1959
Marilyn
débuta cette année avec une dépression qu’elle tenta d’alléger en prenant des
somnifères pour lutter contre la tension et l’angoisse. Mais l’Amytal et le
Nembutal étaient eux-mêmes des dépresseurs, et elle se trouva prise dans un
véritable cercle vicieux entre l’insomnie, le sommeil provoqué, les matinées
vaseuses et les journées moroses. Elle reprit ses séances régulières avec le Dr Marianne Kris mais elles ne
semblaient pas lui être très bénéfiques. Le Dr Kris lui prescrivait les
sédatifs dont elle avait besoin.
Elle
assura définitivement l’avenir financier de sa mère, Gladys, par un fonds de
fidéicommis.
JANVIER
:
Marilyn
continua ses cours avec Lee
Strasberg et travailla à l’Actors
Studio, ce qui déplaisait beaucoup à Arthur, car le fossé ne cessait
de se creuser entre lui et les Strasberg.
Elle
lut soigneusement les scripts que lui adressaient ses agents mais aucun ne lui
paraissait intéressant.
Elle
réfléchit avec Arthur sur de nouvelles améliorations à apporter à leur maison
de Roxbury.
Elle
ne vivait cependant pas en recluse et rencontra les plus grands écrivains.
Carl Sandburg, qui avait
brièvement vu Marilyn sur le tournage de « Some like it hot »
vint lui rendre visite dans son appartement.
Le mardi 20 janvier : Lew Schreiber (un des directeurs de la Fox) et Frank Ferguson (un des avocats du
studio) consultèrent la liste des metteurs en scène approuvés par Marilyn. Le
studio avait jusqu'au 14 avril de cette année, pour lui proposer un
film.
Mais
ils ne pouvaient proposer un film à Marilyn tant qu'il n'y avait pas
d'engagement ferme de la part de l'un des seize réalisateurs présents sur la
liste.
Billy Wilder, qui figurait sur la
liste, refusait de tourner de nouveau avec elle, après le tournage éprouvant de
« Some like it hot ».
Joshua Logan aussi était sur la
liste, mais Marilyn lui en voulait énormément d'avoir coupé sa grande scène
dans « Bus stop ». Quand
à John Huston, il était pris par
le tournage de « The unforgiven » jusqu'en mai de cette année.
Le
nom de Lee Strasberg apparaissait également sur la liste, mais il n'avait
jamais fait de mise en scène pour le cinéma.
Restait
un nom intéressant, celui d'Elia
Kazan, qui était toujours sous contrat avec la Fox.
La
Fox s'empara d'un sujet cher à Kazan, un scénario autour de la Tennessee Valley
Authority, fondé sur deux romans, « Mud on the stars » de William
Bradford Huie et « Dunbar's cove » de Borden Deal. Pour le studio, ce
film s'appellerait « Time and tide ».
Mais
avant qu'un accord ne soit signé, Kazan devait accepter officiellement.
Impossible donc pour la Fox de mettre Marilyn au travail avant.
Arthur
proposa à Marilyn le scénario de «The
misfits », mais elle n’était pas sûre de vouloir le jouer, même si
elle considérait le film comme un cadeau d’amour.
Miller
toucha 250 000$ des Marilyn
Monroe Productions pour ce « cadeau ». Miller proposa John Huston
comme metteur en scène et inclut Clark Gable, Montgomery Clift, Kevin
MacCarthy et Eli Wallach dans la distribution.
Miller
dût convaincre Clark Gable en lui expliquant qu’il s’agissait « d’une
sorte de western de l’est qui traitait de l’absence de signification de nos
vies et peut-être aussi de la façon dont nous sommes arrivés ou nous en
sommes ».
Mais
si le tournage était envisagé depuis longtemps, John Huston prenait son temps
pour lire les diverses versions du scénario de « The misfits ».
FEVRIER :
Le jeudi 5 février : Carson McCullers les invita dans sa
maison de Nyack (Etat de New York), où Karen Blixen les rejoignit pour discuter
longuement de poésie (
,
,
,
).
Le
soir eut lieu la présentation new-yorkaise de « Some like it hot ». Marilyn
y assista avec Arthur Miller (
,
,
;
,
,
,
).
Cette
projection plongea Marilyn dans le désespoir. Arthur Miller, comme la plupart
des critiques, lui trouva un formidable talent comique. Billy Wilder la
montrait au sommet de son talent. Elle se révélait brillante et pourtant, dans
sa paranoïa, elle était sincèrement persuadée que Wilder avait décidé de la
montrer sous son mauvais jour.
Elle
découvrit une interview de Wilder dans le New York Herald Tribune, dans
laquelle le cinéaste plaisantait à son propos. Elle se précipita en hurlant
dans le bureau de Miller.
Wilder
laissait entendre que pour sa bonne santé mentale et physique, il n'était pas
question pour lui d'entamer un autre tournage avec Marilyn.
Arthur
Miller et Wilder échangèrent des télégrammes furieux : Miller accusa
Wilder d’avoir surchargé sa femme de travail, alors qu’il savait qu’elle était
enceinte ; Wilder énuméra les affronts et les humiliations qu’il avait
subi de la part de Marilyn pendant le tournage, ainsi que la perte de centaines
de milliers de dollars par le retard du tournage, tout en exprimant sa
tristesse pour sa fausse couche.
Le jeudi 19 février : Frank Ferguson
(avocat de la Fox) informa son directeur Lew Schreiber qu'ils devaient aviser
Elia Kazan au sujet du film « Time and tide », le mercredi
25 février
au plus tard, s'ils voulaient respecter le délai de trente jours
pour en informer Marilyn.
Kazan
était à New York où il mettait en scène « Doux oiseau de la jeunesse »,
pièce de Tennessee Williams, produite par Cheryl Crawford, et dont la première
était prévue le mardi
10 mars à Broadway.
Accompagné
par Abe Lastfogel, président de la William
Morris Agency qui le représentait, Kazan rencontra Spyros Skouras (directeur de la
Fox). Il accepta officiellement de tourner « Time and tide »,
moyennant le fait qu'une fois libéré du film, il soit dispensé de l'obligation
de tourner les cinquième et sixième
films prévus par son contrat de 1950.
Le jeudi
26 février: Marilyn reçut l’étoile de cristal (
)pour « La
meilleure interprète étrangère » dans « The prince
and the showgirl » ; c’était une distinction française qui lui
fut décernée à l’Institut du film français (
,
;
,
,
,
,
;
,
,
,
,
,
).
MARS
Le mercredi 4 mars : Kazan envoya un télégramme à Buddy Adler (producteur à la Fox),
promettant de se présenter le mercredi 1er avril au plus tard,
pour les séances de travail avec Calder Willingham, qui travaillait sur le
scénario du film.
Aussitôt,
Adler demanda à Lew Schreiber de prévenir Marilyn l'informant officiellement
qu'elle allait tourner « Time and tide » sous la direction d'Elia
Kazan, et lui demandant de se présenter le mardi
14 avril.
Le mardi 17 mars : Marilyn arriva à Chicago pour la tournée
promotionnelle de « Some like it hot » (
,
;
) ; à l’Ambassador East où
un déjeuner fut offert (
,
) , Marilyn se montra
charmante avec la presse (
,
,
).
Le
dimanche 29 mars,
sortie de « Some like it
hot » (
;
,
,
,
).
La
première eut lieu au Lowe’s Capitol Theater à New York (
,
,
,
,
,
,
,
,
,
).
Pour
fêter la sortie du film, les Strasberg donnèrent une réception dans leur
appartement.
MAI :
Le
mercredi 13 mai : Miller accompagna Marilyn qui reçut le prix David Di Donnatello pour « La meilleure interprète étrangère
en 1958 » (
) dans « The prince and the showgirl » ; ce
prix lui fut décerné par l’Institut Culturel Italien de New York (686 Park
Avenue). Quatre cents personnes assistèrent à la cérémonie où le prix lui
fut remis par le directeur de l’Institut, Filippo Donini (
,
,
,
,
,
,
,
).
Miller n'avait pas beaucoup avancé le remaniement du
scénario de « The misfits » quand John Huston fit étape à New York,
avant de regagner l'Irlande, ayant terminé le tournage de son film.
JUIN :
Miller termina la réécriture du scénario et l'envoya
à John Huston.
Quelques jours plus tard, celui-ci adressa un
télégramme de félicitations à Miller pour son travail, tout en lui annonçant
son arrivée à New York.
Miller et Huston se rencontrèrent dans le courant du
mois. Sans ambiguïté, Huston lui annonça que le scénario avait besoin d'une
révision complète. Si Miller parvenait à terminer la réécriture avant la fin de
l'été, Huston pensait entamer le tournage de « The misfits » en avril
1960. Dans le cas contraire, il commencerait le tournage de « Freud »,
même si le scénario, écrit par Jean-Paul Sartre, n'était guère au point, lui
non plus.
Le lundi 22 juin : Marilyn fut hospitalisée au Lenox Hill Hospital de
New York pour y être opérée le mardi 23
d'une nouvelle opération de l’endomètre par le Dr Mortimer Rodgers.
Le vendredi 26 juin : Arthur Miller la ramena dans leur
appartement de New York (
,
,
).
ETE
Miller
se retira, avec Marilyn, dans le Connecticut, écrivit sept jours sur sept, sans
céder à la tentation de contacter John Huston. Pas question de lui montrer
autre chose que des résultats concrets.
Pendant
que Miller écrivait, Marilyn fit en sorte de mettre sa marque dans la vieille
demeure.
Elle
fit ajouter des poutres de bois sombres et des mansardes, et installer une
pièce supplémentaire près de la cuisine. Elle remplit le solarium de photos
d'Arthur et d'affiches de ses pièces.
Elle
faisait ses achats à Roxbury et à Woodbury, non loin de là, souvent deux fois
par jour.
Son
contrat avec la Fox exigeait qu’elle tourne un film avant d’attaquer « The
misfits » avec sa propre compagnie.
Jerry Wald, producteur à la Fox, lui
proposa « Let's make love
», réalisé par George Cukor,
avec Gregory Peck.
A
l’origine, le film devait être réalisé par Billy Wilder, qui, malgré les
difficultés éprouvées sur le tournage de « Some like it hot » avait
accepté de collaborer à nouveau avec Marilyn ; mais celui-ci s’était déjà
engagé sur un autre film.
Marilyn
accepta de faire le film, mais le scénario fut quand même remanié par Miller.
Quand Gregory Peck apprit que Miller revoyait le scénario et que son rôle
s’amenuisait, il se retira du film.
De
nombreuses stars furent pressenties pour le rôle : Yul Brynner, Cary
Grant, Rock Hudson, Charlton Heston, William Holden et James Stewart
déclinèrent la proposition.
George
Cukor engagea Evelyn Moriarty
comme doublure de Marilyn pour « Let's make love »; elle
restera sa doublure pour ses films suivants (« The misfits » et « Something’s got
to give »).
Marilyn,
d'après son contrat, ne pouvait faire autrement que de tourner « Let's
make love » si la Fox signait avec Cukor.
A
la fin de l'été, tandis que la Fox négociait avec Cukor, Arthur Miller se
hâtait de terminer la seconde mouture de son scénario.
AOUT
Le
samedi 15 août :
les Miller assistent à une représentation de « Macbeth » à Boston (
).
SEPTEMBRE :
Le mardi 1er septembre : Marilyn fit une interview avec Lester Markel, le directeur du Sunday Times
Le mercredi 2 septembre : Miller envoya un télégramme à
John Huston, en Irlande, l'informant qu'il avait presque terminé son scénario
de « The misfits ».
Le mercredi 16 septembre : la Fox parvint à
un accord avec George Cukor.
Le jeudi 17 septembre : la Fox envoya une lettre à Marilyn, la
convoquant pour la pré production de « Let's make love » le lundi 2 novembre.
Elle
devait souscrire à ses obligations envers la Fox avant même de décider quoi que
ce soit vis-à-vis de « The misfits ».
Gregory
Peck devait être libéré pour le 1er février 1960; ce serait juste
mais elle devrait être dans les temps pour tourner « The misfits ».
Le samedi 19 septembre : Marilyn, à la demande de
Spyros Skouras, était à Los Angeles (
,
).
Miller
ne l'accompagnait pas. Il avait pensé que s'il l'accompagnait, cela ne ferait
que réveiller ses rancoeurs politiques.
Ce fut donc Frank Taylor (ami et éditeur de
Miller) qui accompagna Marilyn ce soir-là.
La
Fox organisa un banquet donné au Café de Paris en l’honneur de Nikita Khrouchtchev, premier secrétaire du Parti
Communiste soviétique, venu visiter les studios de la Fox (
;
).
Frank Sinatra fut le maître de cérémonie. Les invités furent, outre des directeurs de studio (Buddy Adler
) et des journalistes,
Elizabeth Taylor, Debbie Reynolds, Judy
Garland (
) et Kim Novak.
Marilyn arriva au bras de George Cukor, pour faire la promotion de leur prochain film, « Let's make love »
C’est
à cette occasion qu’elle revit Billy Wilder (avec qui elle n’avait plus eu de
contacts depuis le tournage de « Some like it hot » en 1958)
et que leurs relations se dégelèrent.
Le dimanche 20 septembre : Marilyn rencontra durant quatre
heures, Jerry Wald, producteur de son prochain film, et George Cukor.
Personne
ne se formalisa que Marilyn n'ait pas encore lu le scénario du film, d'autant
que Cukor avait demandé à ce qu'on remanie le scénario. Marilyn promit de
s'abstenir de jeter un œil au script tant que qu'il ne serait pas définitif.
Mais elle avait néanmoins quelques exigences.
Si
par contrat, elle n'avait pas son mot à dire concernant le choix du caméraman
pour ce film, elle fit clairement comprendre qu'elle avait une préférence pour
Harry Stradling qui avait travaillé avec Elia Kazan sur « A streetcar
named Desire ».
Danser
devant une caméra était certainement ce qui angoissait le plus Marilyn ;
elle fit donc appel à son vieil ami le chorégraphe Jack Cole, qui avait déjà travaillé
avec elle sur « There's
no business like show business » et « Gentlemen prefer
blondes ».
Elle
fut enchantée de tourner avec Gregory Peck et George Cukor.
Après
la réunion, elle repartit à New York (
,
,
,
,
).
Le lundi 21 septembre : Marilyn assista à la première du one man show d’Yves Montand,
« An evening with Yves Montand » au Henry Miller Theater à Broadway. Le
spectacle rencontra un grand succès.
Ce
soir là Marilyn était accompagnée de Montgomery Clift, Arthur Miller
travaillant aux dernières modifications de « The misfits » (
,
,
).
Mais
elle fut si enchantée du spectacle qu'elle y retourna, accompagnée de Miller et
de Norman et Hedda Rosten, le lendemain soir,
le mardi 22 septembre. Les deux couples allèrent en coulisses saluer et
rencontrer Yves Montand et son épouse, Simone Signoret.
Partageant
les mêmes idées politiques, ils se lièrent d’amitié.
Miller
avait rencontré Yves Montand et Simone Signoret en 1956 à Paris, pour mettre la
dernière touche à sa pièce « The crucible » jouée par le couple
Montand-Signoret, pendant deux ans.
De
plus, Miller comme Montand avait eu affaire à la Passport Division du
gouvernement américain.
En
1949
et 1957,
Montand avait été interdit d'entrée aux Etats-Unis et ses réservations avaient
été annulées. Cette fois, il avait été autorisé à entrer sur le territoire
américain car il avait vigoureusement nié son appartenance au Parti Communiste.
L'engagement
de Montand se prolongea et lorsque son bail au Henry Miller Theater se termina,
il alla jouer au Longacre.
Pendant
leur séjour, les Miller et les Montand se virent souvent.
Le jeudi 24 septembre : Miller expédia enfin la seconde version
du scénario de « The misfits », dont il comptait malgré tout
travailler encore la fin.
Le samedi 26 septembre : Huston renvoya un télégramme à Miller
: « Scénario superbe ».
Ce
soir là, ils assistèrent à la première du show de Judy Garland au Palace
Theater de New York.
Marilyn
tenta d"obtenir le rôle principal de « Breakfast at Tiffany’s »
(« Diamants sur canapé »), mais, si elle y parvenait, elle ne pourrait
probablement pas tourner « The misfits ».
Pour
le personnage central du roman « Petit déjeuner chez Tiffany », dont
était inspiré le film « Breakfast at Tiffany’s », l'auteur, Truman Capote,
s'était pas mal inspiré de Marilyn. A son arrivée à New York, Marilyn était une
jeune femme pleine de vie et d'espoir, certaine que l'avenir allait lui
sourire. En incarnant le personnage de Holly Golightly, elle pensait peut-être
revivre un peu ce temps d'une relative innocence.
En
même temps, elle paraissait vouloir entraver les projets cinématographiques
d'Arthur, faisant de son mieux pour les contrer, alors qu'il mettait tout en
œuvre pour les réaliser.
Elle
prépara deux scènes tirées de « Diamants sur canapé » pour le cours
particulier de Lee Strasberg et les joua devant Truman Capote, qui la jugea
parfaite pour le rôle.
Mais
la contre-publicité que lui avaient valu ses démêlés avec Billy Wilder lors du
tournage de « Some like it hot », l'avaient rendue persona non grata
chez Paramount.
Ce
fut finalement Audrey Hepburn qui fut choisie, malgré les objections de Truman
Capote.
Maintenant
qu'Arthur avait terminé son scénario, les Miller vivaient la plupart du temps à
New York. Le week-end, ils se rendaient dans le Connecticut.
Norman
Rosten, qui travaillait à l'adaptation de la pièce d'Arthur « A view from
the bridge » au cinéma, faisait de fréquents séjours chez eux, à Roxbury.
Mais
quand ils étaient à New York et que des disputes les opposaient, Marilyn allait
passer la nuit chez les Strasberg.
Lee
Strasberg avait lui aussi besoin d'être réconforté.
Strasberg
se vit refuser un poste de directeur au nouveau théâtre du Lincoln Center.
L'Actors
Studio était en négociation avec le Lincoln Square Project (comme on appelait
alors le Lincoln Center) depuis 1956.
Avec
Elia Kazan et Cheryl Crawford, Lee Strasberg proposait que le théâtre soit
intégré à un complexe culturel composé du Metropolitan Opera, du New York
Philarmonic et du New York City Ballet.
Il
était persuadé que l'Actors Studio serait la compagnie théâtrale en résidence
et s'estimait digne d'occuper un poste de leadership culturel.
Au
lieu de quoi, Robert Whitehead, recruté pour mettre le théâtre sur pied,
demanda à Kazan d'être son partenaire.
Robert
Whitehead qui avait co-produit « A view from the bridge » organisa
une rencontre entre Arthur Miller et Elia Kazan. Les deux hommes bavardèrent
avec plaisir. Ni l'un, ni l'autre n'évoquèrent la raison de la brouille qui les
séparait depuis
1952. Miller accepta d'écrire pour le nouveau théâtre, ce qui était
un argument de taille pour encourager Kazan à accepter le poste de directeur du
Lincoln Center.
Pour
Kazan, Arthur Miller était l'auteur dramatique dont il était le plus proche.
Aux yeux de Miller, Kazan était le metteur en scène idéal de la pièce autobiographique
à laquelle il travaillait.
OCTOBRE
Le mercredi 14 octobre : le chorégraphe Jack Cole arriva
au Dance Players Rehearsal Hall de New York.
La
Fox, dans son désir de satisfaire Marilyn, avait fait tout son possible pour
engager Jack Cole.
Etant
très demandé, il avait des engagements à la télévision et à Broadway, et ne
pouvait travailler sur le film que quelques semaines à la fois.
Gregory
Peck devant être disponible pour le 1er février 1960, Cukor devait
tourner avec un planning assez serré et Jerry Wald, le producteur du film,
jugeait préférable que Marilyn maîtrise ses numéros musicaux avant son arrivée
à Los Angeles.
Cole
n'ignorait pas que Marilyn n'était guère douée pour la danse. Il savait aussi
que c'était une perfectionniste. Il leur faudrait donc beaucoup de temps pour
mettre au point son premier numéro important.
Ce
jour là, Cole devait travailler le numéro de « My heart belongs to Daddy ».
Il avait l'intention de travailler le rythme musical avec le pianiste et le
bassiste avant l'arrivée de Marilyn. Mais ce jour là, elle ne se présenta pas.
La journée était fichue, ce qui contrariait considérablement Jack Cole, connu
pour avoir le verbe haut et le tempérament colérique.
Le reste de la semaine ne se passa guère mieux : il y eut des jours où Marilyn ne se présenta pas, d'autres où elle vint
(
,
,
) et d'autres où elle vint mais
ne fit rien.
Le lundi 19 octobre : avec tous ces retards, Jack Cole n'était
pas sûr de pouvoir présenter un seul numéro suffisamment au point pour être
filmé le 3
novembre. Il n'était même
plus sûr de vouloir participer au film. Il demanda à la Fox d'envoyer quelqu'un
sur le champ, pour régler les problèmes avec Marilyn.
Le mercredi 21 octobre : un communiqué officiel annonça
qu'Elia Kazan avait accepté un poste qui « l'associait au développement et
à la direction du théâtre du Lincoln Center ». Néanmoins, il ne fut pas
fait mention de ses retrouvailles avec Arthur Miller, ni des projets de ce
dernier.
Le samedi 24 octobre : George Cukor arriva à New York, dans
l'intention de parler à Marilyn et de faire des repérages pour trois jours de
tournage en extérieurs. Il logea au Plaza
Hotel.
Marilyn
se plaignit amèrement du scénario, et il fut clair que le tournage devait être
repoussé jusqu'à ce que l'intrigue soit remaniée comme elle le souhaitait.
Miller
accepta de retravailler le scénario pendant deux semaines.
John
Huston lui avait dit qu'il comptait débuter le tournage de « The misfits »
en avril
1960 et que rien ne devait le forcer à repousser cette date. C'était
donc dans l'intérêt de Miller et de la Fox de tourner « Let's make love »
au plus vite.
Miller
rencontra Cukor et Jerry Wald et l'on prépara une lettre d'accord. Moyennant 15
000$, Arthur s'engageait à étoffer le rôle de Marilyn, mais il tenait à ce
qu'il n'en soit fait mention nulle part : son travail devait rester secret. Si
son nom apparaissait dans le film de Cukor, on ne pourrait en effet considérer « The
misfits » comme ses débuts de scénariste, ni comme sa première œuvre
spécialement écrite pour Marilyn.
Son
contrat spécifiait qu'il devait rendre son travail sur « Let's make love »
le 14
novembre au plus tard.
Le samedi 31 octobre : Huston envoya un télégramme à Miller
pour l'informer que Clark Gable était d'accord pour tourner « The misfits »,
mais qu'il ne s'engagerait pas avant d'en avoir parlé avec son agent à Los
Angeles, George Chasin de la MCA (le
même que celui de Marilyn).
NOVEMBRE:
Le
lundi 2 novembre :
Arthur
Miller et Marilyn quittèrent New York pour Los Angeles (
,
,
;
,
).
Le lundi 9 novembre : début du
tournage de « Let's make love » à Los Angeles.
Le tournage débuta par les numéros musicaux de
Marilyn (
,
,
,
,
,
,
).
Gregory Peck n'était donc pas présent sur le
plateau.
Arthur avait bien avancé dans ses remaniements du
script.
Le vendredi 13 novembre : Arthur
Miller transmit le scénario remanié de « Let's make love » à Jerry
Wald qui le retransmit à Gregory Peck. Mais celui-ci, constatant que le rôle de
Marilyn avait été considérablement étoffé au détriment du sien, demanda à ce
que l'on rompe son contrat.
Il proposa de restituer l'avance des 100 000$ qui
lui avait été versée si la production lui rendait sa liberté. Buddy Adler
(producteur de la Fox) accepta à contrecœur, tandis que les responsables du
casting se lancèrent dans la quête frénétique d'un remplaçant. Les noms de
Charlton Heston, James Stewart, Kirk Douglas, Cary Grant, Peter Lawford, Tony Curtis et
Rock Hudson furent avancés mais rien n'aboutit. Pendant un certain temps, on
crut devoir repousser le tournage de « The misfits » en avril.
Miller
proposa Yves Montand pour remplacer Gregory Peck au côté de Marilyn dans
« Let's make love » ; la Fox, pas très enthousiaste, accepta
néanmoins.
Montand
avait fait un triomphe avec son one man show, et se trouvait à cette période à
San Francisco.
Le
couple Montand-Signoret comptait regagner la France pour Noël, avant la tournée
au Japon de Montand. La Fox leur envoya d'urgence un exemplaire du scénario à
San Francisco.
Marilyn
fit de nombreux allers-retours entre New York et Hollywood pour les essayages
des costumes, les tests pour la couleur, les rencontres avec George Cukor et le
travail avec Paula Strasberg,
qui fut engagée dans l’équipe, comme d’habitude.
Il
y eut aussi les répétitions et les pré-enregistrements de plusieurs chansons.
C’est
à cette époque qu’elle fit appel au « masseur des stars », l’acteur Ralph Roberts.
Il
était très estimé par ses collègues pour sa grande connaissance de la
physiothérapie et des problèmes musculaires
particuliers aux comédiens et aux danseurs. Marilyn l'avait rencontré en 1955
chez Lee Strasberg, alors que Roberts était à la fois leur ami et disciple.
Marilyn
avait apprit qu’il avait beaucoup aidé Judy Garland lors d’un tournage. Elle fit
donc appel à lui et à partir de ce
moment, il allait devenir un de ses amis intimes.
La
Fox avait à peine mis la main sur Montand pour « Let's make love »,
que Clark Gable fit faux bond pour « The
misfits ».
De retour à Los Angeles, Gable avait changé d'avis. Il
considérait que le scénario ne tenait pas debout.
John
Huston, le réalisateur, pressa Miller d'aller lui parler; Gable et Miller
s'étaient rencontrés chez le producteur et agent Charles Feldman en 1951.
Miller
persuada Gable, qui relut le scénario et accepta enfin de jouer le rôle
proposé. Peut-être que le salaire de base proposé (750 000$) y était-il aussi
pour quelque chose.
Miller
songeait aussi à engager Montgomery Clift. Il appela Elia Kazan qui tournait
avec l'acteur, pour savoir quand celui-ci aurait terminé le tournage de « Wild
river ». Kazan pensait que Montgomery Clift serait libre au début janvier.
Le
dimanche 15 novembre, essayage des costumes de « Let’s make
love » (
).
Le
vendredi 20 novembre, essayage des costumes
de « Let’s make love » (
,
,
).
DECEMBRE :
Marilyn
fit une séance photos avec Philip Halsman (
,
,
).
Depuis
le début du tournage de « Let's make love » le 9 novembre et jusqu'au 4 décembre,
les retards de Marilyn, enregistrés à l'entrée du studio coûtèrent à Cukor plus
de vingt-sept heures de répétitions, soit environ trois jours et demi.
Le vendredi 4 décembre : Miller proposa le rôle à
Montgomery Clift pour « The
misfits », qui accepta : la distribution du film était complète.
La
date de début du tournage est fixée au 24
mars 1960.
John
Huston arriva à Los Angeles. Il approuva le casting mais souhaitait raccourcir
le scénario. United Artists ne distribuerait pas le film qui dépasserait les 2
heures 30. En revanche, pour Miller, la longueur était un atout. Mais à
l'évidence, Huston avait une vision beaucoup plus réaliste de l'œuvre de
Miller.
Lorsque
Huston quitta les Etats-Unis pour passer Noël à St Cleran, son manoir de Galway
en Irlande, rien n'était décidé. Il invita Marilyn et Miller à le rejoindre.
Dans la semaine du 7 décembre,
Marilyn fit attendre Cukor sur le tournage de « Let's make love »
pendant plus de douze heures et presque dix heures au début de la semaine
suivante.
Le mardi 15 décembre : nouveaux essayages de costumes (
,
,
).
Le jeudi 17 décembre : elle visionna les essais, en compagnie
de Buddy Adler (producteur à la Fox), George Cukor (le réalisateur), Jerry Wald
(le producteur du film) et plusieurs responsables du studio.
Mais
les essais couleur furent désastreux : Marilyn avait visiblement perdu de sa
magie devant la caméra. Elle avait un maquillage et une coiffure peu seyants,
et sa robe bleue ne la flattait pas. Elle ne ressemblait pas à l'image qu'on se
faisait d'elle, l'image d'une femme sortant de l'ordinaire.
Buddy
Adler conseilla à Jerry Wald et à Cukor de visionner une scène de « Bus
stop » et de « The
seven year itch », qui pour lui était un meilleur exemple de ce qu'il
souhaitait. Et surtout, n'importe quelle bobine de « Some like it hot »
leur montrerait Marilyn « telle qu'elle devait être ».
Le vendredi 18 décembre : Marilyn se fit porter malade.
Idem les lundi 21, mardi 22 et aussi le jeudi
24, veille de Noël. Ce qu'elle pensait de ses essais était
clair.
Pendant
ce temps, à la Fox, on avait de nouveau demandé à Arthur de renouveler le
scénario de « Let's make love ».
Le mercredi 23 décembre : Miller entama officiellement une
seconde série de révisions, qui lui fut payé 5 000$ de plus, et qu'il devait
rendre pour le 4
janvier 1960.
Cette
année-là elle reçut le trophée « Ducal,
actiz de cine » décerné par le
Chili (
).
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