Ici s'achève mon chemin...


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1960

JANVIER :

Le mercredi 6 janvier : Marilyn se présenta aux répétitions de « Let's make love » mais ne pût rester plus d'une demi-heure au studio.

 

Le vendredi 8 janvier : l'agent de Marilyn à la MCA, George Chasin, appela Lew Schreiber, (un des directeurs de la Fox) pour lui annoncer que Marilyn ne reprendrait le travail que dans dix jours. Il avait eu une longue conversation avec elle et elle avait promis de se présenter à l'heure et de travailler correctement.

En démarrant le tournage le 18 janvier, on aurait terminé le tournage le 25 mars, si tout allait bien. Autrement dit, Marilyn passerait directement du tournage de « Let's make love » à celui de « The misfits ».

Dans son état actuel on avait du mal à l'imaginer, mais techniquement c'était possible.

Miller quant à lui, était impatient d'aboutir sur son projet.

Le studio lui demanda une nouvelle série de révisions du scénario de « Let’s make love », moyennant 7 000$ de plus.

En même temps, il était censé raccourcir le scénario de « The misfits ».

 

Le lundi 11 janvier : John Huston informa Frank Taylor, ami et éditeur de Miller, chargé de la production de « The misfits » 

(), qu'il essayait de pratiquer des coupures du scénario de son côté, espérant qu'en unissant leurs efforts, ils arriveraient à réduire la longueur du scénario.

John Huston était immobilisé suite à un accident de cheval, au cours duquel il s'était blessé au genou. Proposant de joindre l'utile à l'agréable, Huston invita Miller et Frank Taylor à le rejoindre en Irlande.  Miller réserva son billet d'avion pour le 3 ou 4 février.

 

Le samedi 16 janvier :

Conférence de presse organisée par la Fox pour présenter « Let's make love », avec les acteurs principaux (,,,,,), le réalisateur George Cukor 

(), le producteur Buddy Adler (), la journaliste Dorothy Kilgallen 

(,) et l’animateur Milton Berle (,,).

Le tournage devait débuter le lundi suivant, 18 janvier.

Les couples Montand et Miller quittèrent ensuite la réception (,) pour aller dîner 

().

 

Le dimanche 17 janvier : à 17 heures, le studio fut avisé qu'elle ne se présenterait pas le lendemain.

 

Yves Montand et Simone Signoret logeaient au bungalow n° 22 du Beverly Hills Hotel ; celui de Marilyn et Miller était le n° 21 

(,).

Après les tensions de l’année passée, Marilyn et Arthur semblaient avoir conclu une trêve ; ils espéraient que « The misfits » (véritable gage d’amour de la part de Miller) allait rétablir l’harmonie dans leur vie conjugale.

 

Miller connaissait Montand depuis 1956, et les deux couples avaient passé de nombreuses et agréables soirées ensemble en septembre 1959, lorsque Montand triomphait à Broadway.

Ils dînaient maintenant tous les soirs ensembles au restaurant, d’un plat de spaghettis () ou d’un ragoût d’agneau, après les répétitions (,,,,,,).

Tandis qu’Yves Montand  se perfectionnait en anglais et essayait de comprendre un scénario mal structuré et sans humour, Simone Signoret, qui était entre deux tournages, faisait du shopping et flânait dans Beverly Hills.

Elle aidait également son mari à répéter son texte, Montand redoutant plus que tout de devoir s'exprimer en anglais.

 

Le lundi 18 janvier : début du tournage de « Let's make love ». En raison de l'absence de Marilyn, Cukor tourna une scène qui ne nécessitait pas sa présence.

 

Elle se fit porter malade jour après jour. Montand, qui devait changer de texte à la dernière minute, craqua le jeudi 21 janvier.

Le vendredi 22 janvier : Miller informa John Huston qu'il repoussait son départ pour l'Irlande.

 

Depuis New York, la psychanalyste de Marilyn, le Dr Marianne Kris, lui recommanda un de ses collègues à Los Angeles, le Dr Ralph Greenson ().

Marianne Kris appela Greenson en lui demandant de prendre Marilyn en charge pour quelques séances car elle se trouvait dans un état grave de tension et d’angoisse.

Le Dr Greenson appartenait lui aussi à l'entourage d'Anna Freud. Il était professeur de psychiatrie à la Medical School de l'UCLA (University of California, Los Angeles), doyen de l'école de formation du Los Angeles Institute for psychoanalysis et membre du Conseil médical de la Reiss-Davis Clinic.

Il comptait parmi ses patients d’autres acteurs dont Peter Lorre, Frank Sinatra et Vivien Leigh.

Il rendit visite à Marilyn dans son bungalow du Beverly Hills Hotel et commença par lui réduire les doses de médicaments, lui demandant de ne plus réclamer d'ordonnances à divers médecins, comme elle le faisait depuis longtemps.

.Il exigea qu’elle ne soit soignée que par lui et par le Dr Hyman Engelberg, praticien de médecine générale de Beverly Hills.

 

Le lundi 25 janvier : Marilyn se présenta sur le plateau 14 et tourna une partie de la scène « My heart belongs to Daddy » 

(,,,,).

 

Le mardi 26 janvier : elle fut de nouveau sur le plateau et travailla de nouveau seule (,;,,).

 

Le mercredi 27 janvier : elle devait tourner sa première scène avec Yves Montand. Elle fut présente sur le plateau dès 7 heures du matin, mais vers 9 heures, quand elle arriva maquillée, elle annonça qu'elle devait rentrer sur le champ.

 

Entre temps, la MCA avait informé la Fox que Marilyn devait commencer le tournage de « The misfits » entre le 1er et le 14 avril.

 

Paula Strasberg était toujours avec Marilyn et touchait 2000$ par semaine (,) ; mais pendant le tournage, Marilyn se tourna plus facilement vers Montand (qui voulait améliorer son anglais) que vers Paula.

 

C’était son ami Allan Whitey Snyder qui la maquillait () sur le tournage et Agnes Flanagan qui la coiffa

(,).

 

Le vendredi 29 janvier : Marilyn fut à nouveau au studio, à 10 heures du matin et s'apprêtait à jouer avec Montand 

(,,).

 

Malgré les retards répétés de Marilyn, le film avançait.

Arthur s'échappa un court moment à New York pour travailler tranquillement aux coupures de « The misfits ».

Clark Gable signa son contrat pour le tournage de « The misfits » pour la somme de 750 000 $ plus un pourcentage sur les recettes du film.

Durant le tournage, son ami et journaliste Sidney Skolsky lui rendit visite (), ainsi que la journaliste Louella Parsons 

(,).

 

Marilyn reçut une invitation () au 30ème gala de l'Union des artistes français du 4 mars 1960, signé par la présidente du gala, Joséphine Baker. Mais étant en plein tournage de  « Let’s make love », Marilyn ne pût y participer.

 

FEVRIER:

Le jeudi 4 février : Miller était de retour à Los Angeles. Marilyn se montra assidue au travail.

La Fox estimait que Cukor aurait fini le tournage pour le 6 avril. Compte tenu de la post-production, il faudrait repousser la date du tournage de « The misfits ».

 

Le mercredi 10 février : Miller partit en Irlande rejoindre John Huston (), pour retravailler sur le scénario de « The misfits ».

Ce jour là, Marilyn était absente du studio : il fut évident que cet arrêt de travail était lié au départ d'Arthur.

 

Le jeudi 11 février : Marilyn se présenta au studio, mais on la renvoya vite chez elle, car visiblement, elle n'était pas en état de tourner.

 

L'avocat de la Fox répondit au courrier de MCA (agence représentant Marilyn) qui informait le studio que Marilyn devait être libre le 1er avril pour enchaîner sur le tournage de « The misfits ».

La Fox indiqua qu'elle avait besoin d'un délai supplémentaire pour terminer « Let's make love ». L'avocat de la Fox joignit un décompte quotidien du temps que Marilyn avait fait perdre à la production, ajoutant qu'il ne pouvait estimer précisément le temps nécessaire pour que tout soit terminé.

 

La période qui suivit fut pour Marilyn une alternance de travail à mi-temps et d'absence pour maladie.

 

Le jeudi 18 février : elle aggrava son cas en omettant d'appeler pour prévenir de son absence.

La Fox eut beau appeler à plusieurs reprises son bungalow, Marilyn ne répondit pas. A la réception de l'hôtel, on les informa qu'elle avait passé un appel à l'extérieur, ce qui au moins, prouvait qu'elle était vivante.

Au Beverly Hills Hotel, Montand, furieux, envoya Simone Signoret pour voir ce qu'il se passait. Elle frappa à la porte de Marilyn, mais n'obtint pas de réponse.

Un peu plus tard, Montand lui glissa un mot sous sa porte :

« Tu peux faire ce que tu veux à Spyros Skouras, à la Fox, à tous les producteurs de cette ville si tu leur en veux. Mais quand tu traînes le soir, en écoutant ce que te raconte ma femme au lieu de te coucher, parce que tu as décidé de ne pas te lever le lendemain pour aller au studio, préviens moi ! Ne me laisse pas travailler des heures durant, une scène que tu as décidé de ne pas tourner le lendemain. Je ne suis pas ton ennemi, mais ton camarade. Et les petites filles capricieuses ne m'ont jamais amusé ».

Le soir, à la demande de Marilyn, Arthur Miller les appela depuis l'Irlande : Marilyn s'en voulait beaucoup et souhaitait que Montand et Simone Signoret lui rendent visite. Quand ils le firent, elle les accueillit en larmes, implorant leur pardon.

 

Miller travailla encore une semaine en Irlande avec John Huston sur le scénario de « The misfits ».

 

Le lundi 22 février : Marilyn se présenta sur le plateau à 10 heures 30.

 

Les nominations pour les Oscars avaient été annoncées, par l'Academy Award : Billy Wilder était nommé en tant que réalisateur de « Some like it hot ». Avec I.A.L.Diamond, il était aussi nommé en tant que scénariste. Jack Lemmon était nommé pour l'Oscar du meilleur acteur. « Some like it hot » avait encore d'autres nominations, pour la photographie, la direction artistique, les décors et les costumes.

Marilyn n'était pas nommée pour l'Oscar de la meilleure actrice, ce qui, aux yeux de beaucoup, était une injustice.

En revanche, Simone Signoret, elle,  était nommée pour son rôle dans « Room at the top ».

Apparemment, Marilyn prit plutôt bien cet affront.

Elle vint consciencieusement travailler chaque jour et visionna les rushes avec intérêt.

Ce lundi, Cukor était en retard de sept jours sur son planning.

 

Le vendredi 26 février : le retard du tournage atteignit dix jours. La Fox souhaitait que Cukor accélère le tournage.

 

Le samedi 27 février : Arthur Miller rentra d'Irlande.

 

MARS :

Le vendredi 4 mars : dernières prises de « Let's make love », mais le tournage fut arrêté pour cause de grève des acteurs et auteurs, qui réclamaient leurs arriérés de salaires.

L’association des écrivains manifesta sa solidarité, mais Miller, trop occupé à la révision du scénario de «The misfits » ne pût y prendre part.

 

Le lundi 7 mars : le Syndicat des acteurs s’unit au Syndicat des auteurs, déjà en grève contre les producteurs et les studios, bloquant ainsi toute la production à Hollywood. L’enjeu, pour les syndicats, était le paiement d’un supplément de salaire aux acteurs et aux écrivains dont les films passaient à la télévision, rapportant ainsi d’énormes bénéfices aux studios.

Il fut donc impossible de trouver un scénariste ou un auteur dramatique prêt à désavouer la grève pour travailler sur les séquences problématiques de « Let's make love ».

La production du film fut donc officiellement suspendue jusqu'à la fin de la grève.

Jerry Wald, le producteur du film, avait espéré voir le film enfin terminé pour le 13 avril, mais si le mouvement se poursuivait, personne ne pouvait prévoir jusqu'où tout cela allait mener.

Yves Montand tenait à tout prix à honorer ses engagements au Japon, où il devait entamer une tournée à partir du mois de mai.

Miller avait besoin que Marilyn termine le film pour attaquer le tournage de « The misfits ».

Cukor était épouvantablement en stressé car il n'avait tourné que 74 pages d'un scénario qui en comportait 150.

 

Le mardi 8 mars : Marilyn fut nominée () et reçut le Golden Globe Award de « La meilleure interprète de comédie en 1959 » () pour « Some like it hot », décerné par la Foreign Press Association (association de la presse étrangère).

La cérémonie eut lieu au Cocoanut Grove de l’Ambassador Hotel de Los Angeles (,,,,,,,).

Son amie et actrice Shelley Winters était présente à cette soirée (,,).

Marilyn en éprouva une certaine satisfaction mais ne reprit pas confiance en elle pour autant.

 

Les Montand restèrent à Los Angeles, et les Miller décidèrent de retourner à New York, en attendant la fin de la grève. A Hollywood, Marilyn voyait régulièrement le Dr Greenson, et à New York, elle pourrait reprendre ses séances avec le Dr Marianne Kris.

Arthur devait quant à lui terminer la troisième version de « The misfits », qu'il fallait encore soumettre à United Artists pour approbation finale.

 

A Los Angeles, le couple Montand-Signoret passa de nombreuses soirées chez le producteur et agent Charles Feldman. Durant la grève, la Fox leur payait leurs frais.

 

Marilyn accepta le poste (essentiellement honorifique) de suppléante du parti démocrate de la cinquième circonscription du Connecticut pendant la campagne présidentielle de John Fitzgerald Kennedy.

Quand elle revint à Hollywood, elle était la première sur la liste des célébrités appelant à la candidature de John Kennedy. 
Ce comité de soutien avait été organisé par Frank Sinatra, avec l’aide de Pat Newcomb.

 

Miller avait pratiquement terminé le travail qu'il était parti effectuer à New York, et Frank Taylor (chargé de la production du film) informa John Huston que le scénario était désormais réduit à 2 heures 20. C'était encore un peu long, mais Miller comptait couper encore dans le dernier tiers. La fin lui donnait toujours du fil à retordre.

 

Enfin, le scénario fut prêt à partir chez United Artists. Si tout se passait bien, Huston envisageait de débuter le tournage le 13 juin.

Avec Frank Taylor et Steven Grimes, son directeur artistique,  Miller partit au Nevada pour visiter Reno et les endroits où ils comptaient tourner « The misfits ».

 

AVRIL:

Le lundi 4 avril : lors de la 32ème nuit des Oscars au Pantages Theater, Simone Signoret reçut l’Oscar de la meilleure actrice, devant Elizabeth Taylor, Katharine Hepburn, Audrey Hepburn et Doris Day, pour son rôle d'Alice Aisgill dans « Room at the top » (« Les chemins de la haute ville »).

Au cours de la cérémonie, Yves Montand chanta.

Le vendredi 8 avril : la grève des auteurs et acteurs s'acheva, permettant ainsi de reprendre le  tournage de « Let's make love ».

 

Le samedi 9 avril : Simone Signoret regagna la France avant de partir pour Rome, sur un nouveau tournage.

 

Le lundi 11 avril : Marilyn regagna Los Angeles avec Arthur et le couple se réinstalla au Beverly Hills Hotel.

Durant son séjour, elle eut des soins capillaires par le salon Elizabeth Arden (,).

 

Le mardi 12 avril : Marilyn se présenta sur le plateau de « Let's make love » ().

 

Le mercredi 13 avril : elle fut présente sur le plateau, mais le rythme du tournage se ralentit assez vite.

Yves Montand essaya de repousser sa tournée prévue au Japon pour le mois de mai, mais les organisateurs refusèrent.

 

Montand s’aperçut assez vite qu’il devait servir de faire-valoir à Marilyn, mais la satisfaction de faire ses débuts à Hollywood l’aida à surmonter sa déception. En raison de son rôle ingrat, il se préoccupait d’autant plus du dialogue en anglais, que Cukor dut entièrement réenregistrer. Il confiait chaque jour à Marilyn sa crainte de mal jouer ou d’avoir une mauvaise diction. Il redoutait de paraître aussi emprunté que son personnage, et ses aveux créèrent des liens entre eux. Sans doute pour la première fois de sa carrière, Marilyn entendait-elle quelqu’un exprimer des inquiétudes semblables aux siennes. Ils discutaient ensemble de leurs angoisses à l’idée que des collègues se moquaient d’eux ou les mépriseraient : tous deux s’étaient affirmés dans quelques bons rôles et avaient épousé des artistes particulièrement renommés. Un véritable lien les unissait sans aucun rapport avec une flambée de passion juvénile.

 

Et pourtant, tout le succès du film reposait sur les épaules de Marilyn. Elle l’avait bien compris mais connaissait aussi ses limites. Anxieuse et craignant toujours de ne pas être à la hauteur, elle était toujours en retard et souvent absente lors des scènes musicales qui représentaient la moitié du temps de tournage.

Ce tournage difficile accroissait son sentiment d’insécurité, car elle ne trouvait aucun appui dans la mise en scène relâchée de Cukor, ni dans l’attitude condescendante de Miller.

 

Les portes claquaient dans le bungalow des Miller : de toute évidence, le couple se déchirait.

Le tournage devint un véritable cauchemar : Miller ne pouvait guère travailler une journée complète et Cukor ne disposait pas de plus de quatre heures par jour pour filmer Marilyn.

Arthur ne passa que quelques jours à Los Angeles. Il régla un certain nombre de détails à propos de « The misfits », puis regagna New York pour finir son scénario.

 

Marilyn arriva à faire le moins possible étalage de ses chagrins. Elle se lia d’amitié avec Evelyn Moriarty, une jeune femme qui était sa doublure ; celle-ci devait tourner les scènes avant l’arrivée de Marilyn, en la remplaçant pour les essais d’éclairage et en répétant avec les autres acteurs.

 

Au cours du tournage, Marilyn fit un don de 1 000$ pour financer les obsèques de la femme d’un membre de l’équipe technique. Le photographe Jack Cardiff, rencontré en Angleterre lors du tournage de  « The prince and the showgirl » vint lui rendre visite 

().

 

Le samedi 16 avril, elle assista en compagnie d’Yves Montand à la revue de Joséphine Baker au Hartford Theater d’Hollywood (,).

 

Fin avril : Marilyn rentra du studio avec un rhume et une légère fièvre. Montand alla dans son bungalow lui proposer une boisson ou un repas léger. C’est à ce moment là que débuta leur liaison qui arrivera à son terme à la fin juin.

La presse l’apprit par les moyens habituels : des journalistes rôdaient dans les buissons du Beverly Hills Hotel et soudoyaient sans vergogne les femmes de chambres afin d’obtenir des révélations sur les faits et gestes des amants.

 

Marilyn appréciait la compagnie de Montand et son ardeur, mais elle lui était surtout reconnaissante de sa chaleureuse attention. Réaliste, elle n’en attendait rien de plus.

 

Arthur Miller, toujours à New York, ne se doutait de rien. Il voyait que Marilyn semblait dans une forme éblouissante, mais ne cherchait pas à comprendre pourquoi, alors qu'auparavant sa femme arrivait à peine à se traîner sur le plateau. Dans son aveuglement, ce ne fut pas Montand qu'il crédita de cette évolution positive, mais Cukor.

 

Le samedi 30 avril : Miller écrivit à Cukor pour le remercier de tout ce qu'il avait fait pour Marilyn. Jamais Marilyn n'avait été aussi heureuse dans son travail. Elle était pleine d'espoir et ce grâce à la patience et au talent du réalisateur.

Maintenant, écrivait-il, Cukor comprenait certainement pourquoi Marilyn lui était si précieuse; il ajoutait qu'il avait encore du travail à finir sur la côte est, mais qu'il ne pourrait pas rester célibataire très longtemps. L'ironie de la situation n'échappa sans doute pas à Cukor, l'une des premières personnes à être au courant de la liaison entre Marilyn et Montand.

 

Elle continua à voir le Dr Greenson.

 

MAI:

Début du mois : Arthur Miller arriva à Los Angeles. Il fut sans doute le dernier à connaître son infortune. 

Et même lorsqu'il découvrit la liaison de sa femme avec Montand, il dissimula sa colère et continua à faire avancer ses projets (, ).

Il repartit à New York. Pendant ce temps, Marilyn s'affichait partout avec Montand.

Cheryl Crawford (co-fondatrice de l'Actors Studio) souhaitait voir Montand jouer dans une comédie musicale à Broadway; elle emmena Marilyn et Montand à une réception chez David Selznick (producteur indépendant), à laquelle assistaient une quarantaine de personnes.

La soirée fut un désastre : à Hollywood, tout le monde avait apprécié Simone Signoret; en la trahissant, Montand voyait sa propre côte de popularité baisser.

JUIN :

Le mercredi 1er juin : Marilyn apprécia que l’équipe du film célèbre son trente-quatrième anniversaire (,,,,).

Le soir, Rupert Allan, son attaché de presse, donna en son honneur un dîner chez lui, à Seabright Place, sur les hauteurs de Beverly Hills. Elle discuta longuement du théâtre américain avec l'écrivain Tennessee Williams.

 

Mi-juin : les chroniqueurs firent courir le bruit de divorce et de remariage entre Marilyn et Montand.

 

Le mardi 14 juin, elle reçut une lettre de remerciement du journaliste Sammy Cahn (), la remerciant de l’avoir invité à sa fête d’anniversaire du 1er juin.

 

Le jeudi 16 juin : Marilyn et Montand tournèrent leur dernière scène ensemble.

 

Le vendredi 17 juin : Montand joua sans Marilyn : il effectua la post-synchronisation.

 

Le lundi 20 juin : Marilyn tourna sa dernière séquence de « Let's make love ». Le film avait vingt-huit jours de retard.

 

Buddy Adler (producteur à la Fox) avait beau être atterré par l'aspect physique de Marilyn, il avait été décidé de ne pas refaire les prises, ce qui était révélateur de l'opinion négative de la Fox sur ce film et de la hâte que chacun avait de le voir se terminer.

Marilyn n'avait plus que deux ou trois jours de post-synchronisation à faire.

 

Le film devait beaucoup aux efforts de Marilyn, mais elle ne l’avait pas totalement sauvé ; il en résulta un profond ennui. On avait du mal à comprendre ce que disait Montand et Marilyn n'était pas vraiment à son avantage.

Seule la manière dont elle avait chanté « My heart belongs to Daddy » lui valut un triomphe.

 

John Huston arriva à New York; il rencontra Miller à plusieurs reprises et dût partir le 24 ou 25 juin pour Reno (Nevada) afin d'inspecter les extérieurs. Il souhaitait entamer le tournage de  « The misfits » le 18 juillet.

 

Le mardi 21 juin : Marilyn eut une laryngite et ne pût donc effectuer la post-synchronisation. Mais on la vit, avec Yves Montand à la première du film de Billy Wilder, « The apartment » (« La garçonnière ») (,) puis à la fête qui suivit chez Romanoff’s.

 

Le mercredi 22 juin : elle ne se montra pas au studio et refusa de répondre au téléphone.

 

Le jeudi 23 juin : les responsables de la Fox se retrouvant à nouveau dans l'incapacité de la joindre  lui envoyèrent un télégramme au Beverly Hills Hotel, la suppliant de se présenter sur le plateau avant qu'elle ne quitte Los Angeles.

 

Miller, toujours à New York, demanda à l'agent de Marilyn, George Chasin, de la MCA, d'obtenir de la Fox, que Marilyn effectue le doublage du film à New York.

 

Le vendredi 24 juin : elle arriva au studio et visionna le film en compagnie de Montand. Lorsqu'elle quitta la salle de projection, elle déclara qu'elle allait peut-être rester quelques jours de plus à Los Angeles pour se reposer. Elle pensait venir faire la post-synchronisation le jeudi 30 juin.

 

Le jeudi 30 juin : Marilyn arriva à New York.

Elle devait essayer les costumes de « The misfits », la production devant commencer en juillet.

Montand resta à Hollywood pour négocier ses contrats.

 

JUILLET :

La Fox refusa que Marilyn effectue la post-synchronisation de « Let's make love » à New York. Arthur Miller proposa à Marilyn qu'elle s'arrête à Los Angeles (le 14 juillet), sur son chemin pour aller au Nevada débuter le tournage de « The misfits ». Pour la Fox, le 14 juillet serait trop tard, mais Lew Schreiber (producteur à la Fox) finit par accepter, à contrecoeur.

 

Le vendredi 8 juillet : essayage de costumes de « The misfits » (,,,;,).

 

Le dimanche 10 juillet : un dîner fut organisé à l’hôtel Beverly Hilton de Los Angeles, la veille de l’ouverture de la convention démocrate (). Le couvert était à 100$ ; il y avait de nombreux invités, dont Milton Berle, Janet Leigh, Tony Curtis, Judy Garland et la « bande à Jack », les amis de John Kennedy. Jackie Kennedy, enceinte de six mois, n’y assista pas.

 

Le lundi 11 juillet : Miller prévint la MCA que Marilyn était à nouveau souffrante.

Entre le mardi 12 et le mercredi 20 juillet : John Kennedy fit un discours au Coliseum de Los Angeles (« The new frontier ») pour clôturer la convention des démocrates. Après son discours, un dîner fut organisé chez Peter Lawford (beau-frère de John Kennedy) dans sa maison du bord de mer à Santa Monica. Marilyn assista à la soirée, accompagnée par Sammy Davis Jr.

 

Le lundi 18 juillet :

Marilyn fut de retour à Los Angeles, sur la route pour le Nevada ().

Arthur était déjà à Reno (Nevada), le tournage devant commencer ce jour là.

L'arrivée de Marilyn à Reno était prévue pour le mercredi 20 juillet.

D'un commun accord, Miller et Huston décidèrent d'écarter du plateau Paula Strasberg, qui devait assister au tournage.

 

A Los Angeles, Marilyn eut une séance avec le Dr Greenson et vit également le Dr Engelberg.

 

Le mercredi 20 juillet : elle arriva à Reno (Nevada) à 14 heures 45 dans un DC-7,  pour débuter le tournage des extérieurs de « The misfits ». Arthur Miller l'attendait à l'aéroport.

Elle était vêtue d'un chemisier de soie blanche et d'une jupe blanche dont la fermeture éclair saillait dans le dos, et était coiffée d'une perruque blond platine qu'elle avait l'intention de porter dans le film (,,,,,,,).

 

A son arrivée elle souffrit de douleurs abdominales et de vomissements ; elle était physiquement et moralement épuisée (elle n’avait eu que deux semaines de repos entre le tournage de « Let's make love » et celui-ci).

Les relations entre Marilyn et Miller avaient atteint leur point de rupture.

Dans son autobiographie, Miller écrivit : « Dès le commencement de « The misfits » il me fut impossible de nier que, s’il existait une clé pour le désespoir de Marilyn, ce n’était pas moi qui la possédais ».

 

Les Miller logèrent à l’hôtel Mapes, chambre 614, où la moitié des chambres était occupée par l’équipe du film.

 

Le jeudi 21 juillet : premier jour du tournage ; la scène fut tournée dans une chambre exiguë d’une pension de famille de Reno (et correspondait à l’un des premières scènes du film) ().

Les premiers jours de tournage se déroulèrent tranquillement (,;,;,,,,,).

 

Le dimanche 24 juillet, les Taylor organisèrent un dîner dans la maison qu’ils louèrent dans les environs de Reno, pour le début du tournage, auquel participaient Marilyn et Arthur Miller (,,), ainsi que l’ensemble de l’équipe et des acteurs (,,,).

Au début du tournage, le scénario n’était pas achevé malgré trois ans de travail, plusieurs ébauches successives et un projet détaillé.

Le film reposait sur l’expérience de Miller lorsqu’il était venu au Nevada, remplir son obligation de résidence, en vue de son divorce avec sa première épouse, en 1956. Pendant cette période il avait rencontré une bande de cow-boys qui capturaient des mustangs (chevaux sauvages).

 

Chaque matin, John Huston et ses collaborateurs visionnaient les rushes du film au Crest Theater, une salle située à deux