Ce
fut Buddy Adler qui le remplaça.
Marilyn
fut nominée pour « La meilleure
interprète étrangère » pour « The seven year itch » par les
British Academy Awards.
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