1960
JANVIER :
Le mercredi 6 janvier : Marilyn se présenta aux répétitions de « Let's make love »
mais ne pût rester plus d'une demi-heure au studio.
Le vendredi 8 janvier : l'agent de Marilyn à la MCA, George Chasin, appela Lew Schreiber,
(un des directeurs de la Fox) pour lui
annoncer que Marilyn ne reprendrait le travail que dans dix jours. Il avait eu
une longue conversation avec elle et elle avait promis de se présenter à
l'heure et de travailler correctement.
En
démarrant le tournage le 18 janvier, on aurait terminé le tournage le 25 mars, si tout allait bien. Autrement dit,
Marilyn passerait directement du tournage de « Let's make love » à
celui de « The misfits ».
Dans
son état actuel on avait du mal à l'imaginer, mais techniquement c'était
possible.
Miller
quant à lui, était impatient d'aboutir sur son projet.
Le
studio lui demanda une nouvelle série de révisions du scénario de « Let’s
make love », moyennant 7 000$ de plus.
En
même temps, il était censé raccourcir le scénario de « The misfits ».
Le lundi 11 janvier : John Huston informa Frank Taylor, ami et éditeur de Miller, chargé de la production de « The misfits »
(
), qu'il essayait de
pratiquer des coupures du scénario de son côté, espérant qu'en unissant leurs
efforts, ils arriveraient à réduire la longueur du scénario.
John
Huston était immobilisé suite à un accident de cheval, au cours duquel il s'était
blessé au genou. Proposant de joindre l'utile à l'agréable, Huston invita
Miller et Frank Taylor à le rejoindre en Irlande. Miller réserva son billet d'avion pour le 3 ou 4 février.
Le samedi 16 janvier :
Conférence
de presse organisée par la Fox pour présenter « Let's make love »,
avec les acteurs principaux (
,
,,
,
,
), le réalisateur George Cukor
(
), le producteur Buddy Adler (
), la journaliste Dorothy Kilgallen
(
,
) et l’animateur Milton Berle (
,
,
).
Le
tournage devait débuter le lundi suivant, 18 janvier.
Les
couples Montand et Miller quittèrent ensuite la réception (
,
) pour aller dîner
Le dimanche 17 janvier : à 17 heures, le studio fut avisé
qu'elle ne se présenterait pas le lendemain.
Yves Montand et Simone Signoret logeaient au bungalow n° 22 du Beverly Hills Hotel ; celui de Marilyn et Miller était le n° 21
Après
les tensions de l’année passée, Marilyn et Arthur semblaient avoir conclu une
trêve ; ils espéraient que « The misfits » (véritable gage
d’amour de la part de Miller) allait rétablir l’harmonie dans leur vie
conjugale.
Miller
connaissait Montand depuis 1956, et les deux couples avaient passé de
nombreuses et agréables soirées ensemble en septembre 1959, lorsque Montand
triomphait à Broadway.
Ils
dînaient maintenant tous les soirs ensembles au restaurant, d’un plat de spaghettis
(
) ou d’un ragoût d’agneau, après les répétitions (
,
,
,
,
,
,
).
Tandis
qu’Yves Montand se perfectionnait en
anglais et essayait de comprendre un scénario mal structuré et sans humour,
Simone Signoret, qui était entre deux tournages, faisait du shopping et flânait
dans Beverly Hills.
Elle
aidait également son mari à répéter son texte, Montand redoutant plus que tout
de devoir s'exprimer en anglais.
Le lundi 18 janvier : début du tournage de « Let's make
love ». En raison de l'absence de Marilyn, Cukor tourna une scène qui ne
nécessitait pas sa présence.
Elle
se fit porter malade jour après jour. Montand, qui devait changer de texte à la
dernière minute, craqua le jeudi 21 janvier.
Le vendredi 22 janvier : Miller informa John Huston qu'il
repoussait son départ pour l'Irlande.
Depuis
New York, la psychanalyste de Marilyn, le Dr Marianne Kris, lui recommanda
un de ses collègues à Los Angeles, le Dr Ralph Greenson (
).
Marianne
Kris appela Greenson en lui demandant de prendre Marilyn en charge pour
quelques séances car elle se trouvait dans un état grave de tension et
d’angoisse.
Le
Dr Greenson appartenait lui aussi à l'entourage d'Anna Freud. Il était professeur de
psychiatrie à la Medical School de l'UCLA (University of California, Los
Angeles), doyen de l'école de formation du Los Angeles Institute for
psychoanalysis et membre du Conseil médical de la Reiss-Davis Clinic.
Il
comptait parmi ses patients d’autres acteurs dont Peter Lorre, Frank Sinatra et Vivien Leigh.
Il
rendit visite à Marilyn dans son bungalow du Beverly Hills Hotel et commença
par lui réduire les doses de médicaments, lui demandant de ne plus réclamer
d'ordonnances à divers médecins, comme elle le faisait depuis longtemps.
.Il
exigea qu’elle ne soit soignée que par lui et par le Dr Hyman Engelberg, praticien
de médecine générale de Beverly Hills.
Le lundi 25 janvier : Marilyn se présenta sur le plateau 14 et tourna une partie de la scène « My heart belongs to Daddy »
Le mardi 26 janvier : elle fut de nouveau sur le plateau et
travailla de nouveau seule (
,
;
,
,
).
Le mercredi 27 janvier : elle devait tourner sa première scène
avec Yves Montand. Elle fut présente sur le plateau dès 7 heures du matin, mais
vers 9 heures, quand elle arriva maquillée, elle annonça qu'elle devait rentrer
sur le champ.
Entre
temps, la MCA avait informé la Fox que Marilyn devait commencer le tournage de « The
misfits » entre le 1er et le 14 avril.
Paula Strasberg était toujours
avec Marilyn et touchait 2000$ par semaine (
,
) ; mais
pendant le tournage, Marilyn se tourna plus facilement vers Montand (qui
voulait améliorer son anglais) que vers Paula.
C’était
son ami Allan Whitey Snyder qui
la maquillait (
) sur le
tournage et Agnes Flanagan
qui la coiffa
Le vendredi 29 janvier : Marilyn fut à nouveau au studio, à 10 heures du matin et s'apprêtait à jouer avec Montand
Malgré
les retards répétés de Marilyn, le film avançait.
Arthur
s'échappa un court moment à New York pour travailler tranquillement aux
coupures de « The misfits ».
Clark
Gable signa son contrat pour le tournage de « The misfits » pour la
somme de 750 000 $ plus un pourcentage sur les recettes du film.
Durant
le tournage, son ami et journaliste Sidney
Skolsky lui rendit visite (
),
ainsi que la journaliste Louella
Parsons
Marilyn
reçut une invitation (
) au
30ème gala de l'Union des artistes français du 4 mars 1960, signé par la
présidente du gala, Joséphine Baker. Mais étant en plein tournage de
« Let’s make love », Marilyn ne pût y participer.
FEVRIER:
Le jeudi 4 février : Miller était de retour à Los Angeles.
Marilyn se montra assidue au travail.
La
Fox estimait que Cukor aurait fini le tournage pour le 6 avril. Compte tenu de la
post-production, il faudrait repousser la date du tournage de « The
misfits ».
Le mercredi 10 février : Miller partit en Irlande
rejoindre John Huston (
), pour
retravailler sur le scénario de « The misfits ».
Ce
jour là, Marilyn était absente du studio : il fut évident que cet arrêt de travail
était lié au départ d'Arthur.
Le jeudi 11 février : Marilyn se présenta au studio, mais on
la renvoya vite chez elle, car visiblement, elle n'était pas en état de
tourner.
L'avocat
de la Fox répondit au courrier de MCA (agence représentant Marilyn) qui
informait le studio que Marilyn devait être libre le 1er avril pour
enchaîner sur le tournage de « The misfits ».
La
Fox indiqua qu'elle avait besoin d'un délai supplémentaire pour terminer « Let's
make love ». L'avocat de la Fox joignit un décompte quotidien du temps que
Marilyn avait fait perdre à la production, ajoutant qu'il ne pouvait estimer
précisément le temps nécessaire pour que tout soit terminé.
La
période qui suivit fut pour Marilyn une alternance de travail à mi-temps et
d'absence pour maladie.
Le jeudi 18 février : elle aggrava son cas en omettant
d'appeler pour prévenir de son absence.
La
Fox eut beau appeler à plusieurs reprises son bungalow, Marilyn ne répondit
pas. A la réception de l'hôtel, on les informa qu'elle avait passé un appel à
l'extérieur, ce qui au moins, prouvait qu'elle était vivante.
Au
Beverly Hills Hotel, Montand, furieux, envoya Simone Signoret pour voir ce
qu'il se passait. Elle frappa à la porte de Marilyn, mais n'obtint pas de
réponse.
Un
peu plus tard, Montand lui glissa un mot sous sa porte :
« Tu
peux faire ce que tu veux à Spyros
Skouras, à la Fox, à tous les producteurs de cette ville si tu leur en
veux. Mais quand tu traînes le soir, en écoutant ce que te raconte ma femme au
lieu de te coucher, parce que tu as décidé de ne pas te lever le lendemain pour
aller au studio, préviens moi ! Ne me laisse pas travailler des heures
durant, une scène que tu as décidé de ne pas tourner le lendemain. Je ne suis
pas ton ennemi, mais ton camarade. Et les petites filles capricieuses ne m'ont
jamais amusé ».
Le
soir, à la demande de Marilyn, Arthur Miller les appela depuis l'Irlande :
Marilyn s'en voulait beaucoup et souhaitait que Montand et Simone Signoret lui
rendent visite. Quand ils le firent, elle les accueillit en larmes, implorant
leur pardon.
Miller
travailla encore une semaine en Irlande avec John Huston sur le scénario de « The
misfits ».
Le lundi 22 février : Marilyn se présenta sur le plateau à 10
heures 30.
Les
nominations pour les Oscars avaient été annoncées, par l'Academy Award : Billy Wilder était nommé en tant
que réalisateur de « Some
like it hot ». Avec I.A.L.Diamond, il était aussi nommé en tant que
scénariste. Jack Lemmon était nommé pour l'Oscar du meilleur acteur. « Some
like it hot » avait encore d'autres nominations, pour la photographie, la
direction artistique, les décors et les costumes.
Marilyn
n'était pas nommée pour l'Oscar de la meilleure actrice, ce qui, aux yeux de
beaucoup, était une injustice.
En
revanche, Simone Signoret, elle, était
nommée pour son rôle dans « Room at the top ».
Apparemment,
Marilyn prit plutôt bien cet affront.
Elle
vint consciencieusement travailler chaque jour et visionna les rushes avec
intérêt.
Ce
lundi, Cukor était en retard de sept jours sur son planning.
Le vendredi 26 février : le retard du tournage atteignit
dix jours. La Fox souhaitait que Cukor accélère le tournage.
Le samedi 27 février : Arthur Miller rentra d'Irlande.
MARS :
Le vendredi 4 mars : dernières prises de « Let's make
love », mais le tournage fut arrêté pour cause de grève des acteurs et
auteurs, qui réclamaient leurs arriérés de salaires.
L’association
des écrivains manifesta sa solidarité, mais Miller, trop occupé à la révision
du scénario de «The misfits » ne pût y prendre part.
Le lundi 7 mars : le Syndicat des acteurs s’unit au
Syndicat des auteurs, déjà en grève contre les producteurs et les studios,
bloquant ainsi toute la production à Hollywood. L’enjeu, pour les syndicats,
était le paiement d’un supplément de salaire aux acteurs et aux écrivains dont
les films passaient à la télévision, rapportant ainsi d’énormes bénéfices aux
studios.
Il
fut donc impossible de trouver un scénariste ou un auteur dramatique prêt à
désavouer la grève pour travailler sur les séquences problématiques de
« Let's make love ».
La
production du film fut donc officiellement suspendue jusqu'à la fin de la
grève.
Jerry Wald, le producteur du film,
avait espéré voir le film enfin terminé pour le 13 avril, mais si le mouvement
se poursuivait, personne ne pouvait prévoir jusqu'où tout cela allait mener.
Yves
Montand tenait à tout prix à honorer ses engagements au Japon, où il devait
entamer une tournée à partir du mois de mai.
Miller
avait besoin que Marilyn termine le film pour attaquer le tournage de « The
misfits ».
Cukor
était épouvantablement en stressé car il n'avait tourné que 74 pages d'un
scénario qui en comportait 150.
Le mardi 8 mars : Marilyn fut nominée (
) et reçut le Golden Globe Award de « La meilleure interprète de
comédie en 1959 » (
) pour « Some like it hot », décerné par la
Foreign Press Association (association de la presse étrangère).
La
cérémonie eut lieu au Cocoanut Grove de l’Ambassador Hotel de Los
Angeles (
,
,
,
,
,
,
,
).
Son
amie et actrice Shelley Winters
était présente à cette soirée (
,
,
).
Marilyn
en éprouva une certaine satisfaction mais ne reprit pas confiance en elle pour
autant.
Les
Montand restèrent à Los Angeles, et les Miller décidèrent de retourner à New
York, en attendant la fin de la grève. A Hollywood, Marilyn voyait régulièrement
le Dr Greenson, et à New York, elle pourrait reprendre ses séances avec le Dr
Marianne Kris.
Arthur
devait quant à lui terminer la troisième version de « The misfits »,
qu'il fallait encore soumettre à United Artists pour approbation finale.
A
Los Angeles, le couple Montand-Signoret passa de nombreuses soirées chez le
producteur et agent Charles
Feldman. Durant la grève, la Fox leur payait leurs frais.
Marilyn
accepta le poste (essentiellement honorifique) de suppléante du parti démocrate
de la cinquième circonscription du Connecticut pendant la campagne
présidentielle de John Fitzgerald
Kennedy.
Quand
elle revint à Hollywood, elle était la première sur la liste des célébrités
appelant à la candidature de John Kennedy.
Ce comité de soutien avait été
organisé par Frank Sinatra, avec l’aide de Pat Newcomb.
Miller
avait pratiquement terminé le travail qu'il était parti effectuer à New York,
et Frank Taylor (chargé de la production du film) informa John Huston que le
scénario était désormais réduit à 2 heures 20. C'était encore un peu long, mais
Miller comptait couper encore dans le dernier tiers. La fin lui donnait
toujours du fil à retordre.
Enfin,
le scénario fut prêt à partir chez United Artists. Si tout se passait bien,
Huston envisageait de débuter le tournage le 13 juin.
Avec
Frank Taylor et Steven Grimes, son directeur artistique, Miller partit au Nevada pour visiter Reno et les endroits où ils comptaient
tourner « The misfits ».
AVRIL:
Le lundi 4 avril : lors de la 32ème
nuit des Oscars au Pantages Theater,
Simone Signoret reçut l’Oscar de la meilleure actrice, devant Elizabeth Taylor,
Katharine Hepburn, Audrey Hepburn et Doris Day, pour son rôle d'Alice
Aisgill dans « Room at the top » (« Les chemins de la haute
ville »).
Au
cours de la cérémonie, Yves Montand chanta.
Le vendredi 8 avril : la grève des auteurs et acteurs
s'acheva, permettant ainsi de reprendre le
tournage de « Let's make love ».
Le samedi 9 avril : Simone Signoret regagna la France avant
de partir pour Rome, sur un nouveau tournage.
Le lundi 11 avril : Marilyn regagna Los Angeles avec Arthur
et le couple se réinstalla au Beverly Hills Hotel.
Durant
son séjour, elle eut des soins capillaires par le salon Elizabeth Arden (
,
).
Le mardi 12 avril : Marilyn se présenta sur le plateau de « Let's
make love » (
).
Le mercredi 13 avril : elle fut présente sur le plateau, mais le
rythme du tournage se ralentit assez vite.
Yves
Montand essaya de repousser sa tournée prévue au Japon pour le mois de mai,
mais les organisateurs refusèrent.
Montand
s’aperçut assez vite qu’il devait servir de faire-valoir à Marilyn, mais la
satisfaction de faire ses débuts à Hollywood l’aida à surmonter sa déception.
En raison de son rôle ingrat, il se préoccupait d’autant plus du dialogue en
anglais, que Cukor dut entièrement réenregistrer. Il confiait chaque jour à
Marilyn sa crainte de mal jouer ou d’avoir une mauvaise diction. Il redoutait
de paraître aussi emprunté que son personnage, et ses aveux créèrent des liens
entre eux. Sans doute pour la première fois de sa carrière, Marilyn
entendait-elle quelqu’un exprimer des inquiétudes semblables aux siennes. Ils
discutaient ensemble de leurs angoisses à l’idée que des collègues se moquaient
d’eux ou les mépriseraient : tous deux s’étaient affirmés dans quelques
bons rôles et avaient épousé des artistes particulièrement renommés. Un
véritable lien les unissait sans aucun rapport avec une flambée de passion
juvénile.
Et
pourtant, tout le succès du film reposait sur les épaules de Marilyn. Elle
l’avait bien compris mais connaissait aussi ses limites. Anxieuse et craignant
toujours de ne pas être à la hauteur, elle était toujours en retard et souvent
absente lors des scènes musicales qui représentaient la moitié du temps de
tournage.
Ce
tournage difficile accroissait son sentiment d’insécurité, car elle ne trouvait
aucun appui dans la mise en scène relâchée de Cukor, ni dans l’attitude
condescendante de Miller.
Les
portes claquaient dans le bungalow des Miller : de toute évidence, le couple se
déchirait.
Le
tournage devint un véritable cauchemar : Miller ne pouvait guère travailler une
journée complète et Cukor ne disposait pas de plus de quatre heures par jour
pour filmer Marilyn.
Arthur
ne passa que quelques jours à Los Angeles. Il régla un certain nombre de
détails à propos de « The misfits », puis regagna New York pour finir
son scénario.
Marilyn
arriva à faire le moins possible étalage de ses chagrins. Elle se lia d’amitié
avec Evelyn Moriarty, une
jeune femme qui était sa doublure ; celle-ci devait tourner les scènes
avant l’arrivée de Marilyn, en la remplaçant pour les essais d’éclairage et en
répétant avec les autres acteurs.
Au cours du tournage, Marilyn fit un don de 1 000$ pour financer les obsèques de la femme d’un membre de l’équipe technique. Le photographe Jack Cardiff, rencontré en Angleterre lors du tournage de « The prince and the showgirl » vint lui rendre visite
Le samedi 16 avril, elle assista en compagnie d’Yves Montand
à la revue de Joséphine Baker au Hartford Theater d’Hollywood (
,
).
Fin avril : Marilyn rentra du studio avec un
rhume et une légère fièvre. Montand alla dans son bungalow lui proposer une
boisson ou un repas léger. C’est à ce moment là que débuta leur liaison qui
arrivera à son terme à la fin juin.
La
presse l’apprit par les moyens habituels : des journalistes rôdaient dans
les buissons du Beverly Hills Hotel et soudoyaient sans vergogne les femmes de
chambres afin d’obtenir des révélations sur les faits et gestes des amants.
Marilyn
appréciait la compagnie de Montand et son ardeur, mais elle lui était surtout
reconnaissante de sa chaleureuse attention. Réaliste, elle n’en attendait rien
de plus.
Arthur
Miller, toujours à New York, ne se doutait de rien. Il voyait que Marilyn
semblait dans une forme éblouissante, mais ne cherchait pas à comprendre
pourquoi, alors qu'auparavant sa femme arrivait à peine à se traîner sur le
plateau. Dans son aveuglement, ce ne fut pas Montand qu'il crédita de cette
évolution positive, mais Cukor.
Le samedi 30 avril : Miller écrivit à Cukor pour le remercier
de tout ce qu'il avait fait pour Marilyn. Jamais Marilyn n'avait été aussi
heureuse dans son travail. Elle était pleine d'espoir et ce grâce à la patience
et au talent du réalisateur.
Maintenant,
écrivait-il, Cukor comprenait certainement pourquoi Marilyn lui était si
précieuse; il ajoutait qu'il avait encore du travail à finir sur la côte est,
mais qu'il ne pourrait pas rester célibataire très longtemps. L'ironie de la
situation n'échappa sans doute pas à Cukor, l'une des premières personnes à être
au courant de la liaison entre Marilyn et Montand.
Elle
continua à voir le Dr Greenson.
MAI:
Début du mois : Arthur Miller arriva à Los Angeles. Il fut sans doute le dernier à connaître son infortune.
Et même lorsqu'il
découvrit la liaison de sa femme avec Montand, il dissimula sa colère et
continua à faire avancer ses projets (
,
).
Il
repartit à New York. Pendant ce temps, Marilyn s'affichait partout avec
Montand.
Cheryl
Crawford (co-fondatrice de l'Actors
Studio) souhaitait voir Montand jouer dans une comédie musicale à Broadway;
elle emmena Marilyn et Montand à une réception chez David Selznick (producteur
indépendant), à laquelle assistaient une quarantaine de personnes.
La
soirée fut un désastre : à Hollywood, tout le monde avait apprécié Simone
Signoret; en la trahissant, Montand voyait sa propre côte de popularité
baisser.
JUIN :
Le mercredi 1er juin : Marilyn apprécia que l’équipe du
film célèbre son trente-quatrième anniversaire (
,
,
,
,
).
Le
soir, Rupert Allan, son attaché
de presse, donna en son honneur un dîner chez lui, à Seabright Place, sur les
hauteurs de Beverly Hills. Elle discuta longuement du théâtre américain avec l'écrivain
Tennessee Williams.
Mi-juin : les chroniqueurs firent courir le bruit de
divorce et de remariage entre Marilyn et Montand.
Le
mardi 14 juin,
elle reçut une lettre de remerciement
du journaliste Sammy Cahn (
), la remerciant de l’avoir invité à sa fête
d’anniversaire du 1er juin.
Le jeudi 16 juin : Marilyn et Montand tournèrent leur
dernière scène ensemble.
Le vendredi 17 juin : Montand joua sans Marilyn : il effectua
la post-synchronisation.
Le lundi 20 juin : Marilyn tourna sa dernière séquence de « Let's
make love ». Le film avait vingt-huit jours de retard.
Buddy
Adler (producteur à la Fox) avait beau être atterré par l'aspect physique de
Marilyn, il avait été décidé de ne pas refaire les prises, ce qui était
révélateur de l'opinion négative de la Fox sur ce film et de la hâte que chacun
avait de le voir se terminer.
Marilyn
n'avait plus que deux ou trois jours de post-synchronisation à faire.
Le
film devait beaucoup aux efforts de Marilyn, mais elle ne l’avait pas
totalement sauvé ; il en résulta un profond ennui. On avait du mal à
comprendre ce que disait Montand et Marilyn n'était pas vraiment à son
avantage.
Seule
la manière dont elle avait chanté « My heart belongs to Daddy » lui
valut un triomphe.
John
Huston arriva à New York; il rencontra Miller à plusieurs reprises et dût
partir le 24
ou 25 juin pour Reno (Nevada) afin d'inspecter les extérieurs. Il
souhaitait entamer le tournage de « The misfits » le 18 juillet.
Le mardi 21 juin : Marilyn eut une laryngite et ne pût donc
effectuer la post-synchronisation. Mais on la vit, avec Yves Montand à la
première du film de Billy Wilder, « The apartment » (« La
garçonnière ») (
,
) puis à la fête qui suivit chez Romanoff’s.
Le mercredi 22 juin : elle ne se montra pas au studio et
refusa de répondre au téléphone.
Le jeudi 23 juin : les responsables de la Fox se retrouvant
à nouveau dans l'incapacité de la joindre
lui envoyèrent un télégramme au Beverly Hills Hotel, la suppliant de se
présenter sur le plateau avant qu'elle ne quitte Los Angeles.
Miller,
toujours à New York, demanda à l'agent de Marilyn, George Chasin, de la MCA, d'obtenir de la Fox, que Marilyn
effectue le doublage du film à New York.
Le vendredi 24 juin : elle arriva au studio et visionna le
film en compagnie de Montand. Lorsqu'elle quitta la salle de projection, elle
déclara qu'elle allait peut-être rester quelques jours de plus à Los Angeles
pour se reposer. Elle pensait venir faire la post-synchronisation le jeudi 30
juin.
Le jeudi 30 juin : Marilyn arriva à New York.
Elle
devait essayer les costumes de « The misfits », la production devant
commencer en juillet.
Montand
resta à Hollywood pour négocier ses contrats.
JUILLET :
La
Fox refusa que Marilyn effectue la post-synchronisation de « Let's make
love » à New York. Arthur Miller proposa à Marilyn qu'elle s'arrête à Los
Angeles (le 14
juillet), sur son chemin pour aller au Nevada débuter le tournage de
« The misfits ». Pour la Fox, le 14 juillet serait trop tard, mais
Lew Schreiber (producteur à la Fox) finit par accepter, à contrecoeur.
Le vendredi
8 juillet :
essayage de costumes de « The misfits » (
,
,
,
;
,
).
Le dimanche 10 juillet : un dîner fut organisé à
l’hôtel Beverly Hilton de Los Angeles, la veille de l’ouverture de la
convention démocrate (
).
Le couvert était à 100$ ; il y avait de nombreux invités, dont Milton
Berle, Janet Leigh, Tony Curtis, Judy Garland et la « bande à Jack »,
les amis de John Kennedy. Jackie Kennedy, enceinte de six mois, n’y assista
pas.
Le lundi 11 juillet : Miller prévint la MCA que Marilyn était
à nouveau souffrante.
Entre le mardi 12 et le mercredi 20 juillet : John Kennedy
fit un discours au Coliseum de Los Angeles (« The new frontier »)
pour clôturer la convention des démocrates. Après son discours, un dîner fut
organisé chez Peter Lawford (beau-frère de John Kennedy) dans sa maison du bord
de mer à Santa Monica. Marilyn assista à la soirée, accompagnée par Sammy Davis
Jr.
Le lundi 18 juillet :
Marilyn
fut de retour à Los Angeles, sur la route pour le Nevada (
).
Arthur
était déjà à Reno (Nevada), le tournage devant commencer ce jour là.
L'arrivée
de Marilyn à Reno était prévue pour le mercredi 20 juillet.
D'un
commun accord, Miller et Huston décidèrent d'écarter du plateau Paula
Strasberg, qui devait assister au tournage.
A
Los Angeles, Marilyn eut une séance avec le Dr Greenson et vit également le Dr
Engelberg.
Le mercredi 20 juillet : elle arriva à Reno (Nevada)
à 14 heures 45 dans un DC-7, pour
débuter le tournage des extérieurs de « The misfits ». Arthur Miller
l'attendait à l'aéroport.
Elle
était vêtue d'un chemisier de soie blanche et d'une jupe blanche dont la
fermeture éclair saillait dans le dos, et était coiffée d'une perruque blond
platine qu'elle avait l'intention de porter dans le film (
,
,
,
,
,
,
,
).
A
son arrivée elle souffrit de douleurs abdominales et de vomissements ;
elle était physiquement et moralement épuisée (elle n’avait eu que deux
semaines de repos entre le tournage de « Let's make love » et celui-ci).
Les
relations entre Marilyn et Miller avaient atteint leur point de rupture.
Dans
son autobiographie, Miller écrivit : « Dès le commencement de
« The misfits » il me fut impossible de nier que, s’il existait une
clé pour le désespoir de Marilyn, ce n’était pas moi qui la possédais ».
Les
Miller logèrent à l’hôtel Mapes,
chambre 614, où la moitié des chambres était occupée par l’équipe du film.
Le jeudi 21 juillet : premier jour du tournage ; la
scène fut tournée dans une chambre exiguë d’une pension de famille de Reno (et
correspondait à l’un des premières scènes du film) (
).
Les
premiers jours de tournage se déroulèrent tranquillement (
,
;
,
;
,
,
,
,
,
).
Le
dimanche 24 juillet, les Taylor organisèrent un dîner dans la maison
qu’ils louèrent dans les environs de Reno, pour le début du tournage, auquel
participaient Marilyn et Arthur Miller (
,
,
), ainsi que l’ensemble de
l’équipe et des acteurs (
,
,
,
).
Au
début du tournage, le scénario n’était pas achevé malgré trois ans de travail,
plusieurs ébauches successives et un projet détaillé.
Le
film reposait sur l’expérience de Miller lorsqu’il était venu au Nevada,
remplir son obligation de résidence, en vue de son divorce avec sa première
épouse, en 1956.
Pendant cette période il avait rencontré une bande de cow-boys qui capturaient
des mustangs (chevaux sauvages).
Chaque
matin, John Huston et ses collaborateurs visionnaient les rushes du film au
Crest Theater, une salle située à deux blocs du Mapes Hotel. Les bobines
étaient développées dans un laboratoire d’Hollywood et expédiées ensuite sur le
tournage.
Le
scénario forgé page par page par Miller et Huston regorgeait de longues tirades
sur les excès de l’individualisme, le manque d’intimité et de communication
dans le monde moderne, le déclin de l’Occident et la nature de la l’âme américaine.
Mais le scénario des « Misfits » manquait surtout d’action.
De
plus, lorsque Miller avait commencé à écrire les « misfits », il
était un homme amoureux : il s'était senti ému par les rapports de sa
femme avec la nature, par son amour des enfants et des animaux, son goût pour
les fleurs et le jardinage, enfin par sa sensibilité face à la vie qu’elle
incarnait dans la plénitude. Mais en 1960, son point de vue avait changé du tout au
tout. Le film lui apparaissait maintenant comme un sujet en noir et blanc, qui
reflétait pleinement son amertume et sa déception.
Toute la « famille » de Marilyn était présente : son coach Paula Strasberg, son masseur Ralph Roberts
(
;
,
,
), sa secrétaire May Reis (
,
), son maquilleur personnel
Allan Snyder (
,
,
,
,
), sa coiffeuse Agnes Flanagan
(
,
,
,
,
), sa doublure Evelyn
Moriarty (
), un expert en
maquillage corporel Bunny Gardel (
,
), son habilleuse Sherlee Strahm et son
chauffeur Rudy Kautzky (de la Carey Limousine Company).
Le
tournage fut très éprouvant (six heures de prises sous un soleil accablant) et
devint insupportable avec la tension régnante entre Marilyn et Miller, chacun
ayant son propre camp ; Frank Taylor (éditeur et ami de Miller), Huston et
Miller mettaient une stratégie au point pour éloigner Paula Strasberg du
tournage.
Quand
Marilyn s’en rendit compte, elle appela Lee Strasberg qui arriva sur le
champ.
Sous
la menace de Lee Strasberg, le clan Miller (Angela Allen (la script de Huston (
,
)), Eli Wallach (
) et Doc Erickson, le
directeur de production) mit de l’eau dans son vin ; le clan de Marilyn
(Ralph Roberts (qui jouait le rôle de conducteur d’ambulance dans le film),
Paula Strasberg, Agnès Flanagan, May Reis, Whitey Snyder, Montgomery Clift et
Frank LaRue son compagnon) firent sauter le champagne.
Seuls
Clark Gable et John Huston tentèrent de ne prendre parti pour aucun des clans.
Miller
critiqua le comportement de Strasberg sur le tournage ; bien que Marilyn
dépendait complètement de Strasberg pour réunir toute la confiance en elle dont
elle avait besoin, Lee Strasberg ne venait assister aux extérieurs du tournage
que lorsque les choses menaçaient de se détériorer complètement.
L’atmosphère
était empreinte de l’hostilité de Marilyn envers Miller, des disputes entre
Paula Strasberg et John Huston, et d’un certain
nombre d’autres manifestations de colère.
Marilyn
et Miller se disputèrent en public et en privé pendant la première moitié du
tournage (
,
,
). Marilyn lui reprochait
d’avoir exigé un salaire insuffisant (les Miller gagnaient 500 000$ à eux deux,
alors que Clark Gable touchait 750 000$).
Miller
récrivait sans cesse les dialogues et veillait tard la nuit ; le
lendemain, il revoyait le texte avec John Huston à l’hôtel ou sur le lieu du
tournage. Marilyn avait du mal à se souvenir des répliques et les modifications
continuelles rendaient les choses encore plus difficiles. Elle ne considérait
plus le film comme un cadeau.
Le
manque de ponctualité de Marilyn, ses maladies, son état vaseux dû aux prises
massives de barbituriques pour dormir, ses disputes avec Miller rendirent le
tournage long et pénible.
Au
fil du temps, elle arrivait de plus en plus en retard et quand elle arrivait
enfin, elle n’écoutait ni Huston, ni Miller, mais uniquement Paula Strasberg (
,
,
,
,
,
).
Le mercredi 27 juillet : John Huston et toute l'équipe du
tournage se rendirent au Styx ranch, à Quail Canyon, un site entouré de
collines couvertes d'armoise et de seigle sauvage, à quarante-cinq minutes en
voiture de Reno (
,
,
,
,
,
,
).
Les
cow-boys qui avaient servi de modèle à Miller pour sa nouvelle avaient vécu
dans ce ranch. Miller se rendit compte que pas mal de choses avaient changé
depuis sa venue et apporta des modifications au scénario.
Le samedi 30 juillet : Marilyn prévint qu'elle était souffrante
et ne tourna pas.
AOUT :
Le lundi 1er août : Marilyn ne se montra pas sur le plateau.
Le mercredi 10 août : le film n’avait que deux semaines
de retard.
Le samedi 13 août : Sinatra invita Marilyn, Miller et
les principaux acteurs de «The misfits» à la première de son spectacle au Cal Neva Lodge (
) près du lac Tahoe (
,
,
,
,
).
Sinatra
était en train d’acheter le Cal Neva Lodge avec Sam Giancana (patron de la Mafia)
et Milton Rudin (son avocat).
Le
directeur était Paul Skinny D’Amato, qui avait tenu, pour Giancana, le
« Thunderbird » à La Havane.
Marilyn
reçut régulièrement, par avion, des pilules prescrites par ses médecins de Los
Angeles.
Le
Dr Greenson lui avait prescrit 300mg de Nembutal chaque soir (la dose
habituellement prescrite était de 100mg pendant maximum quinze jours). La dépression de Marilyn s’aggrava, sa
confusion s’accrut ; elle s’exprima souvent de manière incohérente avait
une démarche mal assurée. La nuit elle était hantée par des cauchemars, son
humeur était incroyablement instable et il lui arrivait de piquer des crises de
nerfs ; mais elle continua à travailler tous les après-midi, malgré une
effroyable chaleur.
Le mardi 16 août : John Huston avait pris l’habitude
de jouer aux dés des nuits entières, perdant des sommes énormes et se mettant
au défi de les regagner (
,
,
,
,
).
Ce
soir là, il perdit 16 000$ aux dés. Le total de ses pertes s’élevait à
50 000$, bien plus que le crédit (pour le casino) accordé à l’ensemble de
l’équipe par la société de production. Le tournage avait imposé d’énormes frais,
et lorsque Max Youngstein, le vice-président de United Artists (la société qui
produisait le film) vint sur le plateau, il apparut clairement que Huston était
allé trop loin. Le casino du Mapes Hotel et le Harrah’s Club demandaient à être
remboursés.
Huston
devait donc trouver des fonds au plus vite. Sinon, la production risquait
d’être suspendue pour une durée indéterminée, les salaires hebdomadaires ne
pouvant plus être versés.
Le samedi 20 août : Marilyn prit l’avion pour Los Angeles, comme elle
avait coutume de le faire quand elle avait deux jours de repos. Au cours de ces
visites, elle consultait Greenson et Engelberg et obtenait des
prescriptions pour des médicaments.
Ce
week-end là, Marilyn acheta une robe pour la première de « Let's make
love » qui devait avoir lieu à Reno, le lendemain soir, au Crest Theater.
Elle passa la nuit au Beverly Hills Hotel et regagna le Nevada le dimanche
matin, avec Ralph Roberts et May Reis.
Le dimanche 21 août : la veille au soir, un incendie ravagea
les sierras et le dimanche, le feu détruisit les lignes électriques qui desservaient
Reno et plongea la ville dans l'obscurité.
La
première de « Let's make love » fut donc annulée.
Le lundi 22 août : Marilyn reprit le travail sur le
tournage (
,
,
,
,
,
;
,
;
,
). Apparemment soulagée par
ses deux nuits de sommeil paisible, elle était d’humeur à plaisanter avec ses
collègues.
Le mardi 23 août : elle travailla assidûment avec les
photographes, donnant ou refusant son accord à la publication de certains
clichés.
C’était
l’agence Magnum qui avait
obtenu l’exclusivité mondiale de faire des photos du tournage.
Tous
les quinze jours, deux nouveaux photographes arrivaient à Reno. Les premiers à
arriver furent Inge Morath (
,
,
,
,
,
) et Henri Cartier-Bresson (
,
,
).
Plusieurs
autres photographes de cette
agence se relayeront sur le tournage dont Eve Arnold (
,
,
,
), Elliott Erwitt (
,
), Bruce Davidson (
,
,
), Cornell Capa (
,
,
) et Ernst Haas (
,
).
Les mercredi 24, jeudi 25 et vendredi 26 août : Marilyn
apparut dans des séquences difficiles
(au rodéo au milieu de la foule et dans des scènes avec Gable) qui
demandèrent de nombreuses prises.
Le
tournage était très tendu et la situation se détériora rapidement.
Marilyn
avait maintenant une telle accoutumance aux barbituriques qu'elle pouvait
prendre jusqu'à vingt gélules de Nembutal par jour, qu'elle piquait avec une
épingle pour que la gélule fasse effet plus vite. Quand elle trouvait un
médecin compréhensif, elle se faisait faire des piqûres d'Amytal.
Clark
Gable supportait mal les longues heures d'attente qu'imposait Marilyn, d'autant
plus qu'il n'était pas lui-même en très bonne santé.
Quand
la semaine se termina, Huston désespérait de pouvoir continuer avec Marilyn. Le
médecin attaché au tournage refusait de lui donner d'autres médicaments, mais
Marilyn se les procurait ailleurs.
Le jeudi 25 août : Max Youngstein, producteur de
United Artists, annonça à John Huston que le compte en banque des
« Misfits » dans le Nevada était à sec. Huston n’avait pas trouvé
assez d’argent pour éponger ses dettes de jeu et le tournage allait
s’interrompre une semaine, jusqu’à ce que de nouveaux crédits soient votés par
United Artists à New York et à Los Angeles.
Il
obtint une avance de 25 000$ sur « Freud », ce qui lui permit
d'éponger ses dettes.
Huston
demanda que les acteurs ne soient pas prévenus immédiatement, à l’exception de
Miller et de Marilyn qui avaient investi dans la production. Il fit dire à
Marilyn de ne pas venir travailler le lendemain, sous le prétexte qu'elle avait
besoin de repos.
Le vendredi 26 août: Paula Strasberg trouva Marilyn sans
connaissance dans sa chambre de l’hôtel Mapes. Elle fut conduite à l’hôpital où
elle subit un lavage d’estomac puis fut transférée au Westside Hospital de Los
Angeles, le lendemain, le samedi 27 août.
A
l'hôpital elle fut prise en charge par les Dr Greenson et Engelberg qui
l’informèrent de l’interruption provisoire du film et lui conseillèrent une
semaine de repos. La compagnie d’assurances de United Artists prenait en charge
les frais de séjour dans une clinique privée.
John Huston et Frank Taylor accompagnèrent l’équipe du film qui rentra temporairement à Los Angeles
Le
lundi suivant, le 29 août,
après avoir reçu un appel de Marilyn qui se sentait un peu seule, Ralph Roberts
arriva à Los Angeles en voiture, avec Lee et Susan Strasberg (
). May Reis et Rupert Allan
étaient déjà à son chevet.
Les
Strasberg logèrent dans un autre hôtel que le Mapes. Ce n'était pas pour
Marilyn que Lee Strasberg était venu sur le tournage mais pour Paula. Il était
en effet indigné qu'on ne le prenne pas au sérieux, et furieux que John Huston
refuse de s'entretenir avec elle. Il avait l'intention de la ramener à New
York. Et tant pis si cela signifiait la fin du tournage, car certainement
Marilyn n'accepterait pas de tourner sans sa répétitrice. La menace resta
cependant lettre morte, compte tenu du salaire hebdomadaire de Paula (3 000$).
Le lundi 29 août, au matin, l'équipe du tournage fut
convoquée à une réunion au cours de laquelle le producteur (et ami de Miller) Frank
Taylor annonça que Marilyn était victime d’une dépression nerveuse et que le
tournage serait interrompu pendant une semaine. Miller, sans nouvelles de
Marilyn, était furieux de voir qu’elle servait de bouc émissaire aux problèmes
engendrés par la passion du jeu de John Huston.
Miller
arriva de suite à Los Angeles et la veilla jusqu’au 4 septembre.
Marlon Brando, Frank Sinatra et Joe DiMaggio lui rendirent visite.
Une
semaine après son hospitalisation, le Dr Greenson la déclara prête à reprendre
le travail. Une semaine sans barbituriques avait suffi, car si son comportement
était par certains aspects celui d'une toxicomane, elle ne manifestait pas les
symptômes du manque.
Avant
de repartir dans le Nevada, elle passa à San Francisco pour voir
DiMaggio et lui annonça qu’elle allait divorcer de Miller dès que le film
serait terminé.
Le mardi 30 août : Hedda
Hopper (journaliste spécialisée dans les ragots hollywoodiens) interviewa
Yves Montand, dans son bungalow du Beverly Hills Hotel.
SEPTEMBRE :
Le jeudi 1er septembre : parution de l'interview
d’Yves Montand par Hedda Hopper dans laquelle Montand considérait que
« Marilyn est une charmante enfant, une fille simple, sans
méchancetés », ce qui bouleversa Marilyn.
Le lundi 5 septembre : Marilyn repartit à Reno, avec
Arthur Miller (
,
,
,
,
,
,
). Frank et Nan Taylor vinrent
les accueillir (
).
Les
Miller logèrent au Holiday Hotel
à Reno, suites 846 et 850.
Le mardi 6 septembre : de retour sur le tournage, Marilyn se
remit à travailler.
Elle
restera au Nevada jusqu’au 18 octobre, pour terminer les extérieurs.
Le jeudi 8 septembre : sortie de « Let's make love » (
;
,
,
,,
). Le film fut un fiasco : les
critiques furent très dures, le public bouda le film et à Hollywood, le bruit
couru que Marilyn était désormais sur le déclin.
Le vendredi 23 septembre : tournage d'une scène avec Marilyn
et Montgomery Clift, qui se montrèrent brillants (
,
).
Huston,
ravi, déclara que Marilyn avait accompli là sa meilleure performance du film.
Il
lui proposa donc le rôle féminin de « Freud », celui de Cecily, une
patiente du psychanalyste, qui serait joué par Montgomery Clift. Marilyn fut
enchantée par ce projet.
Mais
elle ne parvenait toujours pas à se passer de médicaments, malgré sa cure de
désintoxication récente.
OCTOBRE
Le lundi 10 octobre : Marilyn et son
clan organisèrent une fête pour l'anniversaire de Frank LaRue, maquilleur du
tournage et compagnon de Montgomery Clift, au Edith Palmer's Country Inn
Restaurant, près de Dayton (Nevada). Clark Gable y conduisit Marilyn dans
sa Mercedes.
Ils
furent dix-huit personnes à dîner (
).
Le lundi 17 octobre : une fête d'anniversaire
surprise fut cette fois organisée en l'honneur de Miller et de Montgomery
Clift. Marilyn et son chauffeur, Rudy Kautzsky, furent invités. Marilyn y
assista; ce sera la dernière occasion où elle sera Mrs Miller.
Le mardi 18 octobre : le tournage des scènes extérieures se
termina.
L'équipe
regagna Los Angeles, où la suite du tournage en studios débuta la semaine
suivante.
Les
Miller s'installèrent au Beverly Hills Hotel.
Marilyn,
dans un état épouvantable, reprit ses séances avec le Dr Greenson.
Du lundi 24 octobre au vendredi 4 novembre, l’équipe acheva
les prises de vue et la sonorisation à Hollywood, au plateau 2 des studios Paramount et tourna la dernière scène
du film, avec Marilyn et Clark Gable.
Le
tournage avait quarante-cinq jours de retard et un dépassement de budget de
500 000$.
Les
cadres de United Artists exigèrent la reprise de plusieurs scènes qui ne leur
plaisaient pas ; rendez-vous fut pris pour réunir les acteurs et l’équipe
technique, mais Clark Gable (dont le contrat stipulait qu’il avait un droit de
regard sur le scénario) refusa d’y participer.
Le
tournage prit fin et avec lui, le supplice du mariage des Miller. Arthur Miller
quitta le Beverly Hills Hotel et s'installa, avec l'aide de son ami Frank
Taylor, au Sunset Towers Hotel, avant de repartir pour la côte Est.
« The
misfits » avait coûté quatre millions de $, ce qui, à cette époque, en
faisait le film en noir et blanc qui avait coûté le plus cher.
Marilyn
annonça à John Huston qu'elle avait décidé de ne pas jouer dans « Freud ».
Elle lui expliqua qu'Anna Freud ne tenait pas à ce que le film se fasse. En
clair, le Dr Greenson était une fois de plus, intervenu.
Son
attaché de presse de l’agence d’Arthur
Jacobs, Rupert Allan, partit à Monaco pour être l’attaché de presse de
Grace Kelly ; Arthur Jacobs proposa Pat Newcomb pour le remplacer auprès
de Marilyn.
Elle
consultait toujours le Dr Greenson à son domicile, sept fois par semaine.
Avec
une étonnante rapidité, une dépendance mutuelle s’instaura entre l’actrice et
le thérapeute, et Greenson trahit avec une égale rapidité ses responsabilités
envers sa famille, sa cliente et l’éthique médicale la plus élémentaire.
Le
samedi 29 octobre :
séance
photo avec Eve Arnold à Los Angeles (
,
,
,
). Sa coiffeuse Agnes
Flanagan et son maquilleur Whitey Snyder étaient présents lors de cette séance
(
,
).
NOVEMBRE :
Le samedi 5 novembre : Marilyn apprit que Clark Gable
avait été hospitalisé, victime d’une crise cardiaque, à l'âge de cinquante-neuf
ans.
Le mardi 8 novembre : déprimée par la fin de son mariage,
Marilyn n'alla pas voter pour l’élection présidentielle.
Le jeudi 10 novembre : John Kennedy fut élu Président des
Etats-Unis ; il annonça le maintien de J.Edgar Hoover à la tête du FBI, et plaça son frère Robert Kennedy en tant qu’Attorney
General (équivalent du ministre de la
Justice).
Le vendredi 11 novembre : Marilyn était de retour à
New York avec May Reis et Pat Newcomb.
Elle
logea seule dans son appartement du 444 East 57th Street.
Arthur
Miller était descendu sous un pseudonyme à l'Adams Hotel (86ème rue
Est).
May
Reis aida Arthur Miller à empaqueter ses affaires, ses papiers, livres et
autres manuscrits, tandis que Marilyn restait cloîtrée dans sa chambre. Il prit
toutes ses affaires et laissa dans la bureau, accrochée au mur, sa photo
préférée de Marilyn qui avait été prise par Jack Cardiff (
).
Ils
décidèrent que Miller garderait leur basset Hugo, pensant qu'il serait
plus heureux de vivre à Roxbury dans
le Connecticut, et Marilyn garderait l'appartement de New York.
La
séparation fut annoncée par Pat Newcomb dans le vestibule de l'appartement
new-yorkais de Marilyn. Elle expliqua aux journalistes que Marilyn n'avait pas
engagé d'avocat et qu'elle ne projetait pas de le faire. Elle déclara également
qu'il n'y avait pas de projet immédiat de divorce.
En fait les affaires de Marilyn étaient entre les mains des avocats de Miller depuis quatre ans; elle devait donc trouver elle-même un avocat et choisira Aaron Frosch, un avocat new-yorkais ayant de nombreux clients dans le show-business.
Marilyn
posa pour des photos en vue du lancement de «The misfits ».
Pat
Newcomb proposa de fixer la date du divorce au vendredi 20 janvier 1961, car ce jour là
devait se dérouler la cérémonie d’investiture de John Kennedy à la
présidence ; les médias seraient donc monopolisés par cet événement.
Le samedi 12 novembre : les journaux annoncèrent la séparation
des Miller. Le New York Daily News fit sa une : « Miller
quitte Marilyn ».
De nouveau, elle fut traquée par les photographes, notamment lorsqu’elle quitta son appartement pour se rendre chez le Dr Kris
Le mercredi 16 novembre: Clark Gable mourut.
United
Artists, distributeur de « The misfits », décida de reporter la date
de la première du film.
Le
travail de post-production du film avait été accéléré afin que le film soit prêt pour la nomination aux
oscars, mais il n’en obtint pas, même à titre posthume pour Clark Gable.
Ce
fut un grand choc pour Marilyn. Elle appela Rupert Allan, son ex attaché de
presse, pour qu'il la console. Elle contacta également Joe DiMaggio, qui était
à New York, et qui vint la voir pour la réconforter.
Ce
jour là elle reçut une lettre
du journaliste Earl Wilson (
), la
félicitant pour le tournage de « The misfits », et la sollicitant
pour une interview.
DECEMBRE:
A
New York, Marilyn continua ses séances quotidiennes de psychanalyse avec
Marianne Kris et téléphonait longuement à Greenson. Elle n’allait plus beaucoup
voir les Strasberg mais continuait à suivre les cours à l’Actors Studio, à qui
elle fit un don de 1 000$.
Elle
venait en effet de recevoir un reliquat de 50 000$ pour « Some like
it hot » et une avance sur contrat pour « The misfits » de
300 000$ (la somme comprenait son cachet d’actrice plus ses honoraires de
co-productrice).
Marilyn
devait se présenter le 14 avril 1961 à George Cukor, pour le tournage
de « Good bye Charlie ».
Le mardi 13 décembre : Marilyn informa la Fox qu'elle ne
tournerait pas « Good bye Charlie ».
La
Fox lui répondit que, par contrat, elle était tenue de faire ce film. Dans la
mesure où celui-ci serait mis en scène par George Cukor, l'un des réalisateurs
figurant sur sa liste, elle ne pouvait légalement refuser.
Noël :
DiMaggio
fit porter une gigantesque corbeille de poinsettias à Marilyn et passa Noël
avec elle; il resta plusieurs jours à New York avant de repartir en Floride.
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